Data-centers, carrières, projets routiers : diverses actions lors du “printemps des luttes locales”

Arti­cle paru sur le site Bas­ta. Nous avions présen­té, dans notre arti­cle L’IA généra­tive imposerait-elle le recours au nucléaire ? l’ac­tion spé­ci­fique du col­lec­tif mar­seil­lais “Le nuage était sous nos pieds” (mem­bre de la coali­tion Hia­tus, comme nous) con­tre l’im­plan­ta­tion de data cen­ters, avec notam­ment leur carte inter­ac­tive de ceux implan­tés en France et des luttes menées con­tre ces implan­ta­tions.

Nous relayons aus­si deux actions locales (affich­es en fin d’ar­ti­cle) : une ran­do organ­isée à Gumières le lun­di 25 mai, ain­si que, le même jour, une soirée engagée, con­viviale et musi­cale au Café asso­ci­atif le Ric­o­chet, 28 Place Carnot, à Boën-sur-Lignon à par­tir de 17h30.

À l’appel de plus de 150 organ­i­sa­tions, des dizaines d’actions auront lieu du 23 au 26 mai, en France et en Suisse, con­tre des pro­jets de béton­i­sa­tion. Une carte réper­to­rie les mobil­i­sa­tions prévues.

Chaque année, plus de 24 000 hectares sont encore arti­fi­cial­isés, soit cinq ter­rains de foot­ball par heure. A l’occasion du print­emps des luttes locales appelé par 150 organ­i­sa­tions, asso­ci­a­tions, syn­di­cats et col­lec­tifs, des dizaines d’actions vont avoir lieu partout en France sur le thème « fis­sur­er le béton ».

En Nor­mandie, en Bre­tagne ou encore en Loire-Atlan­tique, plusieurs rassem­ble­ments publics et actions auront lieu pour pro­test­er con­tre des pro­jets ou des exten­sions de car­rières dans l’Ouest, comme en témoigne la carte en lien.

De nom­breuses luttes locales con­tre les data cen­ters sont aus­si recen­sées par le col­lec­tif Le Nuage était sous nos pieds. À Fou­ju par exem­ple, au cœur de la cam­pagne de Seine-et-Marne, le plus grand pro­jet de data cen­ter appelé Cam­pus IA arti­fi­cialis­erait 90 hectares, soit 125 ter­rains de foot, et con­som­merait à lui seul 12 TWh, soit près de 20 % de la con­som­ma­tion élec­trique actuelle de l’Île-de-France. Plusieurs asso­ci­a­tions locales et col­lec­tifs pro­posent un rassem­ble­ment près du site pour mon­tr­er leur oppo­si­tion au pro­jet de Cam­pus IA.

Les grandes instal­la­tions pho­to­voltaïques qui recou­vr­eraient des ter­res agri­coles ou des bouts de forêts sont aus­si visées. Des ran­don­nées, man­i­fes­ta­tions, réu­nions publiques d’information ou encore des vis­ites guidées auront lieu depuis les com­munes lit­torales de de Pleu­daniel et Ploezal (Côtes‑d’Amor) jusqu’en Mon­tagne de Lure (Alpes-de-Haute-Provence), afin de com­pren­dre les prob­lé­ma­tiques liées à ces instal­la­tions.

Blocages de chantiers, actions sur des sites indus­triels, réu­nions publiques… Ces 4 jours de mobil­i­sa­tions pren­dront des formes mul­ti­ples, soulig­nent les organisateurs·trices. « Dès ce print­emps nous serons là, dans les villes et les cam­pagnes, dans les car­rières, dans les champs, sur les futures ZAC ou tracés d’autoroutes, pour en finir avec le monde du tout-béton. Nous serons là pour les stop­per, les retarder, les per­turber autant que pos­si­ble, nous mas­si­fi­er et ren­dre notre oppo­si­tion incon­tourn­able, jusqu’à ce que le coût de leur entête­ment soit si élevé qu’ils renon­cent », con­clut l’appel.

APPEL

Mal­gré les grands engage­ments [1] de zéro arti­fi­cial­i­sa­tion et de préser­va­tion du vivant, le con­stat est acca­blant : la France con­tin­ue de béton­ner mas­sive­ment ses ter­res agri­coles et naturelles.

Chaque année, plus de 24 000 hectares sont encore arti­fi­cial­isés [2], soit cinq ter­rains de foot­ball par heure, et cette destruc­tion mas­sive ne ralen­tit pas. La béton­i­sa­tion imper­méa­bilise les sols, tan­dis que l’extraction des gran­u­lats arti­fi­cialise les ter­res agri­coles et détru­it les nappes souter­raines, le plus sou­vent de façon irrémé­di­a­ble. Le ciment, ingré­di­ent indis­pens­able à la fab­ri­ca­tion du béton, est respon­s­able de 8 % des émis­sions de CO2 mon­di­ales, et de la dis­pari­tion des habi­tats naturels, pre­mière cause de l’extinction de la bio­di­ver­sité. 

Et tout cela, pour qui, et pour quoi ? Dans le Tarn, on rase 430 hectares pour l’A69 et gag­n­er une poignée de min­utes pour les quelques-uns qui pour­ront se pay­er le péage chaque jour – et une cinquan­taine d’autres pro­jets sim­i­laires sont prévus en France. En Picardie, on rase et on creuse 3 200 hectares de ter­res pour un canal qui ne fera qu’accélérer le trans­port de porte-con­tain­ers, au prof­it de l’empire logis­tique et de la con­som­ma­tion de masse de pro­duits venus de tou­jours plus loin. Dans les Alpes, on bétonne déjà en prévi­sion des JO 2030 pour mul­ti­pli­er des hôtels de luxe et équipements qui seront aban­don­nés peu après. En périphérie des cen­tres urbains, on rase les derniers espaces verts et les frich­es pour y met­tre des data cen­ters et soutenir la mas­si­fi­ca­tion de l’IA. Pour pour­suiv­re le tout-béton, on éven­tre des collines et des mon­tagnes pour de nou­velles car­rières à tra­vers la France, on rase des forêts, recou­vre des zones humides de ZAC, d’entrepôts et de cen­tres com­mer­ci­aux qui ne répon­dent qu’aux besoins d’un cap­i­tal­isme pré­da­teur, jamais à celui des habitant·e·s. 

Cette destruc­tion se fait jour après jour en bande organ­isée, et les respon­s­ables sont bien con­nus. Ce sont ces nom­breux maires béton­neurs qui sig­nent à la moin­dre fausse promesse d’emploi ou per­spec­tive de gains court-ter­mistes d’un pro­jet. Ce sont les préfets qui autorisent ces pro­jets en détour­nant le droit de l’environnement pour ne pas l’appliquer. Ce sont les min­istres et par­lemen­taires qui détri­co­tent la loi ZAN, et qui loi après règle­ment, comme avec la bien con­nue loi Duplomb, accélèrent tou­jours les procé­dures et réduisent tou­jours le sim­ple droit de con­tester un pro­jet d’urbanisme. Ce sont les entre­pris­es du BTP qui, droguées à l’argent pub­lic, font pres­sion pour con­tin­uer à béton­ner comme dans les années 1960. Ce sont les multi­na­tionales du béton comme Lafarge-Hol­cim, ou les acharnés de la route comme Vin­ci Autoroute ou Atosca, dont le mod­èle économique tout entier dépend du fait de con­stru­ire des infra­struc­tures per­fusées aux mil­liards d’argent pub­lic. 

Mais depuis plusieurs années un front se lève con­tre l’artificialisation des sols et le monde du béton. Dès 2020, des actions fins de chantier menées par Extinc­tion Rebel­lion com­mençaient à occu­per et dénon­cer les cimenter­ies, tan­dis que des rap­ports acca­blants étaient pub­liés par les ONG du monde entier, et que des actions souter­raines avaient lieu pour endiguer les chantiers. En décem­bre 2023 [3], une vaste cam­pagne de 50 actions en France et à l’internationale portée par plus de 200 organ­i­sa­tions a per­mis de vis­i­bilis­er la fil­ière béton et le cimen­tier Lafarge-Hol­cim, via des blocages, intru­sions, occu­pa­tions, désarme­ments, … jamais vus aupar­a­vant. Finance­ment du ter­ror­isme, répres­sion débridée et arti­fi­cial­i­sa­tion sans compter, le géant du ciment demeure un des grands coupables de cette indus­trie mor­tifère.

Ce refus de l’accaparement de nos ter­ri­toires par les béton­neurs se mas­si­fie : partout des col­lec­tifs d’habitant-e‑s se lèvent pour rejeter en bloc ces pro­jets d’aménagement imposés, qui non seule­ment béton­nent mais amè­nent tou­jours avec eux la vision d’un monde tox­ique pour celles et ceux qui y vivent : pol­lu­tions des eaux, des sols, destruc­tion de la paysan­ner­ie ou des mail­lages locaux, con­di­tions de vie et de tra­vail dégradées, … 

La carte des luttes du média Reporterre, actu­al­isée en févri­er 2026, recense ain­si plus de 750 de ces com­bats locaux [4] qui se mul­ti­plient et s’organisent pour repren­dre le pou­voir sur ce qui est fait de nos vil­lages, nos villes, nos cam­pagnes. Car nos luttes per­me­t­tent un lien poli­tique sur le ter­rain, des organ­i­sa­tions nou­velles et des ren­con­tres plus larges que celles aux­quelles nous sommes habitué·e·s. Et elles l’emportent sou­vent : sur les dix dernières années ce sont plus de 160 vic­toires qui ont été rem­portées par ces col­lec­tifs d’habitant·e·s, con­tre des multi­na­tionales et des pro­jets gigan­tesques [5] !

Il nous faut main­tenant aller plus loin : ampli­fi­er nos résis­tances, nos capac­ités de réac­tion et notre entraide en tant que mou­ve­ment. Tant face à la mon­tée des idéolo­gies autori­taires et anti­dé­moc­ra­tiques, qu’à la mul­ti­pli­ca­tion des pro­jets imposés et pol­lu­ants, nous devons con­stru­ire des ter­ri­toires en résis­tance.

De nou­veaux con­seils munic­i­paux seront élus en mars, mais nous savons bien que nous ne pour­rons pas chang­er les poli­tiques locales sous pres­sion des logiques cap­i­tal­istes d’aménagement du ter­ri­toire sans un rap­port de force qui rende nos luttes incon­tourn­ables.

Alors dès ce print­emps nous serons là, dans les villes et les cam­pagnes, dans les car­rières, dans les champs, sur les futures ZAC ou tracés d’autoroutes, pour en finir avec le monde du tout-béton. Nous serons là pour les stop­per, les retarder, les per­turber autant que pos­si­ble, nous mas­si­fi­er et ren­dre notre oppo­si­tion incon­tourn­able, jusqu’à ce que le coût de leur entête­ment soit si élevé qu’ils renon­cent !

Ensem­ble, habitant·e⋅s, nat­u­ral­istes, col­lec­tifs en lutte, vic­times des impacts de l’artificialisation, ouvrier·e⋅s et professionnel·le⋅s de l’industrie qui souhait­ent tra­vailler avec dig­nité sans détru­ire leur san­té, organ­i­sa­tions syn­di­cales, asso­ci­a­tions, nous allons faire enten­dre la voix de nos ter­ri­toires en résis­tance.

Durant 4 jours man­i­fes­ta­tions, actions, affichages, pub­li­ca­tions, blocages vont se suc­céder partout pour présen­ter un front uni face aux pro­jets destruc­teurs du vivant. Ensem­ble, pas­sons à l’action du 23 au 26 mai, pour ce qui sera le print­emps des luttes locales. Rejoignez-nous ! 

Signez l’appel

Sources : 

  1. https://reseauactionclimat.org/publications/etat-des-lieux-et-enjeux-artificialisation-des-sols-et-objectif-zero-artificialisation-nette/
  2. https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/artificialisation-sols
  3. https://journeescontrelebeton.noblogs.org/
  4. https://reporterre.net/La-carte-des-luttes-contre-les-grands-projets-inutiles
  5. https://terresdeluttes.fr/quand-la-lutte-lemporte/

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