Victime d’un cyberharcèlement

Les pieds sur terre, émis­sion de France cul­ture, dif­fuse le pod­cast ci-dessous. C’est l’his­toire d’un jeune Lié­geois (racon­tée par lui-même), cyber­harcelé sem­ble-t-il par un Nan­tais pen­dant 5 ans, de 2012 à 2017.

Cette his­toire réelle mon­tre la porosité de nos vies numérisées aux agres­sions déter­minées (liée à l’usage des réseaux soci­aux, des smart­phones mais aus­si des sim­ples mails). Et le peu de pro­tec­tion qu’of­frent la police, la jus­tice qui, dans son cas, se sont même retournées con­tre lui !

Dif­fu­sion le 26 juil­let 2025 (1e dif­fu­sion le 16 mai 2023)

Un soir, il y a onze ans, Loïc Noël, un Lié­geois, reçoit un mes­sage anonyme sur son portable qui lui dit en sub­stance “je vais te tuer et te men­er la vie dure”. À par­tir de là, sa vie chavire.

Un soir, alors que Loïc ren­tre chez lui, il reçoit des mes­sages extrême­ment menaçants. “J’é­tais instal­lé sur le canapé, et je m’ap­prê­tais à regarder une de mes séries préférées. J’ai reçu d’abord un pre­mier mes­sage, mais je n’ai pas regardé mon télé­phone.

Et puis, lorsque j’ai regardé le mes­sage, je me suis aperçu que c’é­tait un mes­sage de men­ace qui m’é­tait adressé. Le mes­sage dis­ait : ‘Je vais te tuer. Je vais te buter Loïc. Je vais avoir ta peau.’ J’é­tais assez inter­loqué par la teneur du mes­sage. Puis, au fur et à mesure, je reçois d’autres mes­sages, et j’ai com­mencé à pani­quer et à me ren­dre compte que les mes­sages étaient vrai­ment dirigés con­tre moi.”

Loïc se rend compte que son numéro a été asso­cié à des annonces de pros­ti­tu­tions et de ventes de véhicules ou de maisons. À la suite de ces événe­ments, il décide de porter plainte, et la police s’in­quiète du nom­bre de mes­sages reçus. Plus tard, Loïc se fait hack­er ses réseaux soci­aux en plus de son portable. “Pro­gres­sive­ment, on a pris pos­ses­sion de mes mots de passe et la per­son­ne qui était der­rière tout ça a envoyé elle-même des mes­sages de men­aces via mon compte à des proches. Il ne s’agis­sait pas de mes­sages envoyés au hasard, mais bien à des per­son­nes spé­ci­fiques. Par exem­ple, il y avait une per­son­ne proche de moi, aux ten­dances sui­cidaires : le hack­er a juste­ment joué sur la corde sen­si­ble et a envoyé des mes­sages qui dis­aient : ‘Va te jeter d’un pont. Je sais que tu vas le faire.’ ”.

Le mys­térieux hack­er va même jusqu’à s’en pren­dre à Loïc au sein de l’u­ni­ver­sité. “À la sor­tie de la voiture, ma mère récupère le cour­ri­er, et par­mi les let­tres, il y en a une qui provient de la fac. On l’ou­vre et on se rend compte qu’il s’ag­it d’une let­tre d’ex­clu­sion. Il est écrit que je suis exclu de l’u­ni­ver­sité parce que des pro­fesseurs ont reçu des mes­sages d’in­sultes de ma part. À cet instant, c’est le monde qui s’écroule, et je panique totale­ment, parce que mes études ont tou­jours été ma pri­or­ité.”

Lors du réveil­lon de l’an­née 2012, le hack­er de Loïc s’en prend au corps de sa vic­time. “Mon compte Face­book a été hacké à minu­it pile, et le hack­er a dif­fusé une pho­to de moi nu. J’ai rapi­de­ment décou­vert que cette pho­to cir­cu­lait, parce que des gens m’ont aver­ti. Au début, j’imag­i­nais que c’é­tait un mon­tage. Mais lorsque j’ai vu la pho­to, je me suis ren­du compte que c’é­tait une pho­to réelle. Le hack­er avait util­isé le cap­teur de mon télé­phone portable pour pren­dre à mon insu mon image à la sor­tie du bain. (…) Non seule­ment ma vie a été jetée aux yeux de tout le monde via des mes­sages, des men­aces, une divul­ga­tion d’in­for­ma­tions, mais là, c’é­tait car­ré­ment mon corps et donc la dernière étape de la mise à nu totale que la per­son­ne pou­vait me faire subir.”

“Vu l’am­pleur des men­aces que l’on rece­vait, mon dossier a été trans­mis à la com­mu­nauté de Liège, spé­cial­isée dans tout ce qui est hack­ing et cyber­har­cèle­ment. Au fur et à mesure de la ren­con­tre, je m’aperçois que la police n’a pas d’élé­ments pou­vant incrim­in­er une per­son­ne, mais plutôt des élé­ments qui auraient ten­dance à mon­tr­er que je suis der­rière tout ça.”

Loïc com­mence alors un stage de fouilles archéologiques en Grèce et con­tin­ue de recevoir des mes­sages menaçants. “Un jour, à la sor­tie du chantier, alors que je marche avec mes col­lègues, deux voitures de police débar­quent. Les policiers sor­tent armés et me deman­dent de con­firmer mon iden­tité. Tout à coup, je suis pro­jeté sur le capot d’une des voitures, menot­té et embar­qué. La police est à la recherche d’un dis­posi­tif qui aurait per­mis de met­tre une bombe à l’aéro­port d’Athènes. Ils me con­fir­ment qu’ils ont reçu un appel avec une voix robo­t­isée indi­quant que j’al­lais pos­er une bombe à l’aéro­port.”

“Je me rends compte rapi­de­ment que voy­ager va être com­pliqué pour ma sécu­rité et pour celle de mes proches. J’é­tais en option Antiq­ui­té méditer­ranéenne, et donc j’é­tais obligé de voy­ager pour mes études. Je décide alors de chang­er d’ori­en­ta­tion, et me tourne plutôt vers l’époque con­tem­po­raine qui me per­met de rester en Bel­gique. Je l’ai fait à con­trecœur, étant don­né que ma pas­sion était vrai­ment l’An­tiq­ui­té méditer­ranéenne et prin­ci­pale­ment la Grèce. J’a­ban­donne le dernier élé­ment de ma vie que je pou­vais con­trôler.”

En 2017, Loïc et sa famille font appel à des hack­ers éthiques pour ten­ter de stop­per le har­cèle­ment qu’il subit depuis plusieurs années. “Nous déci­dons de con­tac­ter des hack­ers com­pé­tents qui pour­raient nous pro­téger, et met­tre en place des choses pour pis­ter et trou­ver qui est à l’o­rig­ine de tout ça. On essaye de con­tac­ter Anony­mous, ces hack­ers éthiques qui s’oc­cu­pent par­fois de dossiers judi­ci­aires. On est reçu par un représen­tant en Bel­gique qui com­prend la sit­u­a­tion, mais ne préfère pas agir, car c’est un milieu rel­a­tive­ment restreint et il a peur des réper­cus­sions.”

“Mal­gré tout, je trou­ve un hack­er en Bel­gique via dif­férents con­tacts. Il a les com­pé­tences et décide de pren­dre le dossier et d’a­gir. Il parvient à iden­ti­fi­er une adresse IP du côté de Nantes. Pro­gres­sive­ment s’en­suiv­ent dif­férentes attaques du hack­er éthique con­tre la per­son­ne qui m’at­taque. Notre con­seiller parvient finale­ment à met­tre hors d’usage l’or­di­na­teur du hack­er. Et à par­tir de ce moment, les men­aces et attaques se sont réduites pour, un beau jour, s’ar­rêter.”

En 2022, Loïc est con­vo­qué au tri­bunal. Une quin­zaine de chefs d’ac­cu­sa­tion sont dirigés con­tre lui. C’est à l’oc­ca­sion de ce procès que Loïc se met à écrire, et sort finale­ment un livre sur son his­toire. Après avoir lu l’ou­vrage, un homme affirme détenir des affir­ma­tions sur le poten­tiel hack­er de Loïc. “Après le procès, une per­son­ne dont la pro­fes­sion est hack­er éthique au sein de grandes sociétés m’a infor­mé qu’il avait été con­tac­té en 2012 par un groupe de hack­ers qui demandaient sa par­tic­i­pa­tion pour traduire un jeu. Il s’agis­sait d’une arène dans laque­lle dif­férents acteurs paient leurs droits d’en­trée pour s’at­ta­quer à une cible et dévelop­pent ain­si leurs com­pé­tences d’hack­ing en essayant chaque fois des procédés de plus en plus com­pliqués. La cible n’est pas choisie au hasard, puisqu’il existe des com­man­di­taires qui payent un droit d’en­trée pour plac­er la per­son­ne au cen­tre de l’arène. La cible, c’é­tait moi.”

Loïc dirige aujour­d’hui le Cen­tre Lié­geois de Médecine Préven­tive dont il val­orise la pro­tec­tion numérique. Son rap­port au numérique est apaisé mal­gré son expéri­ence. Il reste per­suadé qu’une meilleure for­ma­tion, notam­ment à l’é­cole, est néces­saire quant au domaine numérique.

Loïc Noël a tiré un livre de son his­toire, Cyber­har­cèle­ment – Com­ment on a hacké ma vie , La Boite à Pan­dore, 2022