“To kill a war machine” à Saint Etienne le 9/1

Pro­jec­tion ven­dre­di 09 jan­vi­er 2026, à par­tir de 18h30
Au Bar de l’Aube, 61 rue Antoine Durafour

Au Roy­aume-Uni, 24 per­son­nes sont détenues depuis un an après une action con­tre un site de l’entreprise d’armement israéli­enne Elbit à Fil­ton, près de Bris­tol. Cer­taines sont en grève de la faim depuis 52 jours. Deux d’entre elles ont été hos­pi­tal­isées, ven­dre­di 19 et same­di 20 décem­bre, en rai­son de leurs con­di­tions de déten­tion. (L’Hu­man­ité, 22/12/2025)

Doc­u­men­taire sur le groupe mil­i­tant Pales­tine Action

Grâce à des images filmées en direct par des caméras cor­porelles et des télé­phones porta­bles, des mil­i­tants de ter­rain emmè­nent les spec­ta­teurs au cœur de leurs raids auda­cieux visant à déman­tel­er des usines d’armement au Roy­aume-Uni.

En Sol­i­dar­ité avec les Filton24 !

24 militant•e•s sont emprisonné•e•s sans procès en Grande-Bre­tagne pour leur sou­tien act­if à la Pales­tine. Depuis le 2 novem­bre, plusieurs ont entamé une grève de la faim. Il s’agit de la plus grande grève de la faim dans les pris­ons bri­tan­niques depuis 1981. Sous le joug de l’administration crim­inelle de Thatch­er, 10 pris­on­niers poli­tiques irlandais avaient péri en récla­mant leur droit à la dig­nité. Ne lais­sons pas nos cama­rades seul•e•s face à l’État bri­tan­nique, sou­tien act­if du géno­cide en Pales­tine et qui, depuis des décen­nies, sème la mort dans les cel­lules des détenu•e•s poli­tiques.

Une par­tie de l’histoire des Filton24 y est retracé dans le doc­u­men­taire.
Témoignons de notre sol­i­dar­ité, faisons con­naître le com­bat des Filton24 !

(NumeroZe­ro, 30/12/2025)

Ces “ter­ror­istes” bri­tan­niques qui sou­ti­en­nent la Pales­tine

(Le Monde diplo­ma­tique, 01/2026)

Com­ment entraver l’action d’une organ­i­sa­tion bri­tan­nique de sol­i­dar­ité avec la Pales­tine s’inscrivant par­faite­ment dans le cadre du droit ? Autrement dit, com­ment échap­per à l’État de droit ? Le gou­verne­ment tra­vail­liste a trou­vé la solu­tion.

En juil­let 2020, deux citoyens bri­tan­niques fondent le réseau Pales­tine Action. Mme Huda Ammori — dont la famille pater­nelle fut déplacée de force lors de la guerre des six jours en 1967 — et M. Richard Barnard — ancien mem­bre du mou­ve­ment écol­o­giste Extinc­tion Rebel­lion — font le même con­stat : depuis 2018 et la répres­sion de la “marche du retour” pales­tini­enne par des tireurs embusqués israéliens armés de fusils de pré­ci­sion ven­dus par Lon­dres, les protes­ta­tions se suc­cè­dent au Roy­aume-Uni sans avancées tan­gi­bles. Il faut donc chang­er les modes de con­tes­ta­tion pour gag­n­er en effi­cac­ité.

L’organisation s’engage, dès ses débuts, dans des opéra­tions ciblant directe­ment les four­nisseurs d’armes à Israël. Elle vise en par­ti­c­uli­er Elbit Sys­tems, géant indus­triel qui pro­duit des drones de sur­veil­lance et de com­bat expéri­men­tés sur les Pales­tiniens avant d’être ven­dus avec l’étiquette com­bat proven (“testé au com­bat”) dans le reste du monde. “Plutôt que de deman­der à un politi­cien de fer­mer les usines d’armement, on pou­vait aller les fer­mer nous-mêmes”, résume la voix off de To Kill a War Machine (Han­nan Majid et Richard York, 2025), un doc­u­men­taire con­sacré au mou­ve­ment et inter­dit au Roy­aume-Uni.

Pales­tine Action se développe en for­mant des groupes locaux et autonomes. Ils com­men­cent par s’en pren­dre, avec un cer­tain suc­cès, à plusieurs sites d’Elbit dans le pays ain­si qu’à l’usine APPH de Run­corn, qui fab­rique les trains d’atterrissage de ses drones. Ils détru­isent du matériel néces­saire à la pro­duc­tion, qu’ils peu­vent blo­quer pen­dant plusieurs jours. Elbit fini­ra par renon­cer à ses usines d’Oldham et de Bris­tol.

Alors que des respon­s­ables israéliens font pres­sion pour que la répres­sion soit accrue, des mil­i­tants sont arrêtés, cer­tains relâchés faute de preuves, d’autres pour­suiv­is pour van­dal­isme ou vol. Mais “PalAc­tion” étend ses ini­tia­tives. En mai 2021, à Leices­ter, l’organisation occupe l’usine UAV Tac­ti­cal Sys­tems, une fil­iale d’Elbit. Les protes­tataires se main­ti­en­nent sur le toit pen­dant six jours grâce au sou­tien d’habitants de la région, qui instal­lent un campe­ment de sol­i­dar­ité devant l’usine et blo­quent la route quand la police tente de déloger les activistes.

En décem­bre 2021, un pre­mier procès a lieu au tri­bunal de New­cas­tle-under-Lyme con­tre trois mil­i­tants ayant enchaîné les portes de l’usine de drones d’UAV située à Shen­stone, et cou­vert le bâti­ment de pein­ture rouge sang. Les avo­cats des “trois d’Elbit” réus­sis­sent à les faire acquit­ter des incul­pa­tions de dom­mages crim­inels en faisant val­oir la law­ful excuse (“excuse légitime”), une dis­po­si­tion du droit bri­tan­nique per­me­t­tant de jus­ti­fi­er des actes illé­gaux s’il s’agit de prévenir un tort plus grave — ici, des crimes de guerre con­tre les Pales­tiniens.

Dans ce con­texte, le 2 mars 2022, le directeur d’Elbit, M. Mar­tin Faus­set, ren­con­tre Mme Pri­ti Patel, alors min­istre de l’intérieur con­ser­va­trice. Cette dernière con­firme : “Les actes crim­inels de protes­ta­tion con­tre Elbit Sys­tems sont pris au sérieux par le gou­verne­ment”, qui est déjà “en con­tact avec la police à ce sujet” [1]. Mais en novem­bre 2022, à Lon­dres, dans le cadre d’un procès devant la Crown Court (cour royale, l’équivalent d’un tri­bunal cor­rec­tion­nel), cinq mil­i­tants de Pales­tine Action, jugés pour jets de pein­ture rouge sur le siège lon­donien d’Elbit en octo­bre 2020, sont eux aus­si acquit­tés par un jury.

Selon Mme Ammori, les rangs du réseau d’activistes s’élargissent “con­sid­érable­ment” à par­tir d’octobre 2023, ce qui per­met à PalAc­tion de diver­si­fi­er les cibles [2]. Ce même mois, le siège lon­donien de la British Broad­cast­ing Cor­po­ra­tion (BBC), accusée par Pales­tine Action de “dif­fuser les men­songes de l’occupant” et de “fab­ri­quer un con­sen­te­ment aux crimes de guerre d’Israël”, est lui aus­si recou­vert de pein­ture rouge [3]. En novem­bre, l’accès à l’un des sites de Lock­heed Mar­tin — four­nisseur des avions de com­bat F‑16 et F‑35 employés pour bom­barder la bande de Gaza — est blo­qué plusieurs jours.

Un procès majeur démarre à la même époque à la cour royale de Snares­brook — il dur­era six semaines — pour juger les actions menées con­tre plusieurs usines d’Elbit entre l’été 2020 et début 2021. La défense de PalAc­tion utilise à nou­veau la law­ful excuse. Huit mil­i­tants sont déclarés non coupables d’une par­tie des chefs d’accusation et deux sont acquit­tés à l’unanimité de toutes les accu­sa­tions. La vic­toire n’est pas sim­ple­ment morale. Le mou­ve­ment réus­sit à légitimer judi­ci­aire­ment la désobéis­sance civile et la vio­lence matérielle face à l’urgence de désarmer les forces israéli­ennes à Gaza.

À la suite de ce revers poli­tique, Elbit, qui dis­pose de sa pro­pre cel­lule de ren­seigne­ment et partage des infor­ma­tions avec la police à tra­vers le pays toutes les deux semaines, procède à une nou­velle manœu­vre d’influence. Son directeur de la sécu­rité, M. Chris Mor­gan, écrit à M. Chris Philp, le min­istre chargé de la police. Il exige une nou­velle vague puni­tive [4]. La répres­sion du mou­ve­ment con­tin­ue de s’intensifier : sur­veil­lance con­stante, aug­men­ta­tion des vio­lences poli­cières, arresta­tions en série et perqui­si­tions dans tout le pays.

Mais PalAc­tion redou­ble d’ambition. En août 2024, à Fil­ton, une équipe force l’entrée de la plus grande usine Elbit du Roy­aume-Uni en util­isant une four­gonnette de prison comme un béli­er, et s’introduit dans son cen­tre de recherche. Elle y détru­it notam­ment des drones quadri­cop­tères employés par l’armée israéli­enne pour attir­er les sec­ouristes pales­tiniens en dif­fu­sant des pleurs d’enfants, puis les exé­cuter. Le mon­tant des dom­mages matériels est éval­ué à 1 mil­lion de livres ster­ling (1,14 mil­lion d’euros). La scène devient rapi­de­ment virale sur les réseaux soci­aux.

Les autorités bri­tan­niques déci­dent alors de recourir au régime d’exception dit “antiter­ror­iste”, conçu et dévelop­pé dans le cadre de la très islam­o­phobe “guerre glob­ale con­tre la ter­reur” [5]. Comme l’explique la juriste inter­na­tionale Shahd Ham­mouri, “c’est un moyen d’échapper à l’État de droit, de créer un espace d’exception, hors de la loi, dans n’importe quel domaine qui dérange le gou­verne­ment”. Ain­si, bien que les “vingt-qua­tre de Fil­ton” se retrou­vent inculpés pour des faits de droit com­mun (cam­bri­o­lage aggravé, destruc­tion matérielle, trou­ble à l’ordre pub­lic), le pro­cureur établit une “con­nex­ion ter­ror­iste” en invo­quant des “cir­con­stances excep­tion­nelles” qui per­me­t­tent de pro­longer les déten­tions pro­vi­soires, de refuser les deman­des de libéra­tion sous cau­tion et de détenir les prévenus sous “haute sécu­rité”.

En juin 2025, un groupe de Pales­tine Action pénètre dans la plus grande base aéri­enne de la Roy­al Air Force (RAF), à Brize Nor­ton, à l’ouest de Lon­dres. Qua­tre activistes détéri­orent les moteurs de deux avions rav­i­tailleurs avec de la pein­ture. Le mon­tant des dom­mages est éval­ué à plus de 7 mil­lions de livres ster­ling (8 mil­lions d’euros). Trois jours plus tard, Mme Yvette Coop­er, min­istre de l’intérieur du gou­verne­ment tra­vail­liste, annonce au Par­lement sa déci­sion de pro­scrire Pales­tine Action en appli­ca­tion du Ter­ror­ism Act adop­té en 2000. Cette loi octroie au min­istre de l’intérieur le pou­voir de pro­pos­er au vote par­lemen­taire l’interdiction d’une organ­i­sa­tion dont “il croit qu’elle est impliquée dans des activ­ités ter­ror­istes”. La propo­si­tion de Mme Coop­er obtient une majorité à la Cham­bre des com­munes, puis est accep­tée par la Cham­bre des lords.

La sim­ple appar­te­nance à PalAc­tion devient con­sti­tu­tive de men­ace con­tre la démoc­ra­tie et se trou­ve donc assim­ilée à une infrac­tion pénale. Appel­er à soutenir le mou­ve­ment, organ­is­er des réu­nions et des man­i­fes­ta­tions publiques en sol­i­dar­ité ou sim­ple­ment porter des vête­ments à son effigie devient pénale­ment répréhen­si­ble. Depuis juil­let 2025, plus de 2 700 per­son­nes ont ain­si été arrêtées pour leur par­tic­i­pa­tion à des rassem­ble­ments en sou­tien à Pales­tine Action. Par­mi elles, M. Moaz­zam Begg, ancien détenu de Guan­tanamo Bay — relâché au bout de trois ans d’incarcération sans incul­pa­tion —, et sir Jonathon Por­ritt, autre­fois con­seiller du prince Charles. La roman­cière irlandaise Sal­ly Rooney risque le même sort si elle retourne au Roy­aume-Uni, pour avoir annon­cé son inten­tion de revers­er une par­tie de ses droits d’auteure au mou­ve­ment [6].

Mais cela ne suf­fit pas à bris­er la déter­mi­na­tion de ce dernier. Dès l’été 2025, un nou­veau groupe nom­mé Shut Down Leonar­do reprend le flam­beau à Édim­bourg. Par­al­lèle­ment, un mou­ve­ment mas­sif sou­tient la trentaine d’activistes encore aujourd’hui détenus en attente de leur procès, qui pour­rait n’intervenir que début 2027. Une par­tie d’entre eux font une grève de la faim, en exigeant la “dépro­scrip­tion” du réseau. Pour ceux qui l’ont entamée en novem­bre dernier, il s’agit de la plus longue action de cette nature dans une prison bri­tan­nique depuis celle menée en 1981 par des mem­bres de l’Armée répub­li­caine irlandaise (IRA) con­tre leurs con­di­tions d’incarcération à Long Kesh, en Irlande du Nord [7].

L’intransigeance de Mar­garet Thatch­er avait alors provo­qué la mort de dix d’entre eux [8]. Qu’en sera-t-il du tra­vail­liste Keir Starmer ? Au cinquan­tième jour de la grève, alors que l’état de san­té de plusieurs détenus se dégradait très sérieuse­ment, son gou­verne­ment se mon­trait tou­jours inflex­i­ble.

[1] Haroon Sid­dique, “Activists say they have proof min­is­ters tried to influ­ence police over Israeli arms firm protests”, The Guardian, Lon­dres, 30 sep­tem­bre 2024.

[2] “Tac­tics of dis­rup­tion, entre­tien avec Mme Huda Ammori sur le blog Side­car, 18 avril 2025, https://newleftreview.org

[3] Clea Skopeli­ti, “BBC build­ing sprayed with red paint in protest over Israel-Hamas cov­er­age’ ”, The Guardian, 14 octo­bre 2023.

[4] John McEvoy, “Israeli arms firm lob­bied Home Office on Pales­tine Action court case”, 23 juin 2025, www.declassifieduk.org

[5] Arun Kund­nani, “The Mus­lims Are Com­ing ! Islam­o­pho­bia, Extrem­ism, and the Domes­tic War on Ter­ror”, Ver­so, Lon­dres, 2015.

[6] Sal­ly Rooney, “I sup­port Pales­tine Action. If this makes me a “sup­port­er of ter­ror” under UK law, so be it”, The Irish Times, Dublin, 16 août 2025.

[7] Lire Roger Falig­ot, “Les pièges d’une dou­ble intran­sigeance”, Le Monde diplo­ma­tique, juin 1981.

[8] Mar­tin Melaugh, “The hunger strike of 1981 — A chronol­o­gy of main events”, Con­flict Archive on the Inter­net (CAIN).