La surveillance vidéo numérique, pour notre sécurité ? “1ère des libertés” ?

Depuis quelques années, à chaque élec­tion on nous vante les caméras (aug­men­tées de la VSA, voire même de la recon­nais­sance faciale) comme garantie de notre sécu­rité, qui serait même “la pre­mière des lib­ertés”.

C’est encore une fois le dis­cours de nom­bre de candidat.es aux prochaines élec­tions munic­i­pales, de droite et d’ex­trême droite, mais certain.es candidat.es de gauche ne s’en dis­tinguent que molle­ment. Sans qu’un débat sur son util­ité, sur ses con­séquences sur notre lib­erté d’aller et venir, de notre vie privée ne soit jamais engagé avant de telles déci­sions.

Pour­tant, les risques pour les lib­ertés publiques comme privées sont depuis longtemps doc­u­men­tées, et l’in­ef­fi­cac­ité de ces dis­posi­tifs est démon­trée par les études disponibles comme par les pro­fes­sion­nels qui, presqu’à chaque fois, les ignorent pour men­er leurs enquêtes.

Ci-dessous inter­view de deux respon­s­ables d’HACN, enquête sur le déploiement de ces sys­tèmes en Bel­gique, ain­si qu’un point d’un uni­ver­si­taire québé­cois sur le dyp­tique sécu­rité – lib­erté.

Inter­view par la radio RCF

Lien vers notre débat avec Mar­tin Dra­go, auteur du livreCaméras sous sur­veil­lance, Luttes con­tre l’oeil élec­tron­ique

Le col­lec­tif Tech­nop­o­lice BXL et la Ligue des droits humains, avec le sou­tien du Soir et du Vif, pub­lient le dossier “Sous sur­veil­lance”, résul­tat d’une recherche sur la vidéo­sur­veil­lance dans les com­munes belges fran­coph­o­nes. Grâce à une longue cam­pagne de deman­des d’accès aux doc­u­ments admin­is­trat­ifs, nous avons récolté des don­nées révélant un niveau de sur­veil­lance alar­mant.

Notre enquête met en lumière une explo­sion du nom­bre de caméras de sur­veil­lance en Bel­gique fran­coph­o­ne. En 2016, seules 20 % des com­munes de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles y avaient recours. Aujourd’hui, le ratio s’est inver­sé et 80 % des com­munes dis­posent de caméras de sur­veil­lance dans l’espace pub­lic. Dans les com­munes qui dis­po­saient déjà de caméras en 2016, on estime que leur nom­bre a dou­blé en dix ans [1]. Tech­nop­o­lice BXL déplore cette évo­lu­tion sécu­ri­taire pour plusieurs raisons.

Après exclu­sion des com­munes pour lesquelles nous ne dis­po­sions pas de don­nées (grisées sur la carte) et celles ne pos­sé­dant pas de caméras (en bleu sur la carte), les com­munes restantes ont été divisées en qua­tre groupes de taille égale (quar­tiles). En rouge, on retrou­ve les com­munes les plus vidéo­sur­veil­lées ; en orange, les moyennes hautes ; en couleur crème, les moyennes bass­es ; et enfin en vert, les den­sités les plus faibles. Ont été compt­abil­isées tant les caméras fix­es clas­siques, que les caméras tem­po­raires et les ANPR.
Cli­quer ici pour affich­er la carte détail­lée

Le tech­noso­lu­tion­nisme nous empêche d’aborder les prob­lèmes autrement que par la répres­sion

La vidéo­sur­veil­lance est sou­vent présen­tée comme une solu­tion mir­a­cle à tous les prob­lèmes de sécu­rité, pré­ten­dant pou­voir lut­ter tant con­tre le ter­ror­isme que con­tre n’importe quel délit ou “inci­vil­ité”. On voit ain­si pro­lifér­er des caméras à recon­nais­sance de plaques (ANPR) pour gér­er l’accès aux zones pié­tonnes, ou des caméras tem­po­raires à prox­im­ité des bulles à verre pour iden­ti­fi­er les respon­s­ables de dépôts clan­des­tins. Cette banal­i­sa­tion de la vidéo­sur­veil­lance détourne des ressources publiques vers des tech­nolo­gies coû­teuses et inef­fi­caces. Plutôt que d’investir dans des mesures sociales et de réduc­tion des risques, les pou­voirs publics priv­ilégient une approche répres­sive qui ne résout pas les caus­es pro­fondes de l’insécurité comme les iné­gal­ités sociales.

Der­rière cette expan­sion de la vidéo­sur­veil­lance se cachent des intérêts économiques majeurs. De nom­breuses entre­pris­es privées prof­i­tent de ce marché lucratif, en faisant fi des droits fon­da­men­taux. Par exem­ple, le con­sor­tium Prox­imus-Trafiroad a décroché un con­trat de plus de 30 mil­lions d’euros pour équiper les prin­ci­pales routes belges de caméras ANPR. On con­state aus­si qu’à côté de nom­bre d’acteurs locaux (CCDA, Macq, Tein…), des multi­na­tionales s’assurent de larges parts de marché, comme Secu­ri­tas pour les body­cams, ou Equans (fil­iale de Bouygues) pour la vidéo­sur­veil­lance clas­sique [2]. Nous avons recen­sé pas moins de 6000 caméras publiques en Bel­gique fran­coph­o­ne, soit un investisse­ment de l’ordre de 150 à 200 mil­lions d’euros. La sécu­rité devient ain­si une marchan­dise, source de rentabil­ité aux frais des con­tribuables.

Nos recherch­es mon­trent que la vidéo­sur­veil­lance cible de manière dis­pro­por­tion­née les com­munes dens­es, avec quan­tité d’immeubles à apparte­ments, où rési­dent les gens les plus défa­vorisés, notam­ment issus de l’immigration. A l’inverse, on retrou­ve des cor­réla­tions néga­tives entre la den­sité de caméras et des car­ac­téris­tiques comme des revenus supérieurs à la moyenne, ou des maisons qua­tre façades en zone rési­den­tielle, rel­a­tive­ment rurales. Il est dif­fi­cile de savoir dans quelle mesure cet état de fait est inten­tion­nel ou non. Quoi qu’il en soit, la vidéo­sur­veil­lance repro­duit une approche sécu­ri­taire dis­crim­i­na­toire qui ren­force les iné­gal­ités raciales et sociales.

Ce graphe représente les cor­réla­tions de Spear­man entre la den­sité de caméras de sur­veil­lance par com­mune en Bel­gique fran­coph­o­ne fin 2024 et dif­férentes vari­ables. Plus la cor­réla­tion est proche de 1, plus les vari­ables sont cor­rélées entre elles (c’est-à-dire qu’elles évolu­ent de con­cert, sans que cela ne suff­ise à établir une rela­tion de cause à effet). Plus la cor­réla­tion approche de ‑1, plus les vari­ables évolu­ent en sens opposés. Ont été compt­abil­isées tant les caméras fix­es clas­siques, que les caméras tem­po­raires et les ANPR.

Tech­nop­o­lice BXL exige des autorités de stop­per net la pro­liféra­tion de la vidéo­sur­veil­lance sous toutes ses formes tant qu’un débat sérieux n’a pas été mené sur les réelles men­aces qui pèsent sur la sécu­rité des habitant·es. Un tel débat doit per­me­t­tre d’explorer les alter­na­tives à cette logique sécu­ri­taire, qui s’appuient sur les sol­i­dar­ités locales et la jus­tice sociale.

[1] Cette com­para­i­son sur dix ans est ren­due pos­si­ble par les précé­dentes études réal­isées en Wal­lonie et à Brux­elles :

  • Per­rine Van­meer­beek ; Franck Dumorti­er ; Nathalie Grand­jean et Sarah Gallez, 2016. PTZ Pilot. L’acceptabilité juridique et sociale des caméras PTZ. Namur : CRIDS.
  • Pauline De Keers­maeck­er et Corentin Debailleul, 2016, Répar­ti­tion géo­graphique de la vidéo­sur­veil­lance dans les lieux publics de la Région de Brux­elles-Cap­i­taleBrus­sels Stud­ies, 10 octo­bre 2016. DOI : 10.4000/brussels.1422

[2] Nous avons l’ambition de met­tre en ligne une base de don­nées recen­sant les achats de matériel de sur­veil­lance par les autorités belges dans le courant de l’année 2026.

Pod­cast “À pro­pos” (Le Soir)

Arthur Sente expose les résul­tats de l’en­quête menée par Le Vif, Le Soir, la Ligue des droits humains et Technopolice.be

LDH, Vidéo­sur­veil­lance : la Ligue des droits humains demande un mora­toire sur l’installation de nou­velles caméras en Bel­gique fran­coph­o­ne, Com­mu­niqué de presse. 05/11/2025.

Can­dice Bus­soli, Joël Matriche, Arthur Sente, Xavier Counasse (avec “Le Vif”, la Ligue des droits humains et Technopolice.be), En dix ans, la vidéo­sur­veil­lance a con­quis plus de trois com­munes sur qua­tre à Brux­elles et en Wal­lonie (carte inter­ac­tive)Le Soir, 05/11/2025.

Thier­ry Denoël, À quel point êtes-vous sur­veil­lés ? Enquête inédite sur les caméras dans l’espace pub­lic (carte inter­ac­tive)Le Vif, 05/11/2025.

Lau­rence Van Ruym­beke, Les caméras de sur­veil­lance ne sont pas util­isées pour ce à quoi elles étaient cen­sées servir : pourquoi per­son­ne ne les remet en causeLe Vif, 05/11/2025.

Lau­re Dewit, Arthur Sente, Les couliss­es de l’enquête col­lab­o­ra­tive “Sous sur­veil­lance” sur les caméras publiquesLe Soir, Pod­cast “Grand angle”, 05/11/2025.

Chris­t­ian Nadeau, pro­fesseur au Départe­ment de philoso­phie, Uni­ver­sité de Mon­tréal, clar­i­fie cette dichotomie exploitée par nom­bre de nos respon­s­ables poli­tiques.

Le rap­port con­flictuel entre sécu­rité et lib­erté exprime un con­flit de valeurs typ­ique de notre société con­tem­po­raine. Au sein de pays qui se pré­ten­dent démoc­ra­tiques, le principe du droit que nous avons sur nous-mêmes, sur notre per­son­ne et sur les élé­ments de notre vie privée est au fonde­ment des sociétés démoc­ra­tiques et libérales. En con­trepar­tie, ce respect pour notre per­son­ne sup­pose que celle-ci, tout comme celle d’autrui, soit pro­tégée con­tre toute forme d’atteinte à son intégrité physique.

La ques­tion devient alors de savoir si la défense d’une femme ou d’un homme implique d’abord celle de sa per­son­ne morale, ou si elle ne cor­re­spond pas plutôt à celle de son exis­tence au sens le plus fon­da­men­tal, c’est-à-dire la pro­tec­tion de son corps et de ses biens. Dans un cas, nous par­lons de lib­erté; dans le sec­ond, de sécu­rité. Le dan­ger con­siste à hiérar­chis­er l’intégrité physique au détri­ment de toute autre con­sid­éra­tion.

Or, s’il existe encore de nom­breux garde-fous pour pro­téger les lib­ertés indi­vidu­elles, l’argument le plus courant enten­du en faveur d’une pri­mauté de la sécu­rité est celui qui con­siste en gros à nous dire que nous ne pou­vons pas vivre libres si nous sommes morts. Une fois cela admis, l’étau se resserre et ce qui nous appa­rais­sait au départ une banale lapalis­sade s’avère un con­trat social lib­er­ti­cide.

D’une fausse dichotomie à un faux dilemme

Per­son­ne ne remet en cause l’importance de la sécu­rité. Le vrai prob­lème est d’évaluer de manière cor­recte son coût réel. La majorité des gens seront d’accord pour accepter, du moins en principe, des balis­es pour la con­duite auto­mo­bile. Nous estime­ri­ons nor­mal qu’une per­son­ne harcelée psy­chologique­ment fasse appel à la police parce qu’elle reçoit chaque jour des appels haineux. Nous avons notre sécu­rité à cœur et le con­traire serait éton­nant.

Il n’a jamais été ques­tion de choisir entre la lib­erté et la sécu­rité pour autant. Nous pou­vons accepter un cer­tain nom­bre de con­traintes lors de nos déplace­ments ou dans notre vie sociale, sans pour autant éval­uer l’ensemble de nos activ­ités à l’aune d’un principe de sécu­rité.

De manière ponctuelle, nos dirigeants ou des lob­bys puis­sants ten­tent de nous faire admet­tre la néces­sité d’accorder une pri­or­ité à l’une au détri­ment de l’autre. Il existe une fausse dichotomie entre la sécu­rité et la lib­erté et cette dernière nous a con­duits à admet­tre comme vrai un dilemme sans fonde­ment : en séparant sécu­rité et lib­erté et en faisant de cette dernière un luxe par rap­port à la pre­mière, nous oublions que nous ne voulons pas seule­ment vivre, nous voulons vivre libres.

La sécu­rité comme jus­ti­fi­ca­tion de l’autoritarisme

Si ce type de dichotomie existe depuis tou­jours et fonde la pro­pa­gande des gou­verne­ments auto­cra­tiques, nous avons con­nu depuis les atten­tats du 11 sep­tem­bre 2001 des som­mets de la panique sécu­ri­taire, laque­lle chaque jour gagne insi­dieuse­ment du ter­rain sur nos vies privées.

Bien enten­du, il existe encore à l’heure actuelle des balis­es juridiques pro­pres à notre État de droit. Un tel État implique le respect des normes con­sti­tu­tion­nelles par le pou­voir exé­cu­tif. Mais est-ce bien le cas? Nous savons avec l’affaire Omar Khadr à quel point la sécu­rité per­met des entors­es graves aux droits fon­da­men­taux des indi­vidus, même dans notre société, qui n’est pas réputée pour son autori­tarisme. La Cour suprême, celle des États-Unis comme la nôtre, n’est pas insen­si­ble au chant des sirènes sécu­ri­taires.

On fera val­oir des argu­ments typ­iques du réal­isme pater­nal­iste : on ne peut pas être con­tre la ver­tu si la ver­tu est con­tre elle-même, ce qui est exacte­ment le cas lorsque la défense pour la lib­erté devient un obsta­cle à la sécu­rité en temps de crise. Pour le pro­pre bien des indi­vidus, il est de la respon­s­abil­ité des États de les met­tre à l’abri de toute men­ace, si incer­taine soit-elle.

À une péri­ode excep­tion­nelle cor­re­spon­dent des mesures excep­tion­nelles, dont celles qui dépos­sèderaient tem­po­raire­ment des per­son­nes de leurs lib­ertés fon­da­men­tales, à com­mencer par le droit au respect de leur vie privée. Il appa­raitrait dès lors légitime de plac­er des gens sur une liste d’écoute, d’intercepter leurs cour­riels, de sur­veiller leurs déplace­ments, bref, d’épier les moin­dre faits et gestes d’une pop­u­la­tion, tou­jours soi-dis­ant pour son bien.

Cette défense du réal­isme soulève deux ques­tions. D’une part, que voulons-nous défendre au juste lorsque nous jugeons légitime de faire pré­val­oir la sécu­rité sur toute autre con­sid­éra­tion? D’autre part, qu’est-ce qu’une sit­u­a­tion de crise? Existe-il quelque chose comme une sit­u­a­tion nor­male, où il ne serait pas pos­si­ble d’évoquer l’argumentaire de la crise ou de l’urgence et des excep­tions qu’elle implique?

L’un des plus impor­tants livres de philoso­phie poli­tique, le Léviathan de Thomas Hobbes (1651) sou­tient la thèse selon laque­lle, sans insti­tu­tions, nous seri­ons dans un état de guerre de tous con­tre tous. L’homme est un loup pour l’homme, dit Hobbes, d’où la néces­sité pour chaque per­son­ne de trans­fér­er à une instance tierce son droit de se défendre. L’État existe dès lors d’abord et avant toute chose pour nous pro­téger les uns des autres.

Il est alors nor­mal, dirait Hobbes aujourd’hui, que chaque citoyen et chaque citoyenne d’un État don­né acceptent une perte impor­tante de leurs lib­ertés si cela est néces­saire pour assur­er la péren­nité de l’État, lui-même garant de la paix civile et de la sécu­rité de toutes et tous. Hobbes adopte une logique assez proche de celle à laque­lle nous nous sommes peu à peu habitués depuis 2001.

Pour revenir aux deux ques­tions posées plus haut, Hobbes inter­préterait la sécu­rité d’abord et avant tout comme la pro­tec­tion de notre intégrité physique. En out­re, nous seri­ons, selon Hobbes tou­jours, dans une sit­u­a­tion excep­tion­nelle, puisque l’imminence du dan­ger compte somme toute assez peu. La men­ace la plus grave con­tre nous, dit-il, est celle con­tre le droit absolu de l’État. Aucune con­trainte, ni con­sti­tu­tion­nelle ni de la part de la société civile, ne devrait empêch­er l’État de faire ce pour quoi il existe : assur­er la pro­tec­tion des indi­vidus qu’il gou­verne. Sans le pou­voir sou­verain et donc absolu de l’État, ou d’une insti­tu­tion jouant un rôle ana­logue, nous ne pour­rions espér­er jouir de notre vie, ni non plus de nos biens ou de nos lib­ertés.

Ce que valent nos lib­ertés

Nous avons fini par inter­nalis­er la néces­sité de cer­tains ajuste­ments à nos droits et lib­ertés, sans savoir ni com­pren­dre ce que nous per­dons en échange de notre abné­ga­tion. Certes, en sur­face du moins, le paysage poli­tique n’a, à l’heure actuelle, rien de com­pa­ra­ble à celui du début des années 2000. Il suf­fi­rait toute­fois d’une nou­velle attaque d’envergure pour redonner aux pou­voirs coerci­tifs de l’État ou de com­pag­nies privées spé­cial­isées en sécu­rité une marge de manœu­vre sans lim­ites. Le dis­cours de la peur est le dis­cours ter­ror­iste par excel­lence, pré­cisé­ment parce qu’il ter­rorise et soumet par la peur des indi­vidus qui pour­raient s’avérer autrement récal­ci­trants. En out­re, non seule­ment la peur incite-t-elle à l’obéissance, elle favorise la déférence à l’égard des élites.

La fausse dichotomie entre lib­erté et sécu­rité per­met d’assurer leur hiérar­chi­sa­tion. Cela sup­pose un appau­vrisse­ment con­sid­érable de ces deux valeurs ou de ces deux con­cepts. La lib­erté devient sec­ondaire et ne pos­sède plus aucune valeur pour elle-même. Elle ne représente plus un objec­tif, elle se com­prend comme un moyen en vue d’une fin supérieure.

Or, cette final­ité, celle de la sécu­rité, ne se trou­ve guère mieux servie par la dichotomie. Si elle occupe le haut du pavé, elle ne veut plus dire grand-chose. Elle sig­ni­fie tout au plus la préser­va­tion de l’autorité de l’État. Même l’intégrité physique des per­son­nes, comme le pen­sait Hobbes, n’appartient plus au reg­istre de la sécu­rité, comme l’ont bien mon­tré les révéla­tions sur la tor­ture, les dépor­ta­tions de pris­on­niers ou l’assassinat ciblé d’Anouar Al-Aula­ki.

Défendre nos droits et lib­ertés ne con­tred­it en rien la sécu­rité, si nous accep­tons de redonner une pleine sig­ni­fi­ca­tion à ces valeurs. Vivre libre implique la sécu­rité et vice ver­sa. Il n’y a pas d’échanges, pas de négo­ci­a­tion pos­si­ble entre les deux, sans perte majeure pour cha­cune d’elles. Si nous voulons garan­tir notre sécu­rité, nous devons nous assur­er de pro­tec­tions con­tre ceux-là même qui pré­ten­dent nous pro­téger et qui aug­mentent chaque jour leur pou­voir sur nos choix, nos vies et notre avenir.