Depuis novembre 2024, deux d’entre elles ratissent les rues de Saint-Etienne. Gros avantage pour la police … et les finances municipales, ce type d’engin scanne 1000 à 1500 plaques par heure quand une équipe d’agents ASVP (Agents de surveillance de la voie publique) est limitée à 200 et 250 contrôles par jour, traitement des amendes compris.
Ils utilisent la technologie LAPI (Lecteurs Automatiques de Plaque d’Immatriculation). Un article de La Quadrature du net (LQDN) éclaire sur la dangerosité de cette technologie. Nous l’avons synthétisé dans un article sur la très récente loi Ripost qui, justement, va encore étendre son usage, notamment en favorisant la centralisation des données collectées via le fichier national STCL (Système de traitement central LAPI).
Cette base de données peut révéler les emplacements et déplacements des personnes à grande échelle, être utilisée pour du suivi en temps réel ou pour conserver en mémoire des passages de véhicules pendant une année, ce qui en fait un outil très dangereux de surveillance de masse.
On en voit l’application aux Etats-Unis où ce type de technologie est utilisée à des fins racistes de contrôle des population de voyageur·euses, ou pour traquer les personnes étrangères (par la sinistre milice trumpiste ICE). Cela sert aussi pour la surveillance des opposants à Trump (marches “No Kings”) ou dans les États anti-IVG (pour retrouver les personnes ayant avorté)...
L’usage actuel de contrôle du stationnement (avec cette industrialisation du PV très désagréable !), n’est certes pas au même niveau, mais l’engrenage doit être interrogé en ces temps de bascule possible vers des régimes autoritaires, voire fascisants.
Le dispositif
Depuis 2018, les amendes sont gérées par les communes, qui fixent elles-mêmes le tarif des contraventions, devenues FPS (forfait post-stationnement). Elles peuvent confier les verbalisations à des agents municipaux (ASVP), mais aussi à des sociétés privées qui utilisent des voitures dotées d’un système LAPI qui assurent le contrôle du stationnement payant sur un périmètre défini préalablement.
Concrètement un véhicule, dans lequel se trouvent un ou deux agents, est équipé de deux caméras sur le toit qui scannent les plaques d’immatriculation. Dans l’habitacle, sur l’écran d’une tablette reliée aux caméras, les numéros d’immatriculation défilent et sont ensuite transmis aux ASVP qui les comparent à ceux renseignés lors du paiement du parking à la borne voisine. Si le numéro de plaque ne s’y trouve pas, il y a verbalisation…
La ville de Saint-Étienne n’a équipé que deux Dacia électriques actuellement, dotées d’un équipement – qui a coûté 150 000 € – fourni par la société Flowbird. La maintenance du système est de l’ordre de 30 000 € par an.
Outre la privatisation (qui fait que le prestataire cherche toujours à maximiser son profit), la mécanisation de l’opération et son systématisme font de fait gonfler les recettes. Le journal de 20h de France 2, qui a enquêté sur cette mise en place à Toulouse, en tire le graphique suivant :

Les critiques
“On n’est plus du tout sur un rendu de qualité et de service public mais bel et bien sur une gestion financière”, dénonce la CGT de Saint-Étienne. “On veut faire du fric, tout simplement ! On fait de l’argent, en mettant des amendes aux Stéphanois et en réduisant la masse salariale, puisque ce sont 9 agents qui ont été supprimés.” Les trois organisations syndicales (CGT, FO, CFTC) des agents territoriaux de la Ville de Saint-Étienne ont d’ailleurs voté contre l’entrée en vigueur du dispositif. Elles craignent une augmentation de la charge de travail des agents du service Rapo (Recours administratif préalable obligatoire), qui gère les contestations des amendes.
La section de la Ligue des droits de l’homme de Saint-Étienne a adressé, à la mise en place du dispositif, le courrier joint à la Mairie pour s’inquièter de l’atteinte à la liberté des personnes. Notamment, le stockage des données préoccupe l’association. La mairie a assuré de son côté que “la Lapi ne photographie que les plaques et ne garde les photos qu’en cas de contestation, ce qui est déjà le cas aujourd’hui.” Compte tenu de l’enquête de LQDN sur le sujet, on peut nourrir des doutes sur ce type de réponse, notamment depuis le déploiement du fichier national STCL.

Certains soignants ou personnes en situation de handicap s’estiment victimes d’amendes abusives.
- ainsi, une infirmière libérale peut en principe, avec son caducée, se garer gratuitement sur les places payantes, mais elle en trouve rarement. Il lui arrive donc de stationner sur des places livraison. L’une, régulièrement verbalisée, a fini par choisir ses patient.es, en fonction de leur adresse : “je demande aux clients où ils habitent et, en fonction, je les prends ou non. Une amende de 135 € pour un soin à 7 € ça vaut pas le coup”.
- une travailleuse sociale en situation de handicap se garait sans souci avant, grâce à son macaron. Aujourd’hui son macaron ne lui sert plus à rien. Comme beaucoup dans son cas, elle dit qu’elle n’avait pas été prévenue de la nécessité de s’inscrire auprès de la mairie. Elle cumule, depuis, les PV et les recours lui laissent peu d’espoir. “L’impact est énorme,je me suis mise à recevoir plusieurs amendes par jour et j’ai dû avancer plus de mille euros”. De fait une procédure spécifique a été mise en place par la municipalité (voir fiche ci-dessous), mais pas forcément connue de toutes et tous.
Point utile : le Conseil d’État a précisé récemment que ce n’est pas à l’automobiliste d’apporter la preuve de l’absence d’infraction mais bien à la collectivité d’apporter la preuve de l’infraction et de l’endroit où elle est commise.
