Une mesure autoritaire de dématérialisation de plus : plus de dix millions de petites entreprises, paysannes ou artisanes, doivent passer à un système de facturation électronique dès ce 1e septembre. Nous reprenons ci-dessous des éléments d’un article de Basta!, d’un communiqué de l’association Solidarité Paysans et d’une fiche de la Confédération Paysanne de Loire-Atlantique (jointe).
C’est, au départ, une application d’une directive européenne de 2014 qui a imposé à toutes les entités publiques des États membres d’accepter et de traiter les factures électroniques conformes à la norme européenne, dixit “pour faciliter la lutte contre la fraude à la TVA” (plusieurs milliards d’euros à récupérer) “et alléger les contraintes administratives”. La France a mise en place le portail Chorus Pro, à l’époque gratuit.
Dans un 2ème temps, le projet ViDA (VAT in the Digital Age ou La TVA à l’ère numérique), publié au JO de l’UE le 25/03/2025, a adopté une série de mesures généralisant la facturation électronique. A ce stade, le gouvernement français a fait le choix d’ouvrir ce “marché” à la concurrence : près de 140 sociétés à but lucratif et autres start-up s’y sont engouffrées pour proposer un service de facturation électronique ! Ce que ne font pas d’autres pays, dont l’Italie qui garde un système de facturation unique, publique et gratuite.
Selon une enquête d’Ifop/Cerfrance, beaucoup d’artisan·es, exploitant·es agricoles, micro-entrepreneur·ses, petites entreprises et associations, qui ne bénéficient pas de services comptables conséquents, se retrouvent face à une réforme kafkaïenne, sans possibilité d’éviter des surcoûts administratifs supplémentaires et menacé.es, de plus, d’amendes allant jusqu’à 500 euros par factures non émises !
Or, au 11 juillet 2026, seules 20 % des entreprises étaient affiliées à une plateforme…
La résistance s’organise :
- l’association Solidarité Paysans réclame la possibilité de laisser le choix entre la solution papier et numérique et publie le communiqué ci-dessous.
- des résistances locales se manifestent, à l’initiative d’un collectif de paysan.nes, artisan.nes à Redon, soutenu.es par la Confédération paysanne de Loire-Atlantique (voir fiche explicative et revendicative ci-dessous), en Ariège (voir tract)…
- pour la porte-parole du syndicat Solidaires Finances publiques : “Si les grandes entreprises et leur armée de comptables et experts-comptables sont au courant de ce qui se met en place, ce n’est pas le cas de beaucoup de contribuables qui pensent ne pas être concernés : les plus petites entreprises ou les auto-entrepreneurs, par exemple”
- Lors d’une conférence de presse le 21 juillet 2026, la députée LFI Mathilde Hignet a annoncé le dépôt d’une proposition de loi visant à instaurer un moratoire sur l’application de la réforme de la facturation électronique.
- Une pétition a été déposée à l’Assemblée nationale pour l’abrogation de cette obligation numérique.
Communiqué de l’association nationale Solidarité Paysans
Facturation électronique : un remembrement administratif qui ne dit pas son nom
La mise en œuvre de la réforme de la facturation électronique suscite de nombreuses inquiétudes chez les paysan.nes.
Par les obligations nouvelles qu’elle impose, sous peine de sanctions financières lourdes, par sa complexité et le manque d’accompagnement, cette réforme va accélérer la sortie du métier et l’arrêt de nombreuses fermes.
Elle s’apparente à un remembrement administratif qui ne dit pas son nom.
A l’heure où la santé mentale fragilisée des agriculteur.rices est mise en avant dans les débats publics, cette réforme met une pression supplémentaire par l’alourdissement de la charge administrative qu’elle impose.
Complexe dans sa mise en œuvre, peu accompagnée, la réforme de la facturation électronique se heurte à un constat général : les difficultés d’accès à l’outil numérique restent une réalité dans la population et le monde agricole est particulièrement touché.
D’après l’INSEE, 15% de la population était en situation d’illectronisme [1] en 2021 et 28% des usagers d’internet avaient des capacités numériques faibles.
Nos constats confirment cette absence et ces difficultés avec l’outil numérique.
Elles touchent entre un tiers et la moitié des personnes en difficulté accompagnées par notre association, notamment les paysan.nes les plus âgé.es et les plus isolé.es.
Outre ces constats, l’obligation de passer à une plateforme privée payante interroge sur les garanties sur la protection des données et sur l’accès de tous.tes aux services publics. Elle constitue une nouvelle perte d’autonomie administrative et décisionnelle sur les fermes.
Reprenant en cela les recommandations faites par la Défenseure des droits, nous exigeons une application réaliste des contraintes faites aux paysannes et paysans, passant par :
- La possibilité de laisser le choix entre la solution papier et numérique dans le mode d’établissement de la facturation et de relation avec l’administration ;
- Ne pas enfermer les personnes dans une relation exclusivement numérique et prévoir l’accès à d’autres dispositifs (lieux physiques, courriers, interlocuteurs téléphoniques…) ;
- Le développement d’une plateforme publique gratuite et adaptée à tous les publics ;
- Le développement des dispositifs d’aide et de formation pour accompagner les agriculteur.rices qui le souhaitent vers l’autonomie numérique.Cela passe par le renforcement des moyens aux associations qui agissent au quotidien dans cet objectif et le soutien à l’équipement en matériel informatique des agriculteur.rices.
Solidarité Paysans – 16 juin 2026
[1] L’illectronisme désigne l’incapacité à utiliser les outils numériques du quotidien
Fiche réalisée par un collectif de paysan.nes, artisan.nes et auto-entrepreneurs.ses du pays de Redon, soutenu.es par la Confédération paysanne de Loire-Atlantique
Tract d’un collectif de l’Ariège
