Mis partout, la démocratie en prend un coup !

Le député de la Loire, Jean-Michel Mis, a ren­du le 9 sep­tem­bre au pre­mier min­istre un rap­port sur « un usage respon­s­able et accept­able par la société des tech­nolo­gies de sécu­rité », en vue de l’organisation de la coupe du monde de rug­by en 2023, et des Jeux olympiques de 2024 à Paris. Il y vante notam­ment l’emploi de la recon­nais­sance faciale en temps réel comme lors du car­naval de Nice … et comme en Chine.

Par ailleurs, il vient d’être désigné comme rap­por­teur pour l’examen de la loi sur « la respon­s­abil­ité pénale et la sécu­rité intérieure », texte fourre-toi ultra sécu­ri­taire qui vise entre autres joyeusetés à légalis­er l’usage des drones par la police.

Nous dif­fu­sons ci-dessous un por­trait récent tail­lé par un respon­s­able de La Quad­ra­ture du net.

Nous rap­pelons aus­si qu’en jan­vi­er 2020 nous avions su organ­is­er col­lec­tive­ment, à Saint-Éti­enne, une manif pour empêch­er la tenue de sa réu­nion de pro­pa­gande pour la recon­nais­sance faciale (voir pho­to).

Nous appelons donc à une nou­velle action d’ampleur pour sig­ni­fi­er notre rejet des pro­jets du sieur Mis et de son gou­verne­ment ! Si vous êtes intéressé.e.s, nous con­tac­ter (mail en bas de l’article).

Jean-Michel Mis, cavalier de la Technopolice

Par Mar­tin, La Quad­ra­ture du net, 10/09/2021

Jean-Michel Mis, député LaREM, sera le rap­por­teur de la nou­velle loi sur les drones qui doit être exam­inée dans les prochains jours à l’Assemblée nationale. C’est l’aboutissement d’un man­dat passé à se faire le chantre de la police et de l’industrie sécu­ri­taire. Sous le ver­nis de son statut de mem­bre du Con­seil nation­al du numérique, ce député promeut sans gêne la Tech­nop­o­lice et ses fan­tasmes de sur­veil­lance de masse.

La vic­toire qu’a représen­tée la cen­sure par le Con­seil con­sti­tu­tion­nel d’une par­tie de la loi Sécu­rité glob­ale risque de n’être que de courte durée. À peine quelques mois plus tard, le gou­verne­ment présente à l’Assemblée nationale une loi  reprenant presque à l’identique des par­ties ayant été cen­surées en faisant mine de respecter la déci­sion : drones, caméras embar­quées, vidéo­sur­veil­lance en garde à vue… Face à l’entêtement de l’exécutif et à une majorité acquise à la cause tech­no-sécu­ri­taire, le com­bat sera rude.

C’est le député Jean-Michel Mis qui sera donc respon­s­able du titre III de la loi : « Dis­po­si­tions rel­a­tives à la cap­ta­tion d’images ». Ce dernier n’est pas seule­ment un bon sol­dat de la majorité, il est surtout depuis le début de son man­dat un bon sol­dat de la Tech­nop­o­lice qu’il défend et promeut dès qu’il le peut. Après Jean-Michel Fau­ver­gues, ancien patron du RAID, qui avait façon­né la loi Sécu­rité Glob­ale en fonc­tion des attentes de ses col­lègues (lire notre analyse), Jean-Michel Mis sem­ble ici vouloir don­ner des gages à l’industrie de la Tech­nop­o­lice, spoliée de son texte après la cen­sure du Con­seil con­sti­tu­tion­nel.

Normaliser la Technopolice

Une vis­ite rapi­de sur son site Inter­net per­met de mieux com­pren­dre les liens étroits qu’il entre­tient avec la police et les raisons qui en font le par­fait suc­cesseur de Jean-Michel Fau­ver­gues pour le gou­verne­ment : par exem­ple, quand il dit avoir pré­paré le texte avec les équipes de pilotes de drones de la police (ici), quand il se plaint de la lenteur du déploiement des caméras-pié­tons, quand il se félicite de l’adoption de la loi « Sécu­rité glob­ale » (depuis recon­nue comme pro­fondé­ment atten­ta­toire à nos lib­ertés) ou quand il se vante de sa par­tic­i­pa­tion au « livre blanc de la sécu­rité intérieure » (texte de pro­gram­ma­tion que nous dénon­cions ici).

Mais la Tech­nop­o­lice, c’est aus­si les indus­tries de la sur­veil­lance et Jean-Michel Mis n’est pas en reste de ce côté non plus. Non seule­ment il reprend le dis­cours mar­ket­ing sécu­ri­taire d’Idemia sur la recon­nais­sance faciale (en expli­quant que c’est une tech­nique « pré­cieuse aux équipes de sécu­rité » et qu’il est « essen­tiel en France de per­me­t­tre à des entre­pris­es comme Idemia d’expérimenter ces nou­velles tech­nolo­gies » ), mais il se fait leur pre­mier défenseur dans les salons du Medef en soulig­nant l’importance « de met­tre en avant les entre­pris­es français­es spé­cial­istes des tech­nolo­gies pour ne pas pass­er à côté de tal­ents ». Mis n’hésite pas non plus à revendi­quer d’instrumentaliser les « grands évène­ments sportifs », présen­tés « comme une oppor­tu­nité de faire fruc­ti­fi­er nos savoir-faire français pour per­me­t­tre à notre pays d’être con­quérant et de dévelop­per nos com­pé­tences ailleurs » (com­pren­dre « utilis­er les JO 2024 de Paris pour reven­dre nos out­ils de sur­veil­lance à l’étranger »).

Un membre du CNNUM qui défend la surveillance de masse

Nou­v­el exem­ple de sa fas­ci­na­tion pour la sur­veil­lance dernier cri, le rap­port qu’il a remis hier au Pre­mier min­istre sur « un usage respon­s­able et accept­able par la société des tech­nolo­gies de sécu­rité » . En 68 pages, le texte reprend sans orig­i­nal­ité le dis­cours lanci­nant du gou­verne­ment sur la Tech­nop­o­lice. Entre autres : faciliter le déploiement des nou­velles tech­nolo­gies de sur­veil­lance et mul­ti­pli­er les expéri­men­ta­tions bio­métriques (comme si cela n’était pas déjà le cas depuis longtemps, voir notre carte). Le tout le plus vite pos­si­ble en pré­pa­ra­tion de la coupe du monde de rug­by en 2023 et des JO à Paris en 2024.

Presque rien sur les dan­gers de ces tech­nolo­gies. Le rap­port va jusqu’à pro­pos­er « d’expérimenter l’identification bio­métrique par recon­nais­sance en temps réel dans l’espace pub­lic […] comme lors de l’expérimentation menée à Nice », alors même que ce test avait été pro­fondé­ment cri­tiqué par la CNIL. De toute manière, le rap­port de Mis estime que si la pop­u­la­tion est réfrac­taire aux tech­nolo­gies de sur­veil­lance, c’est sim­ple­ment qu’elle ne les a pas bien com­pris­es, rai­son pour laque­lle il serait néces­saire d’organiser une grande « cam­pagne de sen­si­bil­i­sa­tion » qui évo­querait  « les besoins des forces et les raisons pour lesquelles [les forces de l’ordre] recourent aux tech­nolo­gies » (voir pp. 49 et 50 du rap­port). Hélas pour Jean-Michel Mis, ces cam­pagnes de sen­si­bil­i­sa­tion ont déjà eu lieu, notam­ment autours de la loi sécu­rité glob­ale, et ont con­duit à une mobil­i­sa­tion mas­sive con­tre le texte et à une cen­sure du Con­seil con­sti­tu­tion­nel.

On entend le même dis­cours aus­si bien de la part de Cédric O, secré­taire d’État au numérique (dès 2019, ce dernier dis­ait qu’« expéri­menter la recon­nais­sance faciale est néces­saire pour que nos indus­triels pro­gressent ») que de la part d’un autre député de la majorité, Didi­er Baichère, qui, il y a quelques mois encore, voulait expéri­menter la sur­veil­lance bio­métrique en Île-de-France. Quel que soit l’interprète, la comédie est tou­jours la même, inlass­able et fati­gante : pro­duire un max­i­mum de rap­ports, d’études et de sta­tis­tiques qua­si-iden­tiques pour don­ner l’impression que ce débat serait nor­mal, que le seul futur dis­cutable serait leur dystopie molle et fade que nous n’aurions plus le choix de refuser – niant les aspi­ra­tions diamé­trale­ment con­traires d’une large par­tie de la pop­u­la­tion qui, heureuse­ment, est bien loin d’avoir renon­cé à ses futurs désir­ables (voir notam­ment les résul­tats de l’étude de la Fon­da­men­tal Rights Agency).

Une dif­férence pour­tant : Jean-Michel Mis est offi­cielle­ment mem­bre du Con­seil nation­al du numérique (CNNUM). Ce statut devrait nor­male­ment l’obliger, selon la charte éthique à être « au ser­vice de l’intérêt général » et à faire preuve d’une « par­faite impar­tial­ité » et éviter tout soupçon de « con­flit d’intérêt ». À voir l’énergie qu’il met à pro­mou­voir l’industrie sécu­ri­taire et son désir de met­tre sous sur­veil­lance totale l’espace pub­lic, sans grand égard pour les avis diver­gents large­ment partagés dans la pop­u­la­tion, on ne peut que douter de son impar­tial­ité dans les ques­tions qu’a eues et qu’aura à traiter le CNNUM en matière de sur­veil­lance.

Pour aller plus loin sur le projet de loi sur « la responsabilité pénale et la sécurité intérieure »

« Les drônes revi­en­nent, nous aus­si », par la Quad­ra­ture du Net

« La frénésie sécu­ri­taire de la majorité », sur Médi­a­part

P.-S.

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