Chaque année, comme la loi l’y oblige, l’Agence nationale des fréquences (ANFR) publie son bilan de surveillance des terminaux mobiles, portant notamment sur les niveaux d’exposition aux ondes.
Ces terminaux se sont multipliés car, au delà des téléphones mobiles, divers objets connectés peuvent aussi être testés : tablettes, montres, radiocommandes de drones, casques de moto connectés, lunettes connectées, ceintures connectées, écouteurs ou casques sans fil, capteurs de sécurité portable, casques de réalité virtuelle…
Alors que ces études existent depuis 2017, le constat de non conformité ne s’améliore pas et souffre toujours du même défaut : les consommateurs n’ont été informés que le 30 juillet 2026, alors que les essais révélant les non-conformité avaient été réalisés entre juillet et septembre 2025, la décision de retrait du marché n’intervenant donc qu’un an après !
Par ailleurs, comme le souligne l’association Alerte Phonegate du docteur Arazi, l’outil de mesure (les DAS) utilisé par l’ANFR “souffre de lacunes structurelles qui le rend inapte à protéger la santé des utilisateurs”.
Explications d’après Alerte Phonegate
DAS : un indicateur non fiable pour protéger la santé
Le DAS (Débit d’Absorption Spécifique), présenté comme un garde-fou contre les risques des ondes de la téléphonie mobile, souffre de lacunes structurelles qui le rendent inapte à protéger la santé des utilisateurs.
Le DAS c’est quoi ?
Le DAS (Débit d’Absorption Spécifique, ou SAR en anglais) mesure la puissance d’énergie électromagnétique absorbée par le corps humain lorsqu’il est exposé aux ondes radiofréquences émises par un appareil (téléphone portable, tablette, montre connectée, etc.). Il s’exprime en watts par kilogramme (W/kg). Un DAS élevé signifie qu’une plus grande quantité d’énergie est absorbée par votre corps.
Il existe un consensus scientifique internationale depuis les années 80 sur les risques liés au réchauffement des tissus humains (effets thermiques) par les ondes de la téléphonie mobile (micro-ondes). Les effets non-thermiques des ondes font par contre toujours l’objet d’un débat contradictoire dans la communauté scientifique, sous la pression constante du lobby des industriels.
L’ICNIRP, institution prescriptrice de normes sous la domination des lobbies
Une organisation, l’ICNIRP (International Commission on Non-Ionizing Radiation Protection), émet des recommandations qui sont reprises sans discussion par les instances légales. Or, plusieurs études, enquêtes ont montré que cet organisme est directement influencé par les lobbies industriels : rapport des députés européens Klaus Buchner et Michele Rivasi, reportage de l’émission Complément d’enquête : l’onde d’un doute, enquête du journaliste Nicolas Bérard…
Les différents types de DAS et leur mesure
- DAS tête : mesure l’exposition au niveau de la tête pendant un appel téléphonique.
- DAS tronc : mesure l’exposition lorsque l’appareil est porté près du corps (poches).
- DAS membre : mesure l’exposition lorsque l’appareil est en contact avec un membre (main, cuisse, brassard).

Les limites réglementaires en Europe sont fixées à 2 W/kg pour la tête et le tronc mesurés sur 10 grammes de tissu, et 4 W/kg pour les membres (10g).
Les limites américaines de la Federal Communications Commission (FCC) sont de 1,6 W/kg pour la tête et le tronc mesurés sur 1 grammes de tissu et 4W/kg pour les membres (10g). Cette norme, plus stricte que la réglementation européenne (2 W/kg sur 10 g), a été adoptée ou adaptée par au moins 19 pays, dont le Canada, la Corée du Sud, l’Inde, Singapour, le Mexique, et d’autres. Depuis avril 2025, la FCC impose que la distance de test pour l’exposition du corps soit de 5 mm ou moins, sauf exception précisée pour certains modes d’utilisation.
La mesure s’effectue en laboratoire sur un mannequin SAM (basé sur le gabarit d’un militaire homme américain) remplis de liquide simulant les tissus humains. L’appareil est placé à une distance précise (jusqu’en 2017, 15–25 mm en Europe, désormais 5 mm pour le tronc) et fonctionne à pleine puissance. Le DAS est calculé en moyenne sur une masse de tissu (10 g en Europe, 1 g aux États-Unis).
Vidéo explicative (Conso Mag) :
Les failles majeures de l’indicateur DAS et les risques pour la santé
La mesure à 5 mm (Europe et désormais FCC) ne reflète pas l’usage réel, souvent au contact direct (0 mm). La France demande depuis 2020 une mesure au contact, sans succès à ce jour. La moyenne de mesure de l’exposition du DAS “tête” et “tronc” sur 10 g (Europe/directive RED) ou 1 g (FCC) masque les pics locaux d’absorption en particulier pour la norme européenne.
Par ailleurs, la durée de test reste trop courte par rapport à l’exposition réelle : les tests DAS durent 6 minutes en Europe (30 minutes aux USA pour le DAS membre), alors que l’exposition réelle peut durer plusieurs heures par jour, pendant des années.
Le DAS ne protège que contre l’échauffement des tissus, mais pas les effets non thermiques (troubles du sommeil, fertilité, altérations cellulaires). Il ne prend en compte que la composante électrique des ondes électromagnétiques et ignore la composante magnétique, alors que des effets biologiques non thermiques liés au champ magnétique sont de plus en plus étudiés.
De nombreuses études réalisés tant sur l’animal, que des études épidémiologiques ont mis en évidence des risques sur la fertilité masculine et féminine (proximité du téléphone avec les organes de reproduction), sur les risques de cancer et en particulier du cerveau (les glioblastomes, cancers du cerveau les plus graves ont été multipliés par quatre en 30 ans et de 230% chez les 15/39 ans selon Santé Publique France).
De son côté, en 2011, le Centre de recherche international du Cancer (Organisation mondiale de la santé) a classé les ondes des radiofréquences comme cancérogène possible (classe 2B).
Logiciels embarqués et manipulation des tests
Certains fabricants utilisent des logiciels capables de détecter les conditions de test et de réduire temporairement la puissance d’émission, faussant ainsi les résultats officiels. Ce procédé rappelle le Dieselgate dans l’automobile, où un logiciel truquait les tests antipollution, et pose un problème majeur pour la santé publique.
Les objets connectés : un angle mort préoccupant
La multiplication des objets connectés (montres, écouteurs, bracelets, trackers pour enfants…) expose le public à une exposition cumulée et prolongée aux ondes, sans contrôle ni affichage du DAS adapté, ce qui représente un risque supplémentaire pour la santé.
Conclusion
Qu’il s’agisse de la réglementation européenne ou américaine (FCC), le DAS reste un indicateur incomplet et trompeur : il ne prend pas en compte les usages réels, l’exposition cumulative, les effets non thermiques, la composante magnétique des ondes, ni la multiplication des objets connectés.
Aucun téléphone ou objet connecté mis sur le marché avec cet indicateur, quelle que soit la réglementation nationale, ne peut être considéré comme sûr pour la santé.
La mise en place de cet indicateur non fiable a surtout permis aux fabricants de privilégier la puissance du téléphone et donc une bonne connectivité au détriment de la santé publique. Pire, face à la concurrence féroce entre industriels, ces derniers utilisent des logiciels embarqués qui permettent de fausser les contrôles des agences de régulation.
Sur le site d’Alerte Phonegate, pour aller plus loin

