Aux Etats-Unis, la défaite de Trump et de ses affidés doit beaucoup au prix de l’essence (et à la guerre contre l’Iran qui y est directement liée), à la hausse des prix, à la corruption de Trump et de ses proches, à l’ICE et aux politiques répressives … et aux data centers.
Au Texas – un de leurs lieux d’implantation privilégiés – le vainqueur démocrate James Talarico a fait campagne avec un plan mettant fin aux privilèges fiscaux des centres de données, en les responsabilisant sur la pollution de l’eau et en leur faisant payer leurs infrastructures d’électricité et d’eau, tout en accordant aux communautés locales le pouvoir d’approbation ou de rejet des projets.
Ailleurs, plusieurs dizaines de collectivités ont directement voté sur les data centers en même temps qu’elles se prononçaient sur leurs élus locaux, un niveau de démocratie inconnu chez nous ! Les premiers résultats traduisent un net rejet de leur déploiement, sous la forme d’interdictions ou de moratoires. Les big tech tentent de s’adapter…
Les tendances des votes sur les data centers
Aux États-Unis lors des midterms, il était possible de choisir ses élus à la Chambre des représentants, au Sénat ou comme gouverneur, responsable local, tout en décidant sur le même bulletin si un data center peut s’installer près de chez soi. Les premiers résultats traduisent un net rejet de leur développement : certains imposent des interdictions ou des moratoires, tandis que d’autres sont seulement consultatifs.
Ces questions, appelées ballot measures, permettent d’approuver ou de rejeter une proposition sur des décisions publiques à l’échelle d’un État ou d’une collectivité. Certaines sont soumises par les autorités, d’autres par des habitants ayant recueilli suffisamment de signatures.
Cette année, le vote sur la construction de data centers s’est imposé dans des dizaines de collectivités. Et les premiers résultats sont très défavorables à leur développement. Selon les données de Data Centers on the Ballot, compilées par Redbud Consulting et mises à jour le 4 novembre, le camp des restrictions était en tête dans 39 des 40 consultations disposant de résultats, pour des projets représentant 88 milliards de €.

Chaque point représente une mesure, positionnée selon la répartition des votes : à gauche, la restriction l’emporte ; à droite, l’autorisation
À Trenton (Ohio), la proposition a été portée par un groupe de riverains. Près de 80 % des votants ont approuvé une modification de la charte municipale interdisant la construction de data centers dépassant 25 mégawatts de puissance électrique. Le campus prévu par Amazon de 1 000 mégawatts dépasse largement ce seuil : sa construction est donc compromise, d’après la radio locale WVXU. La municipalité promettait pourtant des financements pour les écoles et des avantages fiscaux pour les habitants…
À Wilmington (Ohio), les habitants ont voté contre un projet de data center en refusant que quatre terrains puissent accueillir des activités industrielles. Chacun de ces changements nécessitait un vote distinct : les quatre propositions ont été rejetées à environ 80 %. Il arrivait aussi que le vote serve uniquement à recueillir l’avis de la population. À Monroeville (Ohio), près de 88 % des votants se sont ainsi prononcés contre l’accueil de data centers. Mais la consultation n’étant pas contraignante, ce résultat ne suffit donc pas à en interdire la construction.

Le repère central représente 50 %
Les big tech tentent d’amadouer les électeurs
Bien avant ces élections, la question des datacenters a été abordée à maintes reprises. L’opacité avec laquelle les décisions d’implantation sont prises, l’impact sur l’environnement, sur l’eau, le bruit, les factures d’énergie qui explosent…
Matt Garman, le directeur général d’Amazon Web Services (AWS), a annoncé une série de promesses aux collectivités qui accueillent ses centres de données :
- éviter une hausse des factures d’électricité pour les habitants en couvrant l’énergie consommée et en payant les améliorations nécessaires pour les infrastructures ;
- faire bénéficier l’économie locale des retombées économiques du centre de données, par exemple en recrutant et en achetant localement ;
- améliorer la transparence et le dialogue : AWS ne fera plus signer d’accords de confidentialité (NDA) aux responsables publics, et l’entreprise s’engage à informer les habitants le plus tôt possible en organisant des rencontres publiques ;
- réduire l’impact environnemental des infrastructures en utilisant des énergies décarbonées, de respecter les normes locales de bruit et de privilégier l’eau non potable ;
- publier chaque année des indicateurs sur la consommation d’énergie et d’eau (ce que ne fait pas actuellement Amazon, contrairement à d’autres).
AWS prend aussi un engagement financier à hauteur d’un milliard de $ sur cinq ans pour les collectivités, qui pourront flécher cet argent vers leurs priorités (formation, éducation, coût de l’énergie ou préservation des ressources).
OpenAI a publié un “Community Compact” qui énumère les engagements de l’entreprise envers les riverains, et un “Compute Campus Policy Blueprint” qui propose des règles aux pouvoirs publics pour encadrer et faciliter la construction de ces infrastructures.

Le créateur de ChatGPT veut aussi :
- payer pour ses propres besoins énergétiques, y compris les investissements supplémentaires, et soulager le réseau électrique en réduisant temporairement sa consommation en cas de surcharge ;
- limiter la consommation d’eau, et publier les impacts de chaque site (consommation d’eau et d’électricité, emplois, impôts et investissements locaux, bruit) ;
- consulter les habitants avec un interlocuteur local avec la possibilité de faire remonter des leurs préoccupations ;
- cesser d’imposer des accords de confidentialité ;
- investir financièrement dans les collectivités et pour la formation.
Le “Policy Blueprint” demande aux pouvoirs publics de transformer plusieurs de ces principes en obligations pour le secteur (transparence sur les consommations et les nuisances, protection des consommateurs d’électricité, suivi des emplois et encadrement des avantages fiscaux, consultation des habitants).
… Mais il demande aussi de faciliter les constructions, en accélérant les permis et les raccordements électriques, en développant des lignes et de la production d’énergie. Et il s’oppose à l’obligation pour les grands consommateurs d’énergie de construire leur propre capacité de production électrique.
De son coté, Meta met en avant plusieurs conditions qui recoupent plus ou moins les engagements d’ASW et d’OpenAI : payer sa propre électricité, orienter les recettes fiscales supplémentaires vers les enseignants et les services de secours, faire travailler la main d’œuvre locale, et obtenir un soutien politique bipartisan…
C’est un retournement majeur après les deux premières années de la présidence Trump où tous les passe-droits leur étaient accordés. Au niveau d’États entiers, Gina Hinojosa, la nouvelle gouverneure démocrate du Texas veut imposer un moratoire immédiat, déjà en place dans l’État de New York. D’autres gouverneurs démocrates s’y sont engagés.
Au niveau national, le sénateur Abdul el-Sayed (Michigan) va plus loin : il demande une “pause complète” du développement de l’IA de pointe car “le rythme du développement technologique dépasse celui de la sécurité”.
En Europe, la coalition Stop Dirty Data Centres coordonne les contestations ces 6 et 7 novembre. Une pétition est à signer pour obtenir un moratoire immédiat sur les nouveaux méga data centers et l’ouverture d’un débat public en France.
Pendant ce temps, et c’est directement lié, les cours de la bourse pour les entreprises de semi-conducteurs comme pour les concepteurs d’IA commencent à dévisser…
