“Micas” : face aux atteintes aux libertés fondamentales, organisons-nous !

© Pho­to Tulyppe pour Medi­a­part

Nous signons l’appel con­tre les MICAS (Mesure Indi­vidu­elle de Con­trôle Admin­is­tratif et de Sur­veil­lance). La Quad­ra­ture du Net vient juste­ment de faire une mise au point très éclairante sur ce dis­posi­tif que nous reprenons en dessous de l’ap­pel.

Depuis une semaine, des dizaines de mesures lib­er­ti­cides s’ap­puyant sur la loi anti-ter­ror­iste d’oc­to­bre 2017 (dite loi SILT) ont été pronon­cées à l’en­con­tre de per­son­nes impliquées dans les con­tes­ta­tions en cours, dans l’il­lé­gal­ité totale et con­traig­nant les militant·es à des recours en urgence, sou­vent en vain. Un ensem­ble d’or­gan­i­sa­tions déplore cette répres­sion et appelle à se coor­don­ner pour répon­dre à ces attaques de l’É­tat de droit par l’É­tat lui-même.

Dès le 23 octo­bre, partout en France, des militant.es ont reçu la vis­ite à leur domi­cile de la police afin de leur remet­tre une MICAS (mesure indi­vidu­elle de con­trôle admin­is­tratif et de sur­veil­lance). Une mesure prise par le min­istre de l’in­térieur afin d’empêcher certain·es d’aller man­i­fester leur oppo­si­tion aux idées racistes du rassem­ble­ment nation­al dont le con­grès se tenait les 24 et 25 octo­bre à Orléans.

Une nou­velle vague de MICAS (Mesures indi­vidu­elles de con­trôle admin­is­tratif et de sur­veil­lance), touchant des dizaines de per­son­nes, est inter­v­enue le 30 octo­bre en soirée en vue d’empêcher la par­tic­i­pa­tion aux man­i­fes­ta­tions con­tre les dis­crim­i­na­tions et les crimes racistes, la vie chère, et en sou­tien aux lycéen·nes en révolte, qui étaient annon­cées le week-end des 31/10 et 01/11.

Les MICAS, héri­tières des mesures d’assig­na­tion à rési­dence de l’é­tat d’ur­gence, ont été créées par la loi “SILT” de 2017. À compter de cette date, elles ont per­mis de restrein­dre les lib­ertés fon­da­men­tales de cen­taines de per­son­nes pour leur sup­posée appar­te­nance à des mou­vances ter­ror­istes. Elles sont large­ment passées inaperçues du grand pub­lic notam­ment du fait de l’im­pos­si­bil­ité de tenir un dis­cours cri­tique de la stratégie min­istérielle de lutte con­tre “l’Is­lam rad­i­cal” et cri­tique de l’is­lam­o­pho­bie d’É­tat.

Elles lim­i­tent large­ment la lib­erté d’aller et venir en assig­nant les per­son­nes à leur com­mune de rési­dence et en les oblig­eant à point­er quo­ti­di­en­nement au com­mis­sari­at. 

La par­tic­u­lar­ité des mesures pris­es dans le cadre du mou­ve­ment actuel tient à leur très courte durée, et fait qu’elles inter­dis­ent égale­ment aux per­son­nes de se ren­dre aux man­i­fes­ta­tions déclarées ou non, inter­dites ou non. En effet, bien que quelques unes soient applic­a­bles 3 mois, la grande majorité n’ont d’ef­fet que sur les deux journées du week-end. Cette très courte durée de la mesure, asso­ciée au fait qu’elles ont été noti­fiées très tar­di­ve­ment (la veille ou le matin même), rend très com­pliquée leur con­tes­ta­tion devant le juge admin­is­tratif.

En out­re, les motifs invo­qués ne cor­re­spon­dent en rien aux con­di­tions légales d’ap­pli­ca­tion de telles mesures dont le but affiché est la lutte con­tre le ter­ror­isme. Il est ain­si et notam­ment ques­tion de par­tic­i­pa­tion à dif­férentes organ­i­sa­tions qui ont pour seul point com­mun de dénon­cer les pra­tiques répres­sives de l’État, d’écrits appelant au sou­tien à la mobil­i­sa­tion sociale en cours ou de la sim­ple présence à des mou­ve­ments soci­aux , écol­o­gistes ou actions syn­di­cales déclarées.

Pour rap­pel, la MICAS est une mesure d’ex­cep­tion, pronon­cée directe­ment par le min­istre de l’in­térieur après infor­ma­tion du pro­cureur antiter­ror­iste et du pro­cureur ter­ri­to­r­i­al (code de la sécu­rité intérieure, arti­cles L228‑1 à 228–7). Elle doit être jus­ti­fiée par une “men­ace d’une par­ti­c­ulière grav­ité pour la sécu­rité et l’or­dre publics”. 

Aucun juge­ment, aucune pos­si­bil­ité de débat con­tra­dic­toire : tu obéis ou tu cours le risque d’une garde à vue immé­di­ate. A terme, la peine encou­rue est de 45000 euros d’a­mende et 3 ans d’emprisonnement, sans aucun délit com­mis. On entre dans l’ère de 1984, où la seule pré­somp­tion d’une poten­tielle future désobéis­sance expose à des pour­suites et, de fait, empêche la moin­dre expres­sion d’un désac­cord.

Après les nom­breuses inter­dic­tions de man­i­fester imposées par les pré­fec­tures lors des dernières journées de mobil­i­sa­tion, l’État tente donc main­tenant de musel­er la protes­ta­tion en créant des inter­dic­tions indi­vidu­elles, alors même que celles-ci ont été cen­surées par le Con­seil con­sti­tu­tion­nel à 2 repris­es (Déci­sion n° 2019–780 DC du 4 avril 2019 et Déci­sion n° 2017–635 QPC du 9 juin 2017).

En réponse à ces dizaines d’ar­rêtés, dont l’il­lé­gal­ité est man­i­feste sous plusieurs aspects (délai, car­ac­téri­sa­tion fan­tai­siste de la men­ace) des référés lib­erté ont été déposés en urgence auprès de nom­breux tri­bunaux admin­is­trat­ifs à Paris, Nan­cy, Poitiers, Orléans, Mar­seille, Greno­ble, Lyon, Stras­bourg… 

Chaque MICAS doit être con­testée indi­vidu­elle­ment : pour chaque mesure, cela engage a min­i­ma un·e juge, un·e greffièr·e, un·e avocat·e. Des audi­ences en urgence sont ouvertes au tri­bunal admin­is­tratif, mobil­isant des moyens con­sid­érables d’ar­gent pub­lic alors même que la jus­tice est déjà engorgée et demande régulière­ment des moyens sup­plé­men­taires pour lut­ter con­tre les vio­lences faites aux femmes et aux enfants par exem­ple.

Or, nous devons con­stater que le con­trôle de ces mesures lib­er­ti­cides par le juge admin­is­tratif est – de fac­to – inex­is­tant. En effet, soit les recours font l’ob­jet d’or­don­nances de tri, soit ils ne sont pas audi­encés en temps utiles, c’est-à-dire avant les man­i­fes­ta­tions annon­cées. Ce qua­si déni de jus­tice est très inquié­tant. En effet, il prive ces mesures admin­is­tra­tives de tout con­trôle effi­cient, au moment même où le pou­voir est pris d’une fièvre autori­taire sans précé­dent qui appelle la plus grande vig­i­lance.

Alors que les nom­breuses vic­times de la répres­sion poli­cière his­torique et ultra­vi­o­lente des dernières semaines atten­dent tou­jours des répons­es de la jus­tice sur les blessures en con­séquence directe des direc­tives débridées de main­tien de l’or­dre édic­tées par le min­istère de l’in­térieur, c’est la lib­erté même de man­i­fester, droit con­sti­tu­tion­nel fon­da­men­tal inscrit dans la Déc­la­ra­tion des droits de l’homme et du citoyen, qui est men­acée.

Pire, il appa­raît que ces mesures admin­is­tra­tives de con­trôle et de sur­veil­lance ne visent que les cibles habituelles des min­istères de l’Intérieur et de la Jus­tice. Des mil­i­tants d’ex­trême-droite en sont exempts. C’est une sit­u­a­tion inac­cept­able, alors même que le 24 octo­bre dernier, des grou­pus­cules fas­cistes ont attaqué des man­i­fes­ta­tions paci­fiques dans une quin­zaine de villes en France. Les mem­bres de ces groupes racistes et vio­lents sont con­nus et iden­ti­fiés. Leurs exac­tions avec armes et en réu­nion ont été doc­u­men­tées. Et pour­tant, ils demeurent inex­plic­a­ble­ment libres, après avoir déjà béné­fi­cié (à tout le moins) de la pas­siv­ité fau­tive des forces de l’or­dre pour per­pétr­er leurs agres­sions. Ce traite­ment dif­féren­cié trahit un par­ti pris fla­grant et très inquié­tant des pou­voirs publics.

Le bas­cule­ment autori­taire d’un gou­verne­ment aux abois n’en finit plus. Le régime mori­bond inter­dit, mutile, tue, sous le regard com­plaisant de médias soumis.

Il est néces­saire d’or­gan­is­er des défens­es col­lec­tives et à se coor­don­ner pour répon­dre à ces attaques de l’État de droit par l’État lui-même… Des legal team et des avocat.es se mobilisent en ce moment même pour dépos­er des recours sur le fond, en dépit d’une pas­siv­ité délibérée des tri­bunaux admin­is­trat­ifs.

Nous appelons en par­al­lèle à inten­si­fi­er le rap­port de force avec une mobil­i­sa­tion pop­u­laire d’am­pleur, par exem­ple en accom­pa­g­nant mas­sive­ment les per­son­nes con­cernées lors de leurs pointages, en organ­isant des protes­ta­tions auprès des juri­dic­tions con­cernées (tri­bunaux admin­is­trat­ifs, con­seil d’État…)…

Le col­lec­tif de lutte con­tre les MICAS

Rejoignez-nous en sig­nant cet appel, par mail : collectifMICAS@proton.me

Organ­i­sa­tions sig­nataires :

Col­lec­tif des faucheuses et faucheurs volon­taires d’OGM

Jeunes Insoumis•es Mon­téli­mar

Sol­i­dar­ité anti­spé­ciste

Légale team 86

Bassi­neNon­Merçi 86

Révolte anti­spé­ciste Toulouse

Base arrière juridique 74

CAR 38

Vig­i­lance OGM 46

CNT inter­pro 12/46

Fayçal KALAF – Avo­cat 

SUD san­té soci­aux 74

Fédéra­tion Sol­idaires étu­di­ant-e‑s, syn­di­cats de luttes

Syn­di­cat des avo­cats de France

Extinc­tion Rebel­lion Yaute

ATTAC 17

Sec­ours rouge Toulouse

Mayard Nico­las coor­di­na­teur édi­to­r­i­al au Média TV

Les Soulève­ments de la Terre 17

Syn­di­cat des Avo­cat-es de France

Coali­tion Guerre à la Guerre 

FSU SNUipp17

Les Souleve­ments de la Terre

Le mou­ve­ment social con­tin­ue et la dystopie s’installe. Comme l’ont rap­porté plusieurs médias et asso­ci­a­tions, des militant·es écol­o­gistes, antifas­cistes ou en sou­tien à la Pales­tine ont reçu ces dernières semaines des assig­na­tions à rési­dence, une mesure issue du droit de l’antiterrorisme, les empêchant de se ren­dre à des man­i­fes­ta­tions.

Au-delà de l’atteinte à leur lib­erté de man­i­fester, ces déci­sions ouvrent un nou­veau chapitre de la sur­veil­lance poli­cière, que l’on red­outait depuis des années. Désor­mais, les lois antiter­ror­istes, qui ont per­mis un acharne­ment con­tre les musulman⋅es, sont util­isées con­tre le milieu mil­i­tant pour l’intimider et l’empêcher d’agir.

De manière inédite et gravis­sime, des mesures d’assignation à rési­dence, théorique­ment réservées à la lutte con­tre le ter­ror­isme, ont été util­isées con­tre des participant⋅es au mou­ve­ment social en cours, en assim­i­lant de fait mil­i­tan­tisme poli­tique et ter­ror­isme. Plus pré­cisé­ment, le min­istère de l’intérieur a util­isé les “mesures indi­vidu­elles de con­trôle admin­is­tratif et de sur­veil­lance”, dites MICAS. Celles-ci font par­tie des out­ils de répres­sion que l’administration a dévelop­pés depuis une dizaine d’années, alors qu’elles étaient aupar­a­vant réservées à la jus­tice.

Rap­pelez-vous : après les atten­tats de 2015, François Hol­lande procla­mait l’état d’urgence et don­nait ain­si au gou­verne­ment de Manuel Valls des pou­voirs excep­tion­nels à la police. Cet état d’urgence lui don­nait des pou­voirs pour agir de façon “préven­tive”, c’est-à-dire sans juge et sous la seule direc­tion du min­istère de l’intérieur et des préfets. Cen­sé dur­er quelques jours, ce régime s’est pro­longé pen­dant deux ans, per­me­t­tant des cen­taines de perqui­si­tions et d’assignations à rési­dence qui visaient qua­si exclu­sive­ment des per­son­nes musul­manes, assim­ilées au ter­ror­isme islamiste, très sou­vent de façon abu­sive [1].

Ne souhai­tant pas per­dre ces “super pou­voirs”, le gou­verne­ment d’Emmanuel Macron a fait pass­er en 2017 la loi de sécu­rité intérieure et la lutte con­tre le ter­ror­isme, dite “SILT”, pour leur don­ner un cadre juridique sur le long terme : ce sont les fameuses “MICAS”. Si le min­istère de l’intérieur ou un préfet esti­ment qu’une per­son­ne con­stitue une “men­ace ter­ror­iste” [2], alors elle peut être assignée à rési­dence ou se faire perqui­si­tion­ner. Pas de juge, pas de juge­ment, pas de con­tra­dic­toire ou de preuve con­crète à apporter : les seuls arrêtés ont force de loi.

Depuis dix ans, les dégâts sont énormes : des cen­taines de MICAS, notam­ment pen­dant les Jeux Olympiques de 2024, ont été pris­es qua­si exclu­sive­ment con­tre des per­son­nes musul­manes désignées comme “rad­i­cal­isées” sur la base de préjugés islam­o­phobes, et ont lit­térale­ment brisé des vies [3]. Comme le démon­tre une étude [4], ces mesures sont égale­ment dev­enues une sorte de peine com­plé­men­taire offi­cieuse à la sor­tie de prison de certain·es détenu·es, per­me­t­tant de con­tin­uer à les main­tenir dans le giron de la police.

Puisque les MICAS sont lim­itées à un an max­i­mum, un nou­v­el out­il est venu pren­dre la suite de cette répres­sion qui ne dit pas son nom : ce sont les “inter­dic­tions de paraître” très récem­ment votées dans la loi sur les Jeux Olympiques. Ce nou­veau régime est plus sim­ple à utilis­er car il répond à moins de con­di­tions. Il per­met au préfet d’empêcher “toute per­son­ne pour laque­lle il existe des raisons sérieuses de penser que son com­porte­ment con­stitue une men­ace d’une par­ti­c­ulière grav­ité pour la sécu­rité publique” de venir sur un lieu, sans inter­ven­tion du juge ni néces­sité d’une con­damna­tion pénale préal­able. Ces inter­dic­tions de paraître ont ain­si égale­ment été util­isées ces derniers jours, en com­plé­ment des MICAS, pour empêch­er des per­son­nes de se ren­dre dans des man­i­fes­ta­tions.

Les MICAS font par­tie d’un arse­nal de mesures antiter­ror­istes déployées mas­sive­ment depuis une dizaine d’années et qui repose sur une même logique. Celle-ci sup­pose que le rôle de l’État serait d’identifier, dans toutes les sphères sociales, les per­son­nes qui présen­teraient une men­ace afin de les empêch­er préven­tive­ment d’agir. Il s’agit en quelque sorte d’une police pré­dic­tive : même sans acte matériel de ter­ror­isme, l’État estime qu’il peut réprimer des per­son­nes “en avance”, pour anticiper les actes. La sur­veil­lance joue alors une place cru­ciale dans ce proces­sus. Les MICAS se fondent sur la base de faits non véri­fiés et rap­portés par des agents du ren­seigne­ment dans des “notes blanch­es”, des doc­u­ments sans aucune source, ni en-tête, rap­por­tant des faits invéri­fi­ables.

Pour les per­son­nes musul­manes, des inter­ac­tions sur les réseaux soci­aux, la fréquen­ta­tion de cer­taines mosquées ou la pos­ses­sion de livres religieux peu­vent suf­fire à car­ac­téris­er des élé­ments de sus­pi­cion et ali­menter un réc­it selon lequel la per­son­ne serait sus­cep­ti­ble de recourir à la vio­lence.

Ce type de raison­nement se trans­pose exacte­ment aujourd’hui sur les per­son­nes mil­i­tantes [5]. Dans les MICAS que nous avons pu con­sul­ter, on lit que la par­tic­i­pa­tion à des actions écol­o­gistes, des man­i­fes­ta­tions et des blocages de lycées seraient autant d’indices de la dan­gerosité d’une per­son­ne, dans un cli­mat présen­té comme insur­rec­tion­nel et vio­lent à cause de “l’ultra-gauche”. Pour étay­er ce con­texte, les arrêtés repren­nent des con­tenus partagés par des comptes antifas­cistes ou de gilets jaunes sur les réseaux soci­aux.

Un précé­dent lais­sait déjà entrevoir ce qui se passe aujourd’hui : celui du procès de “l’affaire du 8‑Décembre” que nous avons doc­u­men­té depuis plusieurs années. On y appre­nait, en creux, la manière dont est perçu un poten­tiel “ter­ror­iste de gauche”, et avec lui les “sig­naux faibles” car­ac­téris­tiques qui per­me­t­traient de le recon­naître. Si l’État con­sid­ère comme “inquié­tant” le fait chez les musulman⋅es d’être “trop” pra­ti­quant, à gauche, c’est la cri­tique de l’État qui con­stitue un élé­ment décisif pour car­ac­téris­er le pro­fil ter­ror­iste des inculpé·es.

L’acceptabilité de ces mesures repose sur la con­struc­tion d’un enne­mi intérieur, mais égale­ment sur le mythe qu’elles respecteraient “l’État de droit”. Puisqu’elles sont prévues par la loi et qu’elles peu­vent être con­testées après leur édic­tion, alors les MICAS seraient légitimes et pro­por­tion­nées. En réal­ité, comme nous le dénonçons depuis des années, il s’agit d’une déci­sion arbi­traire et poli­tique, reposant sur un réc­it con­stru­it par les ser­vices de ren­seigne­ment, le tout enrobé d’un vocab­u­laire juridique et d’un tam­pon du min­istère.

L’argument selon lequel ces déci­sions pour­raient être val­able­ment con­testées en jus­tice doit égale­ment être sérieuse­ment écarté. Non seule­ment il faut des ressources pour aller devant un tri­bunal, et encore plus dans l’urgence, puisque ces MICAS sont en général délivrées au dernier moment. Mais ensuite, une fois devant une juri­dic­tion, la charge de la preuve s’inverse : ce n’est pas au pro­cureur de démon­tr­er la cul­pa­bil­ité, mais c’est à la per­son­ne con­cernée de con­tester elle-même le réc­it, con­stru­it à par­tir de quelques élé­ments choi­sis par le ren­seigne­ment, et de démon­tr­er qu’elle n’est pas dan­gereuse. Aus­si, les quelques assig­na­tions à rési­dence con­testées ces derniers jours se sont heurtées à dif­férents obsta­cles : le court délai n’a pas per­mis au juge de stat­uer ou bien le recours est rejeté car la man­i­fes­ta­tion a déjà eu lieu. Le plus sou­vent, le mal est donc fait et la per­son­ne n’a pas pu man­i­fester sans qu’aucune défense ne soit pos­si­ble [6].

L’objectif des MICAS n’est donc pas d’empêcher un atten­tat mais bel et bien de décourager et d’épuiser des per­son­nes par le har­cèle­ment admin­is­tratif. Lors des Jeux Olympiques, ces mesures ont entraîné pour certain⋅es la perte de leur tra­vail, et ont trau­ma­tisé des familles. Aujourd’hui, elles sont util­isées pour empêch­er un mou­ve­ment de con­tes­ta­tion et effray­er celles et ceux qui voudraient y pren­dre part. Libre Flot, ayant déjà purgé sa peine dans l’affaire du 8‑Décembre, a même été assigné à rési­dence pen­dant trois mois, lui faisant renon­cer à tout lien social ou toute sit­u­a­tion pro­fes­sion­nelle. Comme nous le dénon­cions il y a quelques semaines, les MICAS s’ajoutent aux autres pou­voirs des préfets pour organ­is­er cette répres­sion, tels que les inter­dic­tions de man­i­fes­ta­tion, le main­tien de l’ordre par la vio­lence ou la sur­veil­lance sys­té­ma­tique par drone ou héli­cop­tère.

Cet épisode n’est en rien une “dérive”. Il est le fruit d’un proces­sus bien con­scient, visant à con­tenir toute con­tes­ta­tion du pou­voir. Et le futur que l’on pou­vait red­outer est bien là : inter­dic­tions de man­i­fes­ta­tion, util­i­sa­tions sans lim­ites des armes muti­lantes même con­tre des mineur⋅es, sur­veil­lance per­ma­nente, pro­tec­tion des mil­ices d’extrême droite par la police et désor­mais assig­na­tion à rési­dence des militant⋅es sur la base du ren­seigne­ment d’État. Se mobilis­er con­tre cela n’est plus une option, c’est une urgence.

Notes

[1] Voir égale­ment le rap­port du Défenseur des droits et du CREDOF : “Ce qu’il reste(ra) tou­jours de l’urgence”, 5 juil­let 2018.

[2] L’article L. 228–1 du code de la sécu­rité intérieure vise “toute per­son­ne à l’égard de laque­lle il existe des raisons sérieuses de penser que son com­porte­ment con­stitue une men­ace d’une par­ti­c­ulière grav­ité pour la sécu­rité et l’ordre publics et qui soit entre en rela­tion de manière habituelle avec des per­son­nes ou des organ­i­sa­tions inci­tant, facil­i­tant ou par­tic­i­pant à des actes de ter­ror­isme, soit sou­tient, dif­fuse, lorsque cette dif­fu­sion s’accompagne d’une man­i­fes­ta­tion d’adhésion à l’idéologie exprimée, ou adhère à des thès­es inci­tant à la com­mis­sion d’actes de ter­ror­isme ou faisant l’apologie de tels actes”.

[3] Lire aus­si le rap­port de Pro­mote, du CCIE et Equi­tas sur les MICAS appliquées lors des Jeux Olympiques et revoir l’émission que nous avons con­sacré en 2025 à ces mesures et à leur util­i­sa­tion à l’encontre des per­son­nes musul­manes.

[4] “De la nor­mal­i­sa­tion de l’état d’urgence à sa rou­tin­i­sa­tion ? Une étude empirique des MICAS” par Stéphanie Hen­nette-Vauchez, Nico­las Klauss­er et Vin­cent Louis (2025) acces­si­ble ici et “Les MICAS pen­dant les JOP, ou l’usage extra­or­di­naire d’outils rou­tiniers” par Nico­las Klauss­er, Vin­cent Louis, Lula Michal­let et Serge Sla­ma (2026) acces­si­ble ici.

[5] Voir “L’antiterrorisme admin­is­tratif con­tre le mou­ve­ment social : l’extension des MICAS et inter­dic­tions de paraître”, Lula Michal­let et Vin­cent Louis, acces­si­ble ici.

[6] À ce sujet, nous venons de nous associ­er à un recours devant le Con­seil d’État avec la Ligue des droits de l’homme, l’ADELICO et des syn­di­cats, deman­dant que soient pris­es des mesures pour que cette pra­tique de pub­li­ca­tion ou de noti­fi­ca­tion tar­dives des arrêtés cesse.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *