Deux lois prévoient de la prison et des amendes : “manifestives” pour les free parties partout en France

Nous relayons un arti­cle de Bas­ta! sur les actions en faveur des free-par­ties (“man­i­fes­tives”), au moment où toute la droite (et quelques élu.es “de gauche”) appel­lent à la répres­sion des jeunes et votent des textes lib­er­ti­cides.

Médi­a­part – dans “Jeunesse réprimée, pou­voir périmé” – les relie aux réac­tions con­tre les man­i­fes­ta­tions des sup­por­t­eurs du PSG après la finale de la Ligue des cham­pi­ons, con­tre les baig­nades en pleine canicule…

6 juin :

Cler­mont Fer­rand – 14H – Place de Jaude

Greno­ble – 14H – Place de Ver­dun

Lyon – 14H – Place Jean Macé

13 juin :

Saint Éti­enne – 14H – Place Carnot

Du 30 mai au 13 juin, le mou­ve­ment des free par­ties organ­ise des “man­i­fes­tives” aux qua­tre coins du pays pour s’opposer à deux textes lég­is­lat­ifs en cours de dis­cus­sion, et jugés extrême­ment répres­sifs.

Man­i­fes­tive à Toulouse, en avril 2025. © Ben Art Core / Hans Lucas

On ne veut pas déranger ni créer de trou­ble à l’ordre pub­lic, on veut juste exis­ter”, explique Kamille* du col­lec­tif Tekno Anti­rep. Ce col­lec­tif, créé en 2022 après la répres­sion des free par­ties en Ital­ie, appelle à des man­i­fes­ta­tions sur l’ensemble du ter­ri­toire français à par­tir du 30 mai pour s’opposer à deux pro­jets lég­is­lat­ifs qui répri­ment dure­ment l’organisation et la par­tic­i­pa­tion à ce type d’événement.

Car, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Assemblée nationale et le gou­verne­ment pra­tiquent la surenchère répres­sive con­tre les free par­ties, avec pas moins de deux textes de loi en dis­cus­sion sur le sujet, mal­gré un agen­da déjà sur­chargé. Il y a d’abord la propo­si­tion de loi portée par le groupe Hori­zons – le par­ti d’Édouard Philippe – à l’Assemblée nationale, et déposée en mars 2025. Cette propo­si­tion de loi numéro 1133 vise “à ren­forcer la pénal­i­sa­tion de l’organisation de rave-par­ties”. Le texte ini­tial prévoit six mois d’emprisonnement et 5000 euros d’amende pour toute par­tic­i­pa­tion à l’organisation de ces rassem­ble­ments fes­tifs non déclarés ou inter­dits, ain­si que la con­fis­ca­tion du matériel saisi. Les par­tic­i­pants pour­ront, eux, écop­er d’une amende de 1500 euros.

Un an plus tard, le gou­verne­ment engage une procé­dure accélérée sur ce texte, adop­té par les députés le 9 avril 2026, avec le sou­tien du gou­verne­ment, de la droite et de l’extrême droite. La dernière ver­sion du texte est encore davan­tage dur­cie : le mon­tant de l’amende pour par­tic­i­pa­tion à l’organisation de free par­ties passe de 5000 euros à 30 000 euros. Tout “rassem­ble­ment fes­tif à car­ac­tère musi­cal” devra désor­mais être “déclaré” dès 250 par­tic­i­pants atten­dus – au lieu de 500 précédem­ment.

En revanche, un amende­ment présen­té par La France insoumise exclut de la liste des organ­isa­teurs poten­tiels les asso­ci­a­tions – et leurs bénév­oles – qui inter­vi­en­nent pour réduire les risques liés à la con­som­ma­tion de stupé­fi­ants. Le texte doit désor­mais faire l’objet d’un exa­m­en au Sénat, avant une éventuelle com­mis­sion mixte par­i­taire si les ver­sions adop­tées par les deux cham­bres ne sont pas iden­tiques.

Par­al­lèle­ment à ce texte, le min­istre de l’Intérieur Lau­rent Nunez défend un pro­jet de loi ini­tié par son prédécesseur à la place Beau­vau, Bruno Retail­leau. Son nom : Ripost, pour “Réponse Immé­di­ate aux Phénomènes trou­blant l’Ordre pub­lic, la Sécu­rité et la Tran­quil­lité de nos conci­toyens »

Ce texte fourre-tout est cen­sé s’attaquer à l’usage du pro­toxyde d’azote, aux con­som­ma­teurs de stupé­fi­ants, aux rodéos urbains, à l’utilisation de mortiers d’artifice ou aux squats. Mais égale­ment aux free par­ties. Ce mar­di 26 mai, le Sénat a adop­té ce pro­jet de loi qui accentue encore la répres­sion con­tre ce mou­ve­ment musi­cal et cul­turel.

Les peines de prison pour les organ­isa­teurs pour­ront être portées à deux ans, assor­ties d’une amende de 30 000 euros, aux­quelles pour­ront s’ajouter la con­fis­ca­tion du matériel, du véhicule et la sus­pen­sion du per­mis de con­duire. Par ailleurs, les juges pour­ront décider de mesures pour “remet­tre en état les lieux aux­quels il a été porté atteinte”, voire pour “répar­er les dom­mages causés à l’environnement. Quant aux par­tic­i­pants, ils pour­ront écop­er d’une peine de six mois de prison et de 7500 euros d’amende, peines pou­vant être rem­placées par une amende for­faitaire – délivrée par les forces de police sans déci­sion de jus­tice – de 1500 euros.

Des lois aus­si répres­sives sont dis­pro­por­tion­nées par rap­port à des gens qui font la fête. Elles représen­tent une atteinte aux lib­ertés fon­da­men­tales”, dénonce Kamille de Tekno Anti­rep. Son col­lec­tif exige “le retrait de la PPL 1133 et du pro­jet de loi Ripost”, mais aus­si “l’arrêt immé­di­at et défini­tif des inter­ven­tions vio­lentes” con­tre les free par­ties. Enfin, il réclame “la reprise du dia­logue entre les organ­isa­teurs et les autorités, à l’échelle locale et nationale”.

À tra­vers les man­i­fes­ta­tions organ­isées à par­tir du 30 mai, le mou­ve­ment espère peser sur le débat par­lemen­taire, mais aus­si ren­dre vis­i­ble la répres­sion déjà à l’œuvre con­tre les free par­ties. Car, dans les faits, les organ­isa­teurs esti­ment que les autorités mul­ti­plient déjà les entrav­es. “L’amendement Mar­i­ani de 2001 impo­sait une déc­la­ra­tion en pré­fec­ture pour les événe­ments de plus de 500 per­son­nes et prévoy­ait une amende de 1 500 euros pour les organ­isa­teurs”, rap­pelle Kamille. Mais, selon elle, l’État cherche à empêch­er ces rassem­ble­ments fes­tifs à car­ac­tère musi­cal, quelle que soit leur taille.

Elle pré­cise ain­si que “70 % des saisies de matériel ont lieu sur des free par­ties de moins de 500 per­son­nes”, tan­dis que “les par­tic­i­pants se voient sys­té­ma­tique­ment infliger des amendes de 135 euros pour des motifs extrême­ment var­iés, allant du sta­tion­nement dan­gereux à la sim­ple par­tic­i­pa­tion à un rassem­ble­ment illé­gal”.

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