Gaz, électricité : à quoi s’attendre et quels choix politiques ?

La guerre déclenchée con­tre l’I­ran par Israël et les Etats-Unis n’abouti­ra pas, c’est sûr, à la libéra­tion du peu­ple opprimé et, pour le coup, vic­time des bom­barde­ments indus­triels per­pétrés par les assail­lants. Il ne va pas non plus par­ticiper à une sta­bil­i­sa­tion et une éman­ci­pa­tion des peu­ples de toute la région, au con­traire.

Ses effets mon­di­aux sur le marché de l’én­ergie sont déjà là et devraient avoir des réper­cus­sions à très long terme. C’est déjà le cas pour le pét­role, dont on con­state l’évo­lu­tion du prix “à la pompe” (au delà des 2 € par litre). Mais il est prob­a­ble qu’il n’y aura pas de retour sim­ple car la manip­u­la­tion de ce prix par l’E­tat, déjà très con­di­tion­née par le mon­tant des tax­es, pour­rait lui servir à pro­mou­voir la bas­cule du parc auto­mo­bile vers le tout élec­trique...

Le gaz, très dépen­dant en France du marché inter­na­tion­al et dont le “tarif régle­men­té” (devenu “prix repère” depuis juil­let 2024) est déjà totale­ment libéral­isé et très taxé, devrait pour­suiv­re sans frein l’ex­plo­sion de son prix. Le pou­voir prévoit car­ré­ment sa dis­pari­tion comme mode de chauffage, les chaudières à gaz sont désor­mais inter­dites en con­struc­tion neuve et ne sont plus éli­gi­bles aux aides de l’É­tat pour les réno­va­tions. Dès le 1e mai, son “prix repère” (fixé par la CRE, com­mis­sion de régu­la­tion de l’énergie) va aug­menter de 15,4 % pour les 7,5 mil­lions de ménages qui s’y réfèrent (73 % des abon­nés). Ce prix a qua­si­ment dou­blé depuis juil­let 2020 (voir sché­ma ci-dessous, du site Hel­lo watt).

Le prix du gaz con­cerne 60% des habitant.es des loge­ments soci­aux, et beau­coup de per­son­nes âgées, d’habitant.es de loge­ments anciens. Les choix actuels du pou­voir met­tent en dan­ger de pré­car­ité énergé­tique nom­bre de foy­ers (voir notre arti­cle d’après divers­es études), avec des con­séquences durables sur la san­té physique, men­tale, l’isole­ment, la dig­nité, les par­cours sco­laires…

Une “aide fis­cale” pour installer une pompe à chaleur ne répond pas du tout à l’ensem­ble de ces prob­lèmes. Il y faudrait une stratégie mêlant accom­pa­g­ne­ment de court terme (blocage des prix ou “prix pro­gres­sif”) et actions plus struc­turelles – réno­va­tion ther­mique, con­struc­tion de loge­ments soci­aux per­for­mants, ain­si que l’asso­ci­a­tion des usagers aux déci­sions qui les con­cer­nent.

Le prix de l’élec­tric­ité devrait être impacté de façon très dif­féren­ciée :

  • la pro­duc­tion est très large­ment nationale (à plus de 90%) : hydroélec­trique, éoli­enne, solaire, liée à l’ex­ploita­tion de la bio­masse et surtout nucléaire (69%). Après la pénurie de 2022 liée à des baiss­es de pro­duc­tion hydroélec­trique (sécher­esse ayant con­duit à des niveaux de bar­rages faibles) et nucléaire (beau­coup de cen­trales à l’ar­rêt en même temps), la pro­duc­tion française est désor­mais excé­den­taire d’en­v­i­ron 20%.
  • les coûts de pro­duc­tion, assez bas car l’ensem­ble des équipements est amor­ti (même si le coût de déman­tèle­ment des cen­trales nucléaires est notoire­ment sous-éval­ué), vont per­me­t­tre de servir à bas coût les indus­triels et d’at­tir­er la clien­tèle nou­velle des data cen­ters (friands d’én­ergie sub­ven­tion­née, aux prix bas garan­tis sur le long terme). Ces derniers mois beau­coup de ces indus­triels se sont rués sur des con­trats à long terme avec EDF !
  • mais ce n’est pas du tout une garantie pour des prix bas et sta­bles pour les par­ti­c­uliers, qui devraient être vic­times de la libéral­i­sa­tion des prix décidée par le pou­voir depuis le 1e jan­vi­er 2026.

Sur le site d’hel­lo watt. La légère baisse actuelle cache la libéral­i­sa­tion totale du prix au détri­ment des par­ti­c­uliers … et devrait être beau­coup plus forte ! (voir l’analyse)

Aupar­a­vant, le tarif régle­men­té suiv­ait à peu près l’évo­lu­tion du coût de pro­duc­tion, assez sta­ble en France du fait d’équipements amor­tis et de frais vari­ables (salaires…) à évo­lu­tion lente.

Déjà, la mise en place de l’Arenh a arti­fi­cielle­ment fait mon­ter les prix en favorisant la con­cur­rence (qui s’est lit­térale­ment gavée : Total Energie, Engie…) au détri­ment d’EDF. Sans aucun béné­fice de long terme pour les par­ti­c­uliers.

La total­ité de la pro­duc­tion nucléaire est désor­mais reven­due aux par­ti­c­uliers en s’é­talon­nant aux cours des marchés libres de l’én­ergie. Or la logique de ceux-ci est par­ti­c­ulière­ment per­verse : le cours de l’élec­tric­ité est lié à celui du gaz selon le principe qui veut que « la dernière puis­sance appelée [pour pro­duire de l’élec­tric­ité] fait le prix de l’électricité ».

En clair : il existe dif­férentes façons de pro­duire de l’électricité, du nucléaire aux cen­trales à char­bon, en pas­sant par les éner­gies renou­ve­lables et les cen­trales à gaz. Les marchés mobilisent ces dif­férentes solu­tions pour assur­er l’équilibre du réseau entre l’offre et la demande d’électricité… De la moins chère à la plus chère. Le prix du kWh d’électricité cor­re­spond alors au coût de pro­duc­tion de la dernière cen­trale mise en ser­vice, qui se trou­ve être dans la péri­ode une cen­trale à gaz. Donc le prix de l’élec­tric­ité ven­due aux par­ti­c­uliers va suiv­re les hauss­es démen­tielles du gaz vue plus haut !

Alors que les coûts de pro­duc­tion du nucléaire, de l’hy­droélec­trique res­teront mod­érés, et que ceux de l’éolien, du solaire sont, eux, car­ré­ment en chute !

Les grands gag­nants devraient être les pro­duc­teurs (dont EDF, mais aus­si Total Energie, Engie), les clients indus­triels (dont les data cen­ters) qui, eux, res­teront à des prix “admin­istrés”, bas et garan­tis par les con­trats de long terme … et l’E­tat qui béné­ficiera des tax­es en hausse sur les achats des par­ti­c­uliers.

À terme, la guerre en Iran aura donc un effet à la hausse sur les fac­tures d’électricité des ménages, notam­ment sur les 20 mil­lions d’abonnés au tarif bleu d’EDF, l’offre d’électricité dont les prix sont encadrés par l’État. Ils sont actu­al­isés deux fois par an, en févri­er et en août, par la CRE qui n’a encore annon­cée aucune hausse. Prochaine pour août, au moment le plus dis­cret ?

  • fin des tar­ifs “longue durée” avec les par­ti­c­uliers, avec l’ex­tinc­tion des options « EJP », « Tem­po », mais aus­si l’option « de base » pour les puis­sances supérieures à 6 KVA, et uni­fi­ca­tion vers l’option « heures pleines / heures creuses », ce qui incit­erait à con­som­mer plutôt la nuit et l’après midi, là où les entre­pris­es con­som­ment moins.
  • retour pro­gram­mé des tar­i­fi­ca­tions dynamiques (qui avaient toutes été retirées lors de la crise énergé­tique de 2022). Il faut rap­pel­er que cela con­siste à mod­i­fi­er les prix en temps réel (toutes les heures par exem­ple) en fonc­tion de l’évo­lu­tion des cours, de la disponi­bil­ité… C’est totale­ment à l’a­van­tage des pro­duc­teurs … ou des courtiers du marché en ques­tion qui, pour l’én­ergie, sont dépeints par le rap­port Draghi comme une poignée de grandes maisons opaques, coupables de manip­u­la­tions qui font peser un risque sys­témique sur l’organisation de la pro­duc­tion élec­trique et sur les marchés financiers.
  • l’usager n’a rien à gag­n­er à l’in­stau­ra­tion de ces tar­i­fi­ca­tions dynamiques, qui imposeraient un comp­teur com­mu­ni­cant type Linky (!), d’être abon­né à des noti­fi­ca­tions pour suiv­re l’évo­lu­tion du prix et agir dans l’in­stant pour pilot­er ses appareils (machine à laver, charge­ment de sa bat­terie…) ! Une vie de rêve ?

Mais au delà, pour le pou­voir c’est l’idée d’at­tein­dre enfin son pro­jet de con­struc­tion de nou­velles cen­trales nucléaires…

  • La France dépend actuelle­ment pour sa pro­duc­tion élec­trique à 69% du nucléaire (77% en 2014). C’est de loin le taux le plus élevé dans les pays « dévelop­pés« . Le Japon par exem­ple (avant Fukushi­ma) n’était qu’à env­i­ron 30%, les Etats-Unis qu’à 18%, la Chine qu’à 5%.
  • Ces réac­teurs vieil­lis­sent, même s’il est envis­agé leur pro­lon­ga­tion jusqu’à 50 ans, voire 60 ans (la cour des comptes est pour).
  • Comme au Japon suite à Fukushi­ma, un acci­dent peut aus­si provo­quer du jour au lende­main une mise à l’arrêt com­plète du parc (le vieil­lisse­ment aug­mente d’ailleurs ce risque), avec un retour très lent (le Japon n’a retrou­vé que 6% de sa pro­duc­tion nucléaire en 2024).
  • Le pou­voir macronien envis­age d’investir dans la con­struc­tion d’EPR (six à qua­torze réac­teurs sont en pro­jet). Mais out­re le coût démen­tiel qui endet­terait le pays pour longemps, cette tech­nolo­gie n’est pas au point (seule­ment 4 instal­la­tions dans le monde, d’ailleurs en fonc­tion­nement par­tiel, dont Fla­manville en France). Surtout, alors que le coût de pro­duc­tion du nucléaire ne cesse d’augmenterceux des renou­ve­lables bais­sent (solaire, éolien). Dans l’UE, la part du renou­ve­lable a d’ailleurs triplé de 2004 à 2024).
  • Pris dans la logique des lob­bies qui le « sou­ti­en­nent« , Macron insiste pour­tant… Et donc décide de frein­er encore une fois les investisse­ments du renou­ve­lable pour cause de « sur­pro­duc­tion » sup­posée (au pre­mier semes­tre 2025, la demande d’électricité n’était que de 230 TWh, con­tre 271 TWh pro­duits).

Ce type de déci­sion pré­pare très mal le pays à l’après nucléaireou risque de l’engager dans une nou­velle fuite en avant nucléaire, tou­jours sans débat…

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