Répression sanguinaire contre revendications élaborées

Le pou­voir macro­niste repro­duit, comme depuis 10 ans, sa logique poli­tique mor­tifère : il tabasse (avec des armes de guerre) et pré­tend que la vio­lence vient d’en face, et se refuse à négoci­er.

Pour­tant, d’une part cette jeunesse porte des reven­di­ca­tions ultra légitimes vu le niveau d’a­ban­don du sys­tème édu­catif (matériel, mais aus­si fruit de mul­ti­ples cham­boule­ments dans l’or­gan­i­sa­tion, et de la sup­pres­sion mas­sive de moyens). D’autre part, alors que le pou­voir n’est por­teur que d’une logique de destruc­tion, les organ­i­sa­tions représen­ta­tives de cette jeunesse avan­cent des visions élaborées (voir les 10 mesures ci-dessous) por­teuses d’e­spoir.

Soutenons-les !

Au 5 octo­bre, Le Monde dénom­bre :

  • 215 élèves et 85 per­son­nels édu­cat­ifs blessé.es, dont cer­tains très grave­ment (voir vidéos sur le site d’Amnesty France). Selon les ser­vices du 1e min­istre, “l’immense majorité” des élèves blessés l’ont été “soit dans le cadre d’accidents, soit par le fait d’autres indi­vidus extérieurs”. Une dizaine d’enquêtes de l’inspection générale de la police nationale (IGPN) seraient ouvertes [sur ces vio­lences poli­cières]
  • 715 policiers et gen­darmes seraient blessés [un tel nom­bre, surtout vu leurs armures, l’ab­sence de preuves (vidéos…) inter­roge…]
  • 5 060 per­son­nes ont été placées en garde à vue, dont 87 % de mineurs : 1 802 font l’objet de pour­suites et 14 ont été placées en déten­tion pro­vi­soire.
  • une loi “casseur-payeur” est en pré­pa­ra­tion accélérée. Et il n’y a pas encore de bilan des Amendes For­faitaires Délictuelles (AFD) attribuées aux manifestant.es (beau­coup de man­i­fes­ta­tions sont inter­dites), les drones sont de sor­tie…
  • Nunez, min­istre de l’In­térieur : “L’usage pro­por­tion­né de la force ne doit jamais inhiber l’action pour rétablir l’ordre.” Soit un blanc-seing total lais­sé aux forces de répres­sion pour vio­len­ter des ado­les­cents…

Amnesty rap­pelle 3 règles de droit con­cer­nant les tech­niques util­isées par les forces de l’or­dre

  • gaz lacry­mogène : le lanceur de grenades ne peut être util­isé que dans des sit­u­a­tions de vio­lence général­isée, quand il n’y a aucun autre moyen de con­tenir la vio­lence et unique­ment après som­ma­tions, et jamais à bout por­tant, jamais sur des per­son­nes.
  • “tech­niques d’étranglement” : inter­dites en main­tien de l’ordre par le droit inter­na­tion­al.
  • usage du LBD en man­i­fes­ta­tion : arme classée comme matériel de guerre par la lég­is­la­tion française.

La société civile agit en pro­tec­tion des mou­ve­ments de la jeunesse

La répres­sion poli­cière qui s’abat sur les lycées a franchi un seuil cri­tique.

Nous sommes toutes et tous choqués d’une telle répres­sion qui brise des vies : un lycéen a eu la mâchoire frac­turée à Saint-Ouen‑l’Aumône par un tir ten­du au lance grenade ; un autre a per­du un œil à Tours sous l’impact d’un tir de LBD. Leur crime ? Avoir demandé, avec leurs cama­rades, des con­di­tions décentes d’éducation. Nous ne pou­vons atten­dre que d’autres jeunes soient mutilés pour agir.

Les témoignages se mul­ti­plient : de mineur-e‑s, par­fois très jeunes, matraqués et gazés, d’exactions bru­tales com­mis­es par les forces de l’ordre à leur encon­tre. Nous assis­tons, révoltés, à des scènes d’une vio­lence inouïe : l’État déploie des armes de guerre con­tre des mineur-e‑s, des équipements pré­ten­du­ment “sub­lé­taux” mais qui fra­cassent, éborgnent et muti­lent à vie. Le gou­verne­ment organ­ise des arresta­tions d’une ampleur inédite : en moins d’une semaine, 5 000 inter­pel­la­tions dont 2 000 pour la seule journée de jeu­di 1er octo­bre 2026.

C’est une néga­tion pure et sim­ple du droit fon­da­men­tal de la jeunesse à la lib­erté d’expression, à pro­test­er et à s’organiser à cette fin, et ce alors qu’elle le fait pour deman­der des con­di­tions dignes pour appren­dre et dis­pos­er d’un avenir. Lycéen-ne‑s et étu­di­ant-e‑s doivent pou­voir se mobilis­er et man­i­fester sans crain­dre pour leur sécu­rité.

En appli­quant des doc­trines délétères exposées dans son “Guide opéra­tionnel des vio­lences urbaines” (Govu), le gou­verne­ment fait le choix grave d’assimiler les jeunes à des enne­mis intérieurs à neu­tralis­er par des armes de guerre. Et on ne peut réduire un mou­ve­ment social à ses débor­de­ments.

Loin d’assurer l’apaisement, la logique répres­sive par­ticipe à l’augmentation des ten­sions et trans­forme les abor­ds des étab­lisse­ments sco­laires en zones d’affrontement, ce qui met aus­si en dan­ger le per­son­nel édu­catif.

Le droit de s’exprimer et de se réu­nir con­voque des lib­ertés fon­da­men­tales garanties par notre Con­sti­tu­tion, par la Con­ven­tion européenne des droits de l’Homme et des lib­ertés fon­da­men­tales et par la Con­ven­tion inter­na­tionale des droits de l’enfant de l’Onu. Il nous incombe de les défendre et de nous oppos­er à cet usage dis­pro­por­tion­né et arbi­traire de la force.

Nous, sig­nataires, sommes du côté de la mobil­i­sa­tion légitime de la jeunesse de notre pays pour son avenir, et non de celui des LBD, des grenades, des matraques et des arresta­tions de masse.

Nous exi­geons de l’Assemblée nationale et du gou­verne­ment :

  • la mise en place pri­or­i­taire d’un dia­logue avec les jeunes mobil­isés ;
  • le traite­ment sys­té­ma­tique des enfants pour ce qu’ils sont, des per­son­nes à pro­téger comme le stip­ule la Con­ven­tion inter­na­tionale des droits de l’enfant (Cide) ;
  • l’application d’une poli­tique de dés­escalade des ten­sions ;
  • l’abolition défini­tive des pra­tiques de main­tien de l’ordre lib­er­ti­cides, matéri­al­isées notam­ment par l’instruction min­istérielle sur les vio­lences urbaines (le Govu qui doit être abrogé) : le retrait immé­di­at des unités de la BAC et de toutes celles non for­mées à la ges­tion des rassem­ble­ments, des brigades équestres et des unités cynophiles ; l’interdiction stricte de l’usage des armes de guerre sur les man­i­fes­ta­tions, du gaz lacry­mogène de façon indif­féren­ciée, ain­si que l’arrêt des inter­pel­la­tions mas­sives et de la crim­i­nal­i­sa­tion de la jeunesse ;
  • une réelle prise en compte de la parole des jeunes par la recherche de la démoc­ra­tie éduca­tive pour con­stru­ire les poli­tiques publiques.

L’État doit recréer de toute urgence les con­di­tions per­me­t­tant la libre expres­sion civique des jeunes, ce d’autant plus que leur reven­di­ca­tion d’un ser­vice pub­lic d’égale qual­ité pour toutes et tous est totale­ment légitime et nous la soutenons.

Aucun jeune ne doit ris­quer son intégrité physique ou sa lib­erté lorsqu’il fait enten­dre sa voix.

Stop­pons l’escalade. Pro­té­geons la jeunesse.

Nos organ­i­sa­tions vont saisir le Défenseur des droits et les Rap­por­teurs spé­ci­aux de l’Onu des vio­lences com­mis­es par les forces de l’ordre et des ordres don­nés.

Elles prient instam­ment le Con­trôleur général des lieux de pri­va­tion de lib­erté (CGLPL) de bien vouloir con­trôler les dossiers des gardes à vue et les con­di­tions de traite­ment des per­son­nes, comme ce fut le cas en 2023 lors des man­i­fes­ta­tions « retraite ».

Sig­nataires : CGT (Con­fédéra­tion générale du tra­vail), Fédéra­tion des asso­ci­a­tions générales étu­di­antes (Fage), Fédéra­tion des con­seils de par­ents d’élèves (FCPE), LDH (Ligue des droits de l’Homme/droits humais), Mrap (Mou­ve­ment con­tre le racisme et pour l’amitié entre les peu­ples), SNPES-PJJ/FSU (Syn­di­cat nation­al des per­son­nels de l’Education et du Social), Union étu­di­ante, Union syn­di­cale lycéenne (USL), Union nationale des étu­di­ants de France (Unef), Union syn­di­cale Sol­idaires, SOS Racisme

Ce pou­voir – et les médias qui le sou­ti­en­nent – pré­ten­dent que cette con­tes­ta­tion relève de la vio­lence urbaine, sans objec­tifs clairs. C’est faux, d’abord parce que, locale­ment, des col­lec­tifs se sont con­sti­tués. Mais aus­si parce que, nationale­ment, ce mou­ve­ment est très organ­isé, porté notam­ment par deux organ­i­sa­tions très représen­ta­tives

  • l’Union Syn­di­cale Lycéenne : qui regroupe depuis 2023 la qua­si total­ité des syn­di­cats nationaux et locaux de lycéens.
  • l’Union étu­di­ante : fusion en 2023 de l’Al­ter­na­tive, de dissident.es de l’UNEF, de Sol­idaires étu­di­ant-e‑s et de syn­di­cats locaux. Elle est actuelle­ment la 2e organ­i­sa­tion der­rière la FAGE.

Ces deux organ­i­sa­tions ont élaboré la plate­forme suiv­ante de 10 mesures urgentes (l’UNEF et Sol­idaires étu­di­ant-e‑s l’ont aus­si approu­vée), à appli­quer immé­di­ate­ment, ain­si que des mesures struc­turelles pour trans­former en pro­fondeur le sys­tème édu­catif.

Engager un plan d’urgence de réno­va­tion du bâti sco­laire et uni­ver­si­taire délabré et insalu­bre. Adapter les étab­lisse­ments aux con­séquences du change­ment cli­ma­tique : cli­ma­ti­sa­tion et dis­posi­tifs de rafraîchisse­ment pour faire face aux canicules, iso­la­tion et chauffage adap­tés pour affron­ter les vagues de froid.

Garan­tir à chaque étab­lisse­ment les moyens humains et matériels néces­saires pour assur­er l’entretien des locaux et dis­pos­er de san­i­taires pro­pres et fonc­tion­nels.

Engager un plan mas­sif de recrute­ment des per­son­nels de l’Éducation nationale afin de garan­tir, dans chaque étab­lisse­ment, au min­i­mum :

  • 1 infirmier·ère pour 500 élèves ;
  • 1 psy­cho­logue pour 500 élèves ;
  • 1 conseiller·ère d’orientation pour 500 élèves.

Créa­tion de postes sup­plé­men­taires d’enseignant·es, et non pas avec des emplois con­tractuels pour qu’il y ait un‑e enseignant‑e devant chaque classe et met­tre fin aux iné­gal­ités entre étab­lisse­ments.

Ain­si que la créa­tion d’un statut pour les AESH et la créa­tion de 800 postes sup­plé­men­taires.

Engager une refonte des rythmes sco­laires, dans la con­ti­nu­ité des travaux de la Con­ven­tion citoyenne sur les temps de l’enfant pour l’Education nationale et engager des travaux pour l’Enseignement Supérieur, afin de mieux respecter les besoins et le bien-être des élèves et des étu­di­ant-es.

Garan­tir notam­ment une pause méri­di­enne d’au moins 1h30 pour per­me­t­tre à chaque élève ou étudiant‑e de déje­uner dans de bonnes con­di­tions.

Revenir sur la réforme du bac et du lycée.

Sup­primer la sélec­tion via les plate­formes Par­cour­sup et Mon Mas­ter et créer 150 000 places sup­plé­men­taires dans l’enseignement supérieur dès la prochaine ren­trée, afin de per­me­t­tre aux lycéen·nes d’accéder aux for­ma­tions cor­re­spon­dant à leurs choix sans être soumis à une sélec­tion algo­rith­mique, et à tous.tes les étudiant·es qui le souhait­ent de pou­voir pour­suiv­re en mas­ter. Con­serv­er des plate­formes nationales cen­tral­isées pour les can­di­da­tures pour faciliter la lis­i­bil­ité des for­ma­tions disponibles mais sans sélec­tion. Un bac doit garan­tir d’accéder à une licence, une licence doit garan­tir d’accéder à un mas­ter.

Instau­ra­tion de scruti­ns de listes pour les élec­tions CVL et CAVL afin de per­me­t­tre la représen­ta­tiv­ité syn­di­cale, élues au scrutin direct par l’ensemble des lycéen·nes du secteur, et instau­r­er davan­tage de sièges lycéens dans les Con­seils d’administration des lycées. L’ensemble des lycéen·nes doivent pou­voir vot­er pour les élec­tions CSE.

Aug­menter de 200 € par mois les bours­es étu­di­antes, les vers­er sur douze mois et per­me­t­tre à 100 000 étudiant·es sup­plé­men­taires d’intégrer le sys­tème de bours­es. À terme, instau­r­er un revenu d’autonomie étu­di­ant de 1 337 € par mois afin de garan­tir à chaque étudiant·e les moyens matériels néces­saires pour étudi­er.

Aban­don­ner les mesures budgé­taires réduisant les aides au loge­ment des jeunes.

Rétablir les APL des étudiant·es étranger·es. Reval­oris­er les APL et renon­cer à la mod­i­fi­ca­tion de leur mode de cal­cul qui con­duirait à en priv­er 147 000 étudiant·es.

Garan­tir l’accès effec­tif au repas à 1 € pour les étudiant·es et don­ner au réseau des œuvres uni­ver­si­taires les moyens néces­saires pour répon­dre à la demande.

Sup­primer Bien­v­enue en France et ses frais d’inscription dif­féren­ciés pour les étudiant·es extra-européen·nes qui met­tent en place la préférence nationale et une logique raciste dans l’Enseignement Supérieur. Sup­primer la taxe de la CVEC.

Rétablir le gel des loy­ers CROUS sur la base des loy­ers gelés avant 2023. Réno­va­tion des rési­dences CROUS insalu­bres. Lancer la pro­duc­tion de 15 000 loge­ments CROUS dès 2027.

Met­tre fin à toutes formes de répres­sion liée au mou­ve­ment lycéen et étu­di­ant. Assur­er que les forces de l’ordre qui se ren­dent coupables de vio­lences soient pour­suiv­ies en jus­tice. Garan­tir que les absences liées à la mobil­i­sa­tion ne soient pas pris­es en compte ni sanc­tion­nées.

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