Il y a un an, un pirate a pu accéder aux données de 524 867 patients et 202 246 “tiers de confiance” de l’Hôpital Privé de la Loire (HPL, clinique appartenant au groupe Ramsay Santé) via son système de dossier patient informatisé. La CNIL l’a sanctionnée ce 3 septembre (délibération du 21/7) d’une amende de 500.000 €.
C’est, pour la CNIL, un cas exemplaire de négligence qu’elle a choisi de sanctionner, pour l’absence de dispositifs basiques de protection des données, mais aussi pour la non information aux patient.es de ces fuites de données à leurs dépens.
Si cette sanction est parfaitement justifiée, on peut s’interroger sur le sort qui sera fait par la CNIL aux fuites de données massives des ministères des Finances et de l’Éducation cet été, qui paralysent encore le fonctionnement d’établissements scolaires à cette rentrée… Et, toujours avec le magazine Politis, on peut dénoncer le fait que ces fuites de données handicapent davantage les pauvres.
Par ailleurs, cette affaire illustre la situation particulière des données de santé (qui jouissent d’une protection spécifique définie par l’article 9 du RGPD), très convoitées par les firmes pharmaceutiques, les assurances, y compris par des achats dans le dark web… Cet article a été établi d’après le site Next, le journal Le Progrès et la délibération de la CNIL du 21 juillet 2026.
C’est une sanction de 500 000 € d’amende que la CNIL a infligée ce jeudi 3 septembre à l’Hôpital privé de la Loire, un établissement du groupe Ramsay Santé. La CNIL n’a pas pour habitude de sanctionner fortement des structures comme les hôpitaux, elle préfère souvent les accompagner dans une démarche de meilleure sécurisation de leurs infrastructures. Mais là, il semble que les manquements de sécurité de cet hôpital aient largement dépassé les bornes de ce que l’autorité peut laisser passer sans sanction concernant la mauvaise protection de données de santé.
Dans sa délibération du 21 juillet, la CNIL explique que cet hôpital a été victime d’une violation de données de son dossier patient informatisé (DPI) en juin 2025. Le “hacker”, un adolescent parisien répondant au nom de Marak, s’était attaqué à l’établissement “par hasard. Je suis tombé sur les identifiants d’un médecin libéral de la structure, ce qui m’a permis d’être dans leur système de gestion. J’ai eu ses logins, bah… j’en ai profité !”. Il avait revendiqué son geste quelques jours plus tard mais avait assuré ne pas avoir revendu ces données.
Entre le 26 juin et le 1er juillet 2025, il a “procédé à l’exfiltration de 524 867 fiches patients contenant des informations telles que l’état civil, le numéro de sécurité sociale, les coordonnées postales et électroniques et le numéro d’identifiant permanent des patients concernés”. Plus de 46 000 de ces fiches étaient aussi associées au recto de la carte d’identité et plus de 202 000 comportaient des données relatives à la personne de confiance désignée par le patient. Enfin, 43 fiches comportaient des données de santé.
Pas de VPN, d’authentification à 2 facteurs ni d’accès différencié
Dans sa décision, la CNIL souligne “que l’obligation de sécurité prévue par l’article 32 du RGPD est une obligation de moyens”. Or, sa rapporteure “reproche à l’hôpital de ne pas avoir mis en place des mesures appropriées pour sécuriser l’accès au DPI des utilisateurs externes”. En effet, au moment de la violation de données, cet accès s’effectuait grâce à un identifiant et un mot de passe mais “sans connexion préalable à un VPN, ni moyen d’identification électronique à deux facteurs”.
Par ailleurs, “la politique d’habilitation était inadéquate : elle ne tenait pas compte de la notion d’équipe de soins, afin que seuls les professionnels effectivement impliqués dans la prise en charge d’un patient aient accès aux informations couvertes par le secret médical”.
Autre reproche : l’hôpital n’avait pris aucune mesure d’analyse automatisée des journaux d’évènements permettant de repérer des activités inhabituelles sur le DPI. En effet, si la structure hospitalière avait mis en place un centre des opérations de sécurité (SOC), un système de supervision et un système de journalisation avec enregistrement des traces applicatives, elle n’avait pas activé l’analyse automatique en temps réel des traces applicatives du DPI.
“Cette carence de surveillance a permis à l’attaquant d’effectuer un nombre extrêmement élevé de requêtes au sein du DPI de l’hôpital pendant près d’une semaine”, souligne la rapporteure. La CNIL montre d’ailleurs, après analyse des logs, que l’activité de l’attaquant aurait sans doute été détectée par un système automatisé : pendant la phase d’extraction automatique mise en place par l’attaquant, son système consultait une moyenne de 73 fiches de patients par minute.
Un référentiel de sécurité relatif à l’identification électronique des utilisateurs des services numériques en santé existe pourtant depuis la publication d’un arrêté le 28 mars 2022. Et celui-ci demande expressément de mettre en place ces dispositifs pour sécuriser les connexions extérieures.
Mot de passe temporaire pour tous et absence d’information
La CNIL pointe aussi une mauvaise pratique dans la procédure de réinitialisation des mots de passe après l’attaque. Elle a consisté “à n’attribuer qu’un mot de passe temporaire identique à l’ensemble des praticiens, qui de surcroit ne leur a pas été transmis directement, mais a été communiqué au président de la commission médicale d’établissement, à charge pour lui de le leur retransmettre”.
Ce mot de passe temporaire n’était valable “que” pendant une semaine. Mais la CNIL rappelle que, même temporaire, les mots de passe “doivent être confidentiels et personnels à chaque utilisateur”. L’autorité remarque que l’hôpital “a au demeurant fourni à l’ensemble des utilisateurs les moyens de se connecter à des comptes de tiers, dès lors que tous avaient durant plusieurs jours le même mot de passe, et d’accéder ainsi à toutes les données à caractère personnel auxquels ces tiers pouvaient accéder”.
La rapporteure de la CNIL reproche encore à l’hôpital d’avoir laissé à la société éditrice du logiciel de gestion de son DPI un accès permanent aux données à caractère personnel des patients. Si l’hôpital a tenté de mettre en avant le besoin de cet accès pour un support rapide et efficace, l’autorité considère que l’accès permanent et sans contrôle au DPI de l’hôpital et aux données des patients “n’est pas nécessaire au regard de la mission d’assistance technique et de maintenance de la société éditrice du logiciel”. Elle ajoute même qu’au contraire, “les salariés de l’éditeur du logiciel auraient dû systématiquement solliciter l’autorisation préalable de l’hôpital” pour effectuer une opération de maintenance.
Enfin, l’hôpital se voit reprocher sa mauvaise communication envers les personnes concernées (fixée par l’article 34 du RGPD). En effet, si son effort pour contacter ses patients n’est pas remis en cause, la CNIL considère qu’il aurait dû contacter les 202 246 personnes concernées désignées comme “tiers de confiance” par des patient.es de l’hôpital, alors même que leurs données personnelles avaient également été dérobées par l’attaquant.
Elle a considéré que cette omission avait notamment privé ces personnes des informations nécessaires pour comprendre la nature de l’attaque et ses conséquences probables, ainsi que pour connaître les mesures permettant d’en limiter les conséquences et se prémunir d’éventuelles utilisations malveillantes de leurs données.
Outre l’amende de 500 000 €, la CNIL enjoint l’Hôpital privé de la Loire de mettre en conformité ses outils de sécurité et à n’ouvrir l’accès de l’éditeur du logiciel Expert Santé au DPI que sur autorisation préalable de l’hôpital sous menace de peines de jours-amende. Comme dans toute décision de la CNIL, l’Hôpital Privé de la Loire peut faire un recours devant le Conseil d’État dans un délai de deux mois.
