Notre maison brûle, la startup nation plante des antennes

Nous relayons cet édi­to de Nico­las Bérard (auteur entre autres de “Sexy, Linky?”, “5G mon amour” et de “Ce monde con­nec­té qu’on nous impose”) dans L’âge de faire, dont il est l’un des jour­nal­istes.

Dans les Cévennes, un opéra­teur de télé­phonie mobile n’a rien trou­vé de mieux, entre deux canicules, que d’aller implanter par héli­cop­tère une énième antenne relais, en pleine zone naturelle. Un dossier emblé­ma­tique de la folie d’une indus­trie que la macronie a ren­du toute puis­sante.

À Saint-Paul-la-Coste, dans les Cévennes gar­dois­es, un col­lec­tif se bat depuis des mois con­tre l’implantation d’une antenne-relais. Le pro­jet, mené par Bouygues Tele­com via son bras armé, l’entreprise Spie, est emblé­ma­tique d’un sys­tème totale­ment fou, hors de con­trôle, qui foule au pied la démoc­ra­tie, la san­té publique, l’écologie et tout ce qui va avec.

Sur cette com­mune habitent (au moins) trois per­son­nes souf­frant des ondes élec­tro­mag­né­tiques, leur élec­tro-hyper­sen­si­bil­ité ayant été attestée par des cer­ti­fi­cats médi­caux. L’une d’elles est recon­nue comme étant en sit­u­a­tion de hand­i­cap par la MDPH [1] du Gard. Une autre s’est instal­lée dans la com­mune il y a moins d’un an, juste­ment parce qu’elle y avait trou­vé un loge­ment en zone blanche. Ce loge­ment serait… l’habitation la plus proche de l’antenne, en ligne directe avec les émet­teurs.

Lors d’une réu­nion de con­cer­ta­tion, tout cela a été expliqué au maire de la com­mune – qui n’a qua­si­ment plus aucun pou­voir en la matière –, au sous-préfet local – qui a écouté sage­ment avant de s’empresser de ne rien faire – et aux représen­tants de Bouygues Tele­com, qui n’ont rien trou­vé de mieux que d’ironiser sur le sort des per­son­nes élec­tro-hyper­sen­si­bles (EHS) et de mul­ti­pli­er les men­songes (“l’OMS, l’Anses [2] reti­en­nent qu’il n’y a pas de risques san­i­taires pour les per­son­nes qui vivent à prox­im­ité des antennes-relais”).

Rap­pelons aux étour­dis que l’Anses estime que les per­son­nes EHS pour­raient représen­ter 5 % de la pop­u­la­tion (esti­ma­tion de 2018) et que l’OMS classe les ondes élec­tro­mag­né­tiques dans la caté­gorie 2B, “can­cérogène pos­si­ble”, au même titre que le plomb ou le chlordé­cone. Décou­vrant tout cela, le con­seil munic­i­pal de la com­mune a réclamé, via une délibéra­tion prise à l’unanimité, d’obtenir les cer­ti­fi­cats d’assurance de l’opérateur cou­vrant notam­ment le risque san­i­taire. Volon­té sur laque­lle s’est allè­gre­ment assis Bouygues Tele­com, qui a repris les travaux le 30 juin, sans rien avoir trans­mis.

Le pays sor­tait tout juste d’une canicule comme jamais il n’en avait con­nu – canicule qui devait de nou­veau frap­per une semaine plus tard, selon les prévi­sions. Les tem­péra­tures venaient de bat­tre tous les records de chaleur, cela ne con­sti­tu­ant sans doute qu’un aperçu de ce qui nous attend dans les décen­nies à venir. Or, l’industrie numérique émet désor­mais plus de gaz à effet de serre que le parc auto­mo­bile mon­di­al. Et un trans­fert de don­nées pas­sant par une antenne-relais con­somme au moins dix fois plus d’électricité que par la fibre optique.

Ce même 30 juin, donc, l’opérateur s’apprêtait à hél­itreuiller l’antenne sur le site où avait été effec­tué une coupe rase quelques semaines plus tôt – une zone Natu­ra 2000 et réserve de biosphère. Notre mai­son brûle et la start­up nation plante des antennes… par héli­cop­tère.

[1] MDPH : Mai­son départe­men­tale des per­son­nes hand­i­capées.

[2] OMS : Organ­i­sa­tion mon­di­ale de la san­té (Nations Unies) et ANSES : Agence nationale de sécu­rité san­i­taire (étab­lisse­ment pub­lic).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *