Soutien européen à Autistici contre la volonté trumpienne de les interdire


Le 26 août, le gou­verne­ment des États-Unis a désigné le col­lec­tif numérique ital­ien Autistici/Inventati (A/I) comme “Ter­ror­istes inter­na­tionaux” et l’a ajouté à la liste d’organisations placées sous sanc­tions états-uni­ennes. D’i­ci au 25 sep­tem­bre,
ce col­lec­tif est som­mé de se con­former aux desider­a­ta améri­cains, sinon il sera de fait inter­dit.

A/I héberge depuis 2001 des ser­vices en ligne non marchands : email, sites web, listes d’email, la plate­forme Noblogs… Son infra­struc­ture est con­stru­ite pour empêch­er la cen­sure, la sur­veil­lance furtive et les saisies de serveurs. Elle min­imise les don­nées per­son­nelles, utilise des sys­tèmes libres et non cen­tral­isés et traite la con­fi­den­tial­ité comme un bien com­mun néces­saire à la par­tic­i­pa­tion poli­tique plutôt que comme un pro­duit.

Cette attaque des trump­istes vise donc l’in­fra­struc­ture Inter­net indépen­dante, les droits fon­da­men­taux des col­lec­tifs, les com­mu­ni­ca­tions sûres et sécurisées, les organ­i­sa­tions anti-autori­taires démoc­ra­tiques et, par con­séquent, les règles démoc­ra­tiques appliquées dans l’UE. Le com­mu­niqué ci-dessous, coor­don­né par l’EDRi (Euro­pean Dig­i­tal Rights) est soutenu par 33 organ­i­sa­tions tech­n­o­cri­tiques de toute l’Eu­rope (pour la France, par La Quad­ra­ture du net, qui a aus­si fait un com­mu­niqué dis­tinct).

COMMUNIQUÉ

A/I est un col­lec­tif géré par des bénév­oles, act­if en Ital­ie depuis 2001, qui pro­pose des ser­vices tels que la mes­sagerie élec­tron­ique, les listes de dif­fu­sion, l’héberge­ment de blogs et d’autres ser­vices liés à la con­fi­den­tial­ité et à l’anony­mat, aux asso­ci­a­tions, aux groupes com­mu­nau­taires et aux per­son­nes à tra­vers l’Eu­rope et dans le monde. Il est impor­tant de not­er qu’il s’agit d’une organ­i­sa­tion antifas­ciste, antiraciste, anti­sex­iste et anti-mil­i­tariste, opposée au cap­i­tal­isme et à l’autoritarisme, qui n’héberge que des pro­jets com­pat­i­bles avec ces principes.

Les ser­vices d’A/I sont décen­tral­isés, sans but lucratif, et offrent la sécu­rité – dans le cadre de la loi – face à la sur­veil­lance et aux abus de pou­voir des États. Cette infra­struc­ture de com­mu­ni­ca­tion sûre et sécurisée con­stitue une alter­na­tive essen­tielle aux plate­formes des géants de la tech­nolo­gie, et est large­ment util­isée par les organ­i­sa­tions antifas­ciste et les mou­ve­ments soci­aux, qui sont déjà sous pres­sion en rai­son de la mon­tée de l’autoritarisme à l’échelle mon­di­ale.

L’impact de cette mise à l’in­dex a été ressen­ti immé­di­ate­ment : le site Web d’A/I n’est plus acces­si­ble parce que le Pub­lic Inter­est Reg­istry, basé aux États-Unis, a dés­ac­tivé son nom de domaine “autistici.org”. Pay­pal a saisi leur compte, et la banque ital­i­enne “Ban­ca Eti­capour­rait, par crainte de sanc­tions sec­ondaires, fer­mer son compte, mal­gré son engage­ment en faveur des droits humains.

L’obligation imposée aux entre­pris­es améri­caines de rompre tous leurs liens économiques avec A/I risque égale­ment d’avoir des con­séquences bien au-delà des États-Unis. Les ban­ques et insti­tu­tions finan­cières non améri­caines sont sus­cep­ti­bles de met­tre fin à leurs rela­tions avec A/I par crainte d’éventuelles sanc­tions sec­ondaires améri­caines ou d’autres risques régle­men­taires. En con­séquence, l’A/I pour­rait se retrou­ver mar­gin­al­isée, en per­dant l’ac­cès à des ser­vices essen­tiels et con­fron­tée à d’im­por­tantes dif­fi­cultés pour men­er à bien ses activ­ités quo­ti­di­ennes.

L’ef­fet de cette mise à l’in­dex ne se lim­it­era pas à l’A/I ou à ceux qui utilisent directe­ment leur infra­struc­ture. Cela augure d’une escalade d’at­taques mas­sives et insti­tu­tion­nelles con­tre la com­mu­ni­ca­tion sûre et sécurisée, con­tre les alter­na­tives aux plate­formes Big Tech à but lucratif, con­tre les organ­i­sa­tions démoc­ra­tiques qui sera ressen­tie par la com­mu­nauté des droits numériques et la société civile au sens large.

Con­crète­ment, l’at­taque améri­caine con­tre A/I men­ace:

  • Les lib­ertés d’expression, d’information, de rassem­ble­ment et d’association : les ser­vices d’A/I sont util­isés par une mul­ti­tude de col­lec­tifs, de mil­i­tants, de syn­di­cal­istes, de jour­nal­istes, de chercheurs, dont beau­coup ont choisi A/I parce que leur tra­vail était ren­du dan­gereux ou était boudé par les plate­formes com­mer­ciales. Actuelle­ment, A/I héberge 16.000 boîtes aux let­tres, 1.500 sites Web, 5.500 listes de dif­fu­sion et 10.000 blogs. Non seule­ment ten­ter de couper leurs com­mu­ni­ca­tions et leurs archives, sans procé­dure régulière, sape les arti­cles 7, 11 et 12 de la Charte des droits fon­da­men­taux de l’UE, mais elle met égale­ment en péril l’im­por­tant tra­vail accom­pli par des mil­liers d’or­gan­i­sa­tions et de col­lec­tifs. La cible n’est claire­ment pas seule­ment A/I, mais l’é­cosys­tème et la com­mu­nauté plus larges qu’ils sou­ti­en­nent. Ces util­isa­teurs ne seront pas sanc­tion­nés directe­ment, mais l’association avec A/I influera sur la façon dont les ban­ques exam­i­nent leurs paiements, la façon dont elles sont con­sid­érées comme “risquées” par les chercheurs et les jour­nal­istes. Si des four­nisseurs indépen­dants et sécurisés comme A/I con­tin­u­ent à être attaqués, les col­lec­tifs et les organ­i­sa­tions pour­raient être con­traints de pass­er aux plate­formes com­mer­ciales de la Big Tech, les exposant à des niveaux de sur­veil­lance et de cen­sure sur­di­men­sion­nés.
  • Infra­struc­ture Inter­net indépen­dante : cette action améri­caine porte atteinte à l’état de droit de l’Europe, et elle attaque directe­ment la loi sur la respon­s­abil­ité inter­mé­di­aire de l’UE, le Dig­i­tal Ser­vices Act (DSA). Il traite la four­ni­ture d’outils de com­mu­ni­ca­tion à usage général comme un sou­tien matériel au ter­ror­isme. Bien que le gou­verne­ment améri­cain ait com­mencé par l’A/I, il ne s’arrêtera prob­a­ble­ment pas là. Cela crée un précé­dent dan­gereux pour les hôtes non com­mer­ci­aux, les bureaux d’en­reg­istrement et les ser­vices de préser­va­tion de la vie privée à tra­vers l’Eu­rope.
  • Sou­veraineté européenne : une entité établie dans l’UE, soumise au droit ital­ien et à la com­pé­tence des tri­bunaux ital­iens et européens, a été sanc­tion­née par déci­sion exéc­u­tive d’un pays tiers. Ses effets se fer­ont sen­tir en Europe, sur les tit­u­laires de droits européens, sur la san­té de la démoc­ra­tie européenne et par l’in­ter­mé­di­aire des inter­mé­di­aires européens. C’est encore une autre façon pour les États-Unis de saper l’UE, après des mois d’attaques con­tre les lois numériques de l’UE.
  • Au gou­verne­ment des États-Unis : il doit revenir sur sa déci­sion de désign­er un four­nisseur de ser­vices numériques d’en­tité ter­ror­iste, et d’ex­am­in­er toute ques­tion con­cer­nant le con­tenu hébergé par A/I en appli­ca­tion des lois con­for­mé­ment à l’é­tat de droit, à la procé­dure régulière et à la pro­por­tion­nal­ité ;
  • A l’UE, qui doit défendre sa société civile. Une infra­struc­ture de com­mu­ni­ca­tion indépen­dante, sécurisée et non com­mer­ciale est essen­tielle à l’e­space civique et à la démoc­ra­tie européenne. Une façon de le faire est d’établir un mécan­isme per­ma­nent pour pro­téger les organ­i­sa­tions de la société civile établies sur son ter­ri­toire con­tre les désig­na­tions de pays tiers imposées sans procé­dure judi­ci­aire. Le règle­ment (CE) n° 2271/96 en offre le cadre. Sa pro­tec­tion doit aller, au-delà des opéra­teurs com­mer­ci­aux, à des entités à but non lucratif ;
  • Au gou­verne­ment ital­ien, qui doit défendre publique­ment une organ­i­sa­tion établie sur son ter­ri­toire con­tre les mesures extrater­ri­to­ri­ales imposées sans aucun proces­sus judi­ci­aire ;
  • Aux insti­tu­tions finan­cières, bureaux d’en­reg­istrement Inter­net et aux four­nisseurs d’in­fra­struc­tures de l’UE, qui doivent refuser d’a­gir sur les assig­na­tions de pays tiers qui n’ont aucune force dans le droit européen. Céder à une pres­sion finan­cière lorsqu’il n’ex­iste aucune oblig­a­tion légale est un choix et non une néces­sité ;
  • Aux autres organ­i­sa­tions et col­lec­tifs de la société civile, pour qu’ils soient pleine­ment sol­idaires d’Autistici/Inventati, recon­nais­sant le rôle clé que joue une infra­struc­ture numérique décen­tral­isée sûre et sécurisée dans notre effort col­lec­tif pour la jus­tice. […]

Sig­nataires

Euro­pean Dig­i­tal Rights (EDRi)Homo Dig­i­tal­is (Grèce) D3 – Defe­sa dos Dire­itos Dig­i­tais (Por­tu­gal)
Chaos Com­put­er Club (Alle­magne)Her­mes Cen­ter (Ital­ie)Aso­ci­ația pen­tru Tech­nolo­gie și Inter­net (Roumanie)
Deutsche Vere­ini­gung für Daten­schutz e.V. (Alle­magne)Info.nodes (Ital­ie) Open Rights Group (Roy­aume-Uni)
Dig­i­tal Courage (Alle­magne)Osser­va­to­rio Nes­suno OdV (Ital­ie) Peo­ple vs Big Tech (Roy­aume-Uni)
Dig­i­tale Gesellschaft (Alle­magne)Pri­va­cy Net­work (Ital­ie)Danes je nov dan (Slovénie)
Robur coop­er­a­tive (Allemagne/international)Elec­tron­ic Fron­tier Nor­way (Norvège) DFRI (Suède)
Epicenter.works (Autriche)Bits of Free­dom (Pays-Bas) Kam­rat­dataförenin­gen Kon­stel­la­tio­nen (Suède)
Petites sin­gu­lar­ités (Bel­gique)Crit­i­cal infra­struc­ture lab – Uni­ver­si­ty of Ams­ter­dam and Utrecht Uni­ver­si­ty (Pays-Bas)IuRe / Iuridicum Remedi­um (Tchéquie)
Poli­tis­cope (Croat­ie)Defend Democ­ra­cy (Pays-Bas)NoLog.cz col­lec­tive (Tchéquie)
IT-Pol (Dane­mark)Vrijschrift.org (Pays-Bas)Alter­natif Bil­isim (Turquie)
La Quad­ra­ture du Net (France) Waag Future­lab (Pays-Bas)OBC Transeu­ropa

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