Pillage de l’eau en Uruguay par un data center, solidarité internationale !

Depuis le début de l’été, plus de la moitié des uruguayens n’ont plus accès à de l’eau potable depuis des mois et les habi­tants de la cap­i­tale n’ont plus accès qu’à une eau nauséabonde. Cela n’empêche par le géant Google d’in­staller un cen­tre de don­nées néces­si­tant des mil­lions de litres d’eau par jour pour refroidir ses serveurs. Une véri­ta­ble aber­ra­tion écologique et sociale ! En Uruguay la résis­tance s’or­gan­ise.

L’Uruguay, petit pays d’Amérique Latine, coincé entre le Brésil et l’Argentine et comp­tant 3,4 mil­lions d’habitants, fait face à sa pire sécher­esse depuis 76 ans. Le prin­ci­pal réser­voir d’eau douce de Paso Sev­eri­no (proche de Mon­te­v­ideo), n’est plus rem­pli qu’à 2 %. Le gou­verne­ment uruguayen a déclaré l’État d’urgence et l’entreprise publique de dis­tri­b­u­tion d’eau a com­mencé à ajouter de l’eau salée à l’eau douce provenant de l’estuaire du Rio de la Pla­ta.

« De l’eau douce pour le cap­i­tal, de l’eau salée pour la pop­u­la­tion » Ce slo­gan fig­u­rait sur une ban­de­role des nom­breuses man­i­fes­ta­tions organ­isées ces derniers mois en Uruguay, il est désor­mais réal­ité (…)

Un geste aus­si quo­ti­di­en et vital qu’ouvrir son robi­net pour boire un verre d’eau est devenu impos­si­ble dans la région de la cap­i­tale, Mon­te­v­ideo, qui con­cen­tre 60% de la pop­u­la­tion du pays.

Pour ne pas couper totale­ment les robi­nets, l’État a décidé de mélanger les réserves d’eau restantes à celle de l’Estuaire du Rio de la Pla­ta, qui se déverse dans l’Océan. De l’eau de mer mélangée à celle du fleuve. Et l’organisme nation­al qui gère l’eau potable n’a pas «l’infrastructure néces­saire pour la pota­bil­i­sa­tion d’une eau salée». Les habi­tant-es se plaig­nent d’une eau «dégoû­tante». Elle est aus­si dan­gereuse.

Le gou­verne­ment joue sur les mots. Le min­istre de l’environnement, Robert Bou­vi­er a déclaré que l’eau «n’est pas potable», mais qu’elle est «buvable et con­som­ma­ble». Tout en décon­seil­lant de boire l’eau du robi­net aux per­son­nes souf­frant de mal­adie rénale chronique, d’hypertension, d’insuffisance car­diaque, de cir­rhose et aux femmes enceintes. «Des enfants avec des diar­rhées, des vom­isse­ments» ont été sig­nalés. » »

“Uruguay les autorités font désor­mais boire de l’eau salée à la pop­u­la­tion”, arti­cle de Con­tre attaque

La sit­u­a­tion est cat­a­strophique ! Or, au lieu de garder les réser­voirs d’eau douce pour la pop­u­la­tion, le gou­verne­ment a don­né l’aval à un pro­jet de data cen­ter de Google qui va puis­er directe­ment dans cette eau potable pour refroidir ses équipements et accueil­lir des serveurs Youtube et Gmail du monde entier.

Un pil­lage tout ce qu’il y a de plus hon­teux et inhu­main !

Les data cen­ters, un prob­lème écologique !

En effet, les “data cen­ters” (cen­tres de don­nées) sont très gour­mand en eau, cha­cun de ceux que pos­sède Google con­somme en un an l’équivalent de la con­som­ma­tion d’une ville de 30 000 habi­tants, ce qui est tout sauf écologique !

Celui prévu en Uruguay con­som­mera 7,6 mil­lions de litres d’eau par jour alors que les habi­tants n’ont plus d’eau potable, l’équiv­alant de la con­som­ma­tion d’une ville de 55 000 habi­tants. Une honte !

Ce pil­lage de l’eau est l’une des raisons pour lesquelles nous avions protesté à Saint-Éti­enne en 2020 con­tre l’implantation d’un ate­lier de Google. Celui-ci est devenu au fil du temps une cible priv­ilégiée par les man­i­fes­tants lors des mou­ve­ments soci­aux.

Voir notre arti­cle : https://halteaucontrolenumerique.fr/?p=32

Ate­lier Google Saint-Éti­enne, pho­to Le Gueu­loir

En Uruguay, fin juin, des man­i­fes­ta­tions ont eu lieu, pour réclamer “de l’eau pour le peu­ple”. Les per­son­nes présentes tapaient le sol avec des bouteilles vides, sym­bol­isant leur souhait d’avoir plus d’eau potable.

Désor­mais les protes­ta­tions ont pris une nou­velle ampleur dans les rues, avec pour cible Google.

« Ce n’est pas la sécher­esse, c’est le pil­lage » ce slo­gan, pen­sé par Car­men Sosa, mem­bre de la Com­mis­sion uruguayenne de défense de l’eau et de la vie, a été tagué sur de nom­breux murs de Mon­te­v­ideo, la cap­i­tale.

Man­i­fes­ta­tion con­tre l’ac­ca­pare­ment de l’eau en Uru­gay

Sol­i­dar­ité inter­na­tionale con­tre les géants du numérique !

À Greno­ble, le col­lec­tif Stopmicro38 s’est créé pour pro­test­er con­tre le pro­jet d’agrandissement d’une méga-usine de puces élec­tron­iques (STMi­cro­elec­tron­ics à Crolles).

En 2021, cette méga-usine con­som­mait déjà 127 litres d’eau par sec­onde (11 mil­lions de litres par jour). Après l’extension, en 2028, elle con­som­mera 389 litres par sec­onde (33,6 mil­lions de litres par jour).

Le 1er avril une man­i­fes­ta­tion a réu­ni 1000 per­son­nes sous le mot d’ordre « De l’eau, pas des puces ! ».

Le col­lec­tif Stopmicro38 a envoyé un mes­sage de sol­i­dar­ité en Uruguay que nous parta­geons ci-dessous :

« Nous vous écrivons depuis la France. Nous venons d’apprendre la sit­u­a­tion dra­ma­tique de l’eau en Uruguay et la lutte courageuse que vous menez con­tre la pri­vati­sa­tion de l’eau. Pas accès à l’eau potable depuis des mois pour la moitié de la pop­u­la­tion, une eau nauséabonde qui coule des robi­nets, la plus grosse sécher­esse depuis 70 ans… alors que Google veut implanter un data cen­ter (pour ses serveurs Gmail et YouTube du monde entier) qui con­som­mera 7,6 mil­lions de litres par jour

Votre lutte fait écho à celle que nous menons chez nous, à Greno­ble en France. Ici, au coeur de l’Occident indus­tri­al­isé, la sit­u­a­tion est moins dra­ma­tique pour la pop­u­la­tion : quand nous tournons le robi­net, c’est bien de l’eau potable qui coule. Mais les nappes phréa­tiques sont de plus en plus bass­es et, été après été, les sécher­ess­es de plus en plus impor­tantes.

Pen­dant ce temps, l’Union Européenne a décidé d’agrandir la méga-usine de puces élec­tron­iques de Greno­ble (STMi­cro­elec­tron­ics à Crolles). En 2021, elle con­som­mait déjà 127 litres d’eau par sec­onde (11 mil­lions de litres par jour). Après l’extension, en 2028, elle con­som­mera 389 litres par sec­onde (33,6 mil­lions de litres par jour)

Nous refu­sons ce pil­lage des ressources. Nous pen­sons que les indus­triels ne devraient pas pou­voir acca­parer des biens aus­si pré­cieux que l’eau pour pro­duire des objets aus­si peu néces­saires que des semi-con­duc­teurs. Surtout dans un con­texte de dérè­gle­ment cli­ma­tique et de crise écologique général­isée.

Les ressources naturelles sont en quan­tité lim­itée. Tan­dis que nous avons besoin d’eau, nous n’avons pas besoin de data cen­ters, de semi-con­duc­teurs, d’algorithmes, de YouTube et d’ »intel­li­gence arti­fi­cielle ».

C’est pourquoi nous avons organ­isé le 1er avril dernier une man­i­fes­ta­tion qui a réu­ni 1000 per­son­nes, sous le mot d’ordre « De l’eau, pas des puces! ». Et notre mobil­i­sa­tion con­tin­ue : nous comp­tons bien empêch­er l’industriel d’agrandir l’usine.

Nous ne bat­tons pas égoïste­ment pour préserv­er notre val­lée en cher­chant à exter­nalis­er les nui­sances dans les pays du Sud. Nous nous bat­tons pour une autre société qui sat­is­fasse les besoins des pop­u­la­tions et qui ne se perde pas dans une fuite en avant tech­nologique au ser­vice des intérêts des cap­i­tal­istes et des Etats.

C’est pourquoi, depuis la France, par delà l’Océan, nous salu­ons votre com­bat et votre mobilisation.Pour l’eau, con­tre la dic­tature des géants du numérique.De l’eau, pas des puces ! »

Col­lec­tif STopMicro,le 31 juil­let 2023

Voir : https://stopmicro38.noblogs.org/post/2023/07/31/solidarite-avec-la-mobilisation-uruguayenne-pour-leau/

Face à la con­tes­ta­tion pop­u­laire, le gou­verne­ment uruguayen a fait machine arrière en assur­ant que le pro­jet ini­tial de Google avait été retiré au prof­it d’une instal­la­tion con­som­mant moins d’eau. Mais cela ne suf­fit pas à arrêter la colère des habi­tants.

Les spé­cial­istes esti­ment que l’eau courante ne sera plus du tout potable d’ici quelques jours en Uruguay si aucune alter­na­tive n’est trou­vée au réser­voir de Paso Sev­eri­no.

Comme l’a si bien dit le col­lec­tif STop­Mi­cro de Greno­ble, nous avons besoin d’eau, mais nous n’avons pas besoin de data cen­ters, de semi-con­duc­teurs, d’algorithmes, de YouTube ni d’ « intel­li­gence arti­fi­cielle » !

Sol­i­dar­ité inter­na­tionale con­tre les GAFAM !

Com­plé­ments

Uruguay en pleine pénurie d’eau potable un pro­jet de cen­tre de don­nées de google est mon­tré du doigt (FranceTV)

En Uruguay, la moitié de la pop­u­la­tion n’a plus d’eau potable et reproche à Google de vouloir « piller » les dernières gouttes (Huff­in­g­ton­post)

“Ce n’est pas la sécher­esse, c’est le pil­lage” : Google con­som­mera 7,6 mil­lions de litres d’eau par jour alors que les habi­tants de l’U­ruguay n’ont presque plus d’eau potable (l’In­de­pen­dant)

Uruguay les autorités font boire de l’eau salée à la pop­u­la­tion (Con­tre Attaque)