Gaza : des dizaines de civils tués en cherchant à se nourrir, sur fond de famine grandissante

Mes­sage de l’ONU du 21 juil­let 2025

Ils cher­chaient de quoi sur­vivre. Ils ont trou­vé la mort. Ce week­end, plusieurs dizaines de Pales­tiniens ont été abat­tus à Gaza par l’armée israéli­enne, alors qu’ils ten­taient d’accéder à l’aide human­i­taire. Dans le même temps, les agences de l’ONU aler­tent sur une mul­ti­pli­ca­tion des décès liés à la faim dans l’en­clave, où la famine s’installe.

La faim ne tue plus seule­ment à petit feu. À Gaza, elle tue aus­si par balles. Same­di 19 et dimanche 20 juil­let, plusieurs dizaines de Pales­tiniens ont per­du la vie en ten­tant d’accéder à l’aide human­i­taire, à dif­férents points de dis­tri­b­u­tion à tra­vers l’enclave. 

Selon les autorités de san­té locales, il s’agirait d’un des week­ends les plus meur­tri­ers pour les deman­deurs d’aide depuis le début de la guerre, il y a plus de 21 mois.

Same­di, des sol­dats israéliens ont ouvert le feu sur une foule désor­gan­isée se dirigeant vers des cen­tres de dis­tri­b­u­tion gérés par des opéra­teurs non-onusiens soutenus par Israël, dans des zones sous con­trôle de l’armée du pays. 

Le lende­main, des tirs ont visé des civils affamés ten­tant de s’approcher d’un con­voi onusien du Pro­gramme ali­men­taire mon­di­al (PAM).

Ces inci­dents sont loins d’être des cas isolés. Selon les Nations Unies, depuis le 27 mai, plus de 800 per­son­nes ont été tuées par l’ar­mée israéli­enne alors qu’elles ten­taient de se pro­cur­er de l’aide. Les tirs visant des foules affamées se répè­tent, au point de trans­former l’accès à la nour­ri­t­ure en un acte de survie à haut risque.

Lun­di, le Secré­taire général de l’ONU, António Guter­res, s’est dit “con­sterné” par l’effondrement accéléré des con­di­tions human­i­taires à Gaza, où “les dernières sources de survie de la pop­u­la­tion sont en train de céder”. Il a fer­me­ment con­damné “les tirs, les homi­cides et les blessures infligées à des civils ten­tant d’accéder à la nour­ri­t­ure”, rap­pelant qu’“Israël a l’obligation de per­me­t­tre et de faciliter, par tous les moyens à sa dis­po­si­tion, l’acheminement de l’aide human­i­taire fournie par les Nations Unies et d’autres organ­i­sa­tions human­i­taires”.

Le chef de l’or­gan­i­sa­tion a égale­ment dénon­cé l’in­ten­si­fi­ca­tion des hos­til­ités, alors que le dis­posi­tif human­i­taire est désor­mais entravé, affaib­li et exposé à des risques extrêmes. Réitérant son appel à un cessez-le-feu immé­di­at, il a exigé la pro­tec­tion des civils, la libéra­tion des otages et la lev­ée de toutes les restric­tions pesant sur l’aide.

Le con­voi du PAM pris pour cible dimanche était com­posé de 25 camions chargés de vivres. Selon l’a­gence, les véhicules avaient franchi dans la mat­inée le point de pas­sage de Zikim avec Israël pour rejoin­dre le nord de Gaza. Peu après avoir passé le dernier point de con­trôle, le con­voi a été encer­clé par une foule de civils, anx­ieux et affamés.

À l’approche du con­voi, la foule qui l’entourait a été la cible de tirs de chars israéliens, de snipers et d’autres armes à feu”, a rap­porté le PAM sur le réseau X, se dis­ant “pro­fondé­ment préoc­cupé et attristé” par un inci­dent qui a coûté la vie à de nom­breuses per­son­nes. 

Ces hommes et ces femmes ten­taient sim­ple­ment d’obtenir de la nour­ri­t­ure pour nour­rir leurs familles au bord de la famine”, souligne l’agence, qui appelle à un accès human­i­taire sécurisé, prévis­i­ble et sans entrave.

Ces morts vio­lentes survi­en­nent alors que les agences de l’ONU ne cessent d’alerter sur une sit­u­a­tion nutri­tion­nelle hors de con­trôle. “Des gens meurent faute d’aide human­i­taire”, déplore le PAM, qui estime que 90.000 femmes et enfants ont besoin d’un traite­ment nutri­tion­nel d’urgence et que près d’un habi­tant sur trois ne mange pas pen­dant plusieurs jours. Le prix du kilo de farine dépasse désor­mais 100 dol­lars sur les marchés locaux.

L’aide ali­men­taire est le seul moyen pour la plu­part des gens d’avoir accès à de la nour­ri­t­ure”, rap­pelle l’agence onusi­enne, qui a pré­po­si­tion­né 116.000 tonnes de vivres juste à l’extérieur de Gaza – assez pour nour­rir la pop­u­la­tion pen­dant deux mois – sans pou­voir les achem­iner en toute sécu­rité. 

Pour le PAM, seule une inten­si­fi­ca­tion mas­sive des dis­tri­b­u­tions pour­rait enray­er cette spi­rale.

À cette réal­ité chiffrée s’ajoutent les témoignages glaçants qui afflu­ent chaque jour vers l’UNRWA. “J’ai cher­ché quelque chose pour nour­rir mes enfants, mais il n’y a rien. Chaque jour, des mes­sages SOS nous parvi­en­nent […]. Cela me fait honte et redou­ble le sen­ti­ment d’impuissance”, a con­fié Philippe Laz­zari­ni, le chef de l’agence pour les réfugiés pales­tiniens. L’UNRWA par­le de “mes­sages dés­espérés de famine” envoyés par des civils comme par son pro­pre per­son­nel, et accuse : “Les autorités israéli­ennes affa­ment les civils, dont un mil­lion d’enfants”.

Cer­tains restent des jours sans manger. Les familles ne trou­vent pas de farine”, alerte encore l’agence, qui pub­lie régulière­ment des images de femmes, d’hommes et d’enfants ten­dant les bras vers quelques rations. Elle qual­i­fie la crise de “provo­quée par l’homme”.

Comme si l’urgence ne suff­i­sait pas, l’armée israéli­enne a ordon­né dimanche l’évac­u­a­tion d’une large zone de Deir al-Bal­ah, dans le cen­tre de Gaza. Selon l’OCHA, le Bureau des affaires human­i­taires de l’ONU, entre 50 000 et 80 000 per­son­nes vivaient dans cette zone de 5,6 km², dont 30 000 déplacés instal­lés dans 57 sites d’accueil. Au moins 1 000 familles ont fui les lieux dans les heures qui ont suivi.

L’ordre de déplace­ment mas­sif émis par l’armée israéli­enne a porté un nou­veau coup ter­ri­ble aux lignes de vie déjà frag­iles qui main­ti­en­nent les gens en vie dans la bande de Gaza”, a dénon­cé OCHA dans un com­mu­niqué. La zone nou­velle­ment désignée abrite notam­ment plusieurs entre­pôts human­i­taires, qua­tre dis­pen­saires, qua­tre postes médi­caux, ain­si qu’une infra­struc­ture hydraulique vitale : usine de dessale­ment, puits, sta­tion de pom­page. Leur endom­mage­ment aurait des “con­séquences poten­tielle­ment mortelles”.

D’après l’OCHA, 87,8 % du ter­ri­toire de Gaza est désor­mais soumis à des ordres d’évacuation ou inté­gré à des zones mil­i­tarisées, ne lais­sant que 12 % du ter­ri­toire pour accueil­lir 2,1 mil­lions de civils, dans un espace morcelé où les ser­vices essen­tiels sont à l’agonie.

Face à cette impasse, le PAM cherche à mobilis­er la sol­i­dar­ité inter­na­tionale. Le 21 juil­let, il a lancé un parte­nar­i­at avec Careem, une appli­ca­tion mobile pop­u­laire au Moyen-Ori­ent, pour col­lecter des dons via sa plate­forme “Right Click” en Jor­danie et aux Émi­rats arabes unis. Les fonds servi­ront à financer de la farine, des repas chauds et des com­plé­ments nutri­tion­nels pour Gaza et la Cisjor­danie.

Ces con­tri­bu­tions con­crètes per­me­t­tront au PAM de sauver des vies dans l’une de nos opéra­tions les plus dif­fi­ciles à ce jour”, a déclaré Stephen Ander­son, directeur région­al du PAM. L’agence réaf­firme son engage­ment : “Nous sommes prêts. Nous dis­posons de stocks ali­men­taires, d’équipes expéri­men­tées, et de sys­tèmes éprou­vés pour inter­venir à grande échelle. Nous l’avons déjà fait, et nous pou­vons le refaire”.

Mais sans accès sécurisé, sans cessez-le-feu, sans volon­té poli­tique, cet engage­ment restera let­tre morte.