Municipales : 10 propositions pour une désescalade numérique

Le col­lec­tif Dés­escalade numérique (auquel Halte au con­trôle numérique con­tribue) a élaboré, en vue des élec­tions munic­i­pales, une plate­forme de propo­si­tions pour lim­iter l’usage du numérique et ses impli­ca­tions écologiques, sur la san­té et sur nos lib­ertés, pub­liée sur le site Médi­a­part. Présen­ta­tion ci-dessous.

Depuis 20 ans, à rebours de toutes les promess­es qui accom­pa­g­nent la numéri­sa­tion, le recours mas­sif à inter­net, au smart­phone et aux réseaux soci­aux accélère l’ef­fon­drement du lien social et la fas­ci­sa­tion de la société.

Porté par des multi­na­tionales hégé­moniques, le numérique a servi à déman­tel­er et pri­va­tis­er les ser­vices publics, à accélér­er les flux de marchan­dis­es et à dis­qual­i­fi­er bon nom­bre de savoir-faire.

Nous assis­tons à une cap­ta­tion des cerveaux et des liens com­mu­nau­taires au béné­fice de ces entre­pris­es. Les soirs d’élec­tions, nous en sommes réduits à crois­er les doigts pour que les capac­ités de sur­veil­lance orwelli­ennes dévelop­pées ces deux dernières décen­nies ne tombent pas, prêtes à l’emploi, entre les mains d’un gou­verne­ment d’ex­trême droite.

Au niveau de ses chaînes d’ap­pro­vi­sion­nement et de ses impacts écologiques, l’in­dus­trie numérique plané­taire, avec sa crois­sance expo­nen­tielle, est une bombe cli­ma­tique et tox­ique. Des mines aux data cen­ters en pas­sant par la pro­duc­tion de semi-con­duc­teurs, elle asservit une main-d’œu­vre pré­caire, siphonne des quan­tités colos­sales d’eau et d’én­ergie, accu­mule des mon­tagnes de déchets.

En démul­ti­pli­ant et en accélérant toutes ces ten­dances, le déploiement de l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle (IA) promet des lende­mains plus som­bres encore. En deux mots : la société numérique d’au­jour­d’hui est insouten­able, celle qui vient s’an­nonce cauchemardesque. N’at­ten­dons plus : il devient urgent de frein­er.

Nous avons cher­ché des mesures immé­di­ates et applic­a­bles qui puis­sent emporter l’ad­hé­sion du plus grand nom­bre. Cer­taines d’en­tre elles visent sim­ple­ment à lim­iter la dépen­dance à l’in­for­ma­tique pour rétablir une sécu­rité élé­men­taire face au risque de cyber­at­taques et de pannes des réseaux (d’élec­tric­ité, de télé­com­mu­ni­ca­tion…).

D’autres visent à garan­tir l’ac­cès aux droits soci­aux et aux ser­vices publics sans numérique. D’autres encore ser­vent à val­oris­er l’hu­main et à con­stru­ire des emplois pérennes à l’échelle des com­munes. D’autres, enfin, veu­lent con­tribuer à lim­iter les dégâts écologiques et san­i­taires du numérique.

Cer­tains points de ce pro­gramme per­me­t­tent de réalis­er des économies par­fois sub­stantielles, d’autres propo­si­tions appel­lent des investisse­ments. Elles néces­si­tent, de toute façon, d’être adap­tées à la taille et aux spé­ci­ficités de votre com­mune.

01. Sécuriser les services essentiels “hors réseau”

En avril 2025, la pénin­sule ibérique a été privée de courant pen­dant 24h. Face aux risques crois­sants d’intempéries et de cyber­at­taques, la vie doit pou­voir con­tin­uer : eau, écoles, soins, sec­ours… Le plan de sauve­g­arde munic­i­pal devrait pren­dre en compte le risque de rup­ture de réseau, la com­mune lim­iter sa dépen­dance aux infra­struc­tures élec­triques et infor­ma­tiques.

02. Assurer une gestion municipale sobre et dégafamisée

Les insti­tu­tions publiques ne peu­vent plus se per­me­t­tre d’a­doss­er leur com­mu­ni­ca­tion à Twit­ter ou Meta (Face­book, Insta­gram, What­sApp), encore moins de col­lecter des don­nées pour ces entre­pris­es, pas plus que d’inciter la pop­u­la­tion à en être cliente. La munic­i­pal­ité devrait dif­fuser l’information via des canaux maîtrisés (newslet­ters, affichage, etc.) et utilis­er des logi­ciels libres (en for­mant son per­son­nel).

03. Garantir un service public humain

En France, plus d’une per­son­ne sur six ren­con­tre des dif­fi­cultés avec le numérique et une per­son­ne sur dix n’a pas de smart­phone. La munic­i­pal­ité devrait garan­tir un “droit au non-numérique” avec guichets, télé­phone et cour­ri­er. Ce qui implique de reval­oris­er les métiers des agent.es, piliers d’un ser­vice pub­lic humain.

04. Favoriser les emplois, pas les IA

De plus en plus d’emplois sont vidés de leur sens ou sup­primés par les plate­formes et l’IA. La munic­i­pal­ité devrait con­tribuer à créer des métiers utiles et durables en impul­sant ou en sou­tenant des activ­ités de recy­clage et de réem­ploi. Un guichet de ser­vices infor­ma­tiques aiderait les habitant.es de la com­mune à faire dur­er leurs appareils, à se pro­téger con­tre les pub­lic­ités et les escro­queries.

05. Assurer la sécurité sans vidéo-surveillance

La vidéo­sur­veil­lance, coû­teuse, n’élucide que 1 % des enquêtes et son effet dis­suasif est mar­gin­al. La com­mune devrait refuser l’escalade vers la sur­veil­lance algo­rith­mique et inve­stir dans des moyens humains : préven­tion des vio­lences, lutte con­tre la crim­i­nal­ité, médi­a­tion, sou­tien aux familles.

06. Bannir les écrans publicitaires de l’espace public et des transports en commun

85% souhait­ent inter­dire les écrans pub­lic­i­taires. Ils n’ont aucun intérêt col­lec­tif, mais des impacts négat­ifs avérés : gaspillage d’électricité, pol­lu­tion lumineuse, inci­ta­tion à la sur­con­som­ma­tion. La munic­i­pal­ité devrait inter­dire ces dis­posi­tifs via son Règle­ment Local de Pub­lic­ité, comme l’ont déjà fait plusieurs villes.

07. Favoriser une école ouverte et créative

Les enfants passent déjà en moyenne 4h11 par jour sur écran, hors école, avec de graves con­séquences sur leur san­té. La munic­i­pal­ité ne devrait pas inve­stir dans les tablettes numériques et les Envi­ron­nements numériques de tra­vail (ENT) à l’école pri­maire. Elle doit favoris­er les sor­ties de plein air, l’accès à la cul­ture et des séjours de “dig­i­tal detox”.

08. Lutter contre l’airbnbisation de l’habitat

En facil­i­tant la loca­tion de courte durée, les plate­formes comme Airbnb font flam­ber les prix et raré­fient les loca­tions. La munic­i­pal­ité doit s’appuyer sur la loi Le Meur pour fix­er des quo­tas et, si besoin, s’impliquer à l’échelle inter­com­mu­nale pour lim­iter les loca­tions touris­tiques.

09. Refuser l’installation de data centers

Les data cen­ters, qui stock­ent les don­nées du numérique (emails, vidéos, objets con­nec­tés…), con­som­ment désor­mais cha­cun autant d’électricité qu’une ville, pom­pent des mil­lions de litres d’eau, et créent très peu d’emplois. La munic­i­pal­ité devrait refuser l’implantation des data cen­ters de plus de 2000 m2 dans son PLUI et informer le pub­lic sur les impacts des ser­vices fondés sur la col­lecte de don­nées et le recours mas­sif à l’IA.

10. Limiter les antennes-relais et l’exposition électromagnétique

Le déploiement de la 5G fait explos­er le nom­bre d’antennes-relais, aggra­vant la con­som­ma­tion énergé­tique et le réchauf­fe­ment cli­ma­tique. Les ondes posent égale­ment des risques san­i­taires mal éval­ués. La munic­i­pal­ité devrait appli­quer le principe de pré­cau­tion, priv­ilégi­er les con­nex­ions filaires et lim­iter l’implantation d’antennes, en par­ti­c­uli­er sur les toits des loge­ments soci­aux.