Une pétition vise à obtenir la réintégration de Julien Théry dans son emploi de professeur à l’université Lyon 2. En effet, il a été suspendu le 24 juin 2026 pour 18 mois, sans salaire, par la présidence de cette université car il aurait tenu des propos et posté un visuel sur les réseaux sociaux “qui n’est pas compatible avec les valeurs de la République et de l’Université”. Il est accusé d’antisémitisme.
Plus de 200 de ses collègues (de son université et d’autres) dénoncent la mesure vis à vis d’un chercheur respecté (en France et à l’étranger, il a notamment organisé un colloque sur Marc Bloch – avant sa panthéonisation), pour des prises de position personnelles sans lien avec son activité professionnelle. Ils y voient aussi un précédent qui vise à une mise au pas de l’ensemble de l’enseignement supérieur et de la recherche.
La pétition de soutien à signer.
Toute cette affaire se développe en grande partie sur les réseaux sociaux dont on peut déplorer le manichéisme automatisé, et se prononcer pour leur boycott. Cependant, on ne peut que constater leur influence désormais déterminante dans la “vie réelle”, et la place qu’y ont pris les organisations liées à l’extrême droite. Il ne semble donc pas possible de les ignorer pour contrer la vague fasciste qui nous menace toutes et tous.
Cette affaire se situe dans un contexte plus large :
- on l’a vu pour d’autres sujets (Bruno Gollnisch professeur à Lyon 3, école de Marion Maréchal-Le Pen, Quentin Deranque…), l’extrême droite est très présente à Lyon, particulièrement dans le milieu universitaire.
- de ce fait, les antifascistes y mènent des actions pour la contrer. Ainsi, en avril 2025, le géographe Fabrice Balanche, spécialiste de l’Irak et de la Syrie, a vu son cours interrompu par un groupe de militants “Lyon 2 autonome” aux cris de “racistes, sionistes, c’est vous les terroristes”. Ils voulaient exercer un “droit de réponse” au soutien inconditionnel de cet enseignant à la politique des régimes israéliens et assadistes, ainsi qu’à son opposition à l’organisation d’un “évènement de rupture du jeûne”. L’enseignant fait alors le tour de médias (TF1, Europe 1, Le Point, C News) où il clame avoir “assisté au premier blocage islamiste d’une université en France”, avec “la complicité de certains enseignants qui les encouragent dans leur délire”. Il affirme même que c’est “un moyen de déstabilisation de la société, avant la phase d’attaque et de conquête”.
- lors d’une interview, la présidente de l’Université Lyon 2 rappelle son “soutien institutionnel” à l’enseignant, tout en déplorant les propos “affligeants, complotistes et délétères” qu’il a pu tenir. Du coup, une cinquantaine d’universitaires demandent sa démission dans une tribune du Figaro, et le président de la région juge “inadmissibles” les propos de la présidente et demande une mission d’inspection indépendante “sur les dérives préoccupantes ayant lieu au sein de Lyon 2”. Elle est aussi visée par des “menaces de mort” et placée sous protection policière, une enquête étant ouverte par le Parquet.
- Le vice-président est poussé à la démission pour avoir tenu “un hommage au Hezbollah” sur les réseaux sociaux. Le ministre a même fait un signalement au parquet de Lyon pour “apologie du terrorisme”. L’intéressé met en cause un “harcèlement” et une “campagne de dénigrement public” dirigées par l’extrême droite en raison de “prises de positions personnelles relatives à la situation en Palestine et au Liban”. Il souhaite également “faire baisser la pression très forte” que subit son université.
- un autre acteur a pesé de tout son poids : Laurent Wauquiez, l’ex-président de la région Auvergne-Rhône-Alpes (et toujours conseiller – très – spécial). Il avait déjà suspendu en 2021 les subventions à Sciences Po Grenoble pour soutenir un enseignant qui dénonçait le wokisme de ses collègues. Il décrète en mai 2025 la suppression des financements de la Région à Lyon 2 en dénonçant, sur CNews, sa “dérive islamo-gauchiste”. Il serait question de 19 millions d’€, et des projets spécifiques seraient aussi menacés. Or cette université est très fragile financièrement (comme beaucoup d’autres)…
- la décision – par la présidente de Lyon 2 – de suspension de Julien Théry (qui, par ailleurs, anime des émissions sur Le Média TV, “On s’autorise à penser” et “La grande H”), semble surtout relever d’une guerre idéologique à la Trump menée par une alliance entre l’extrême droite et une droite extrémisée (dont très peu de politiques de droite s’en distinguent), même si Julien Théry concède quelques erreurs. Le site Arrêt sur Image (sur abonnement…) analyse toute la polémique.
- le collectif Tsedek (collectif juif décolonial) conclut : “la lutte contre l’antisémitisme et le racisme en général ne consiste pas à faire du commentaire d’images ou à établir des chaines de responsabilité dans des publications de réseaux sociaux”. “L’exceptionnalisation de l’antisémitisme, seul racisme à faire l’objet d’une telle instrumentalisation, participe en réalité à la montée de l’antisémitisme dans la société en produisant du ressentiment contre les juifs et les juives”.
