Changer de cap, association nationale engagée de longue date face aux conséquences sociales désastreuses de la numérisation des services publiques, veut donner à chacun.e les moyens de s’en défendre et de faire valoir ses droits dans ce cadre.
Le site droitsnumeriques.fr est structuré autour de trois entrées :
- Découvrir en s’amusant : il s’agit de comprendre les rouages de cette administration automatisée qui nous est imposée en particulier dans les organismes sociaux (CAF, Assurance maladie, France Travail…).
- Approfondir les algorithmes et l’IA : des fiches pratiques permettent d’aller plus loin sur des points précis (données collectées, discriminations, logiques d’un algorithme…)
- Faire valoir ses droits : aborde les sources juridiques et les moyens d’action.
Cette initiative, soutenue par la Fondation pour le Logement des défavorisés (ex Abbé Pierre) et par la fondation Amnesty France, comble un vide, longue vie à ce site !
Présentation de la logique du site par Changer de cap
La technologie ne place pas l’administration au-dessus des lois
Du calcul des prestations familiales (CAF) aux algorithmes de profilage des demandeurs d’emploi (France Travail), les outils automatisés dictent désormais le quotidien de millions d’usagers. Mais lorsque la machine se trompe, l’humain se retrouve face à un mur numérique.
“Devant un écran ou un algorithme défaillant, on se sent souvent démuni. Mais il faut rappeler une règle démocratique essentielle : la numérisation ne donne pas le droit à l’administration de bafouer la loi. Face à la maltraitance numérique, nous avons des droits protecteurs : droit à la transparence, droit à l’explication d’une décision, droit à la non-discrimination. Nous espérons que DroitsNumeriques.fr sera l’arme pédagogique et juridique qu’il manquait aux usagers pour se défendre”, explique l’équipe de coordination du projet.
Un site gratuit et accessible à toutes et tous, en trois volets
Conçu pour être accessible aussi bien aux bénéficiaires de prestations, demandeurs d’emploi, usagères et usagers des services publics qu’aux travailleurs sociaux et associatifs qui les accompagnent sur le terrain, le site est structuré autour de trois piliers concrets :
● JOUER : des outils ludiques et des jeux pédagogiques pour découvrir les enjeux de la numérisation des services publics, démystifier les algorithmes et l’IA.
● COMPRENDRE : des fiches pratiques et des quiz pour percer le secret des algorithmes des organismes sociaux, comprendre les biais de l’automatisation administrative, le recueil et le partage des données personnelles… et identifier ce qui peut mal se passer.
● AGIR : un espace de résistance légale fournissant des outils concrets (modèles de recours juridiques, générateurs de demandes d’accès aux données personnelles, demandes d’explications de décisions algorithmiques) pour faire valoir ses droits et obtenir gain de cause. Ainsi, le site fournit des générateurs de lettres à envoyer aux différentes administrations :

Entièrement gratuit et publié sous licence libre CC BY-SA-NC, le site DroitsNumeriques.fr a été coconstruit grâce à l’alliance d’acteurs de terrain et de grandes associations engagées dans la défense des libertés publiques, unies pour que la transition numérique de l’État ne se fasse pas au détriment de la dignité et des droits des plus vulnérables.
DroitsNumeriques ne demande qu’à être développé et amélioré afin que chacune et chacun puisse mieux comprendre et faire valoir ses droits. N’hésitez pas à nous adresser vos commentaires, vos questions et vos suggestions.
“Le numérique est un espace de droits”
Plus qu’un espace d’information, ce site s’inscrit dans une démarche d’éducation aux droits humains, pour désacraliser la numérisation et aider chacune et chacun à reprendre le pouvoir.
Le droit peut souvent sembler intimidant, d’autant plus lorsqu’il est caché derrière des systèmes informatiques complexes. Notre projet vise à casser les idées reçues sur la fausse neutralité ou l’infaillibilité des machines pour redonner à chacun la légitimité et la confiance nécessaires pour se défendre.
Notre objectif est de rendre le droit accessible, vivant et pratique pour que chacun puisse reprendre le contrôle face à une machine. Sur Espace de droits, vous trouvez :
- Des explications claires — des fiches simples pour comprendre les enjeux de l’automatisation et vos droits (RGPD, transparence de l’administration) sans jargon technique.
- Des outils pour agir — des fiches pratiques et des modèles de lettres pour savoir quoi faire et comment riposter si l’administration sociale commet une erreur ou bloque vos droits.
- Une pédagogie par le jeu — parce qu’on apprend mieux dans la convivialité, nous créons des parcours de formation ludiques et des jeux pour s’approprier ces sujets de manière vivante.
Deux autres sites pour comprendre les effets du numérique dans le domaine social
Le site France Contrôle est développé par La Quadrature du Net (habituel partenaire de Changer de cap), pour une analyse technique des algorithmes utilisés, laquelle sert lors des actions en justice engagées à plusieurs.
PRÉSENTATION PAR LA QUADRATURE
“Scores de suspicion” pour prédire qui doit faire l’objet d’un contrôle, profilage psychologique des chômeur·ses, estimation de leur qualité par un “score d’employabilité”, orientation automatisée des personnes au RSA, “score de fragilité” pour trier nos aîné·es… Ce sont désormais des pans entiers de l’accompagnement social qui sont automatisés. En creux, se dessine le fantasme d’une gestion algorithmique des populations.
Depuis 2021, La Quadrature du Net a entamé, aux côtés de collectifs de lutte contre la précarité, un travail de documentation et d’analyse des algorithmes de contrôle social utilisés au sein de notre système social. Ce travail a montré qu’au-delà des questions de notation, de contrôle et de surveillance, c’est toute une politique de numérisation forcée qui se met en place, au détriment du soutien aux plus défavorisé·es.
Mise en place sous couvert “d’efficacité gestionnaire” et de “lutte contre la fraude sociale”, cette numérisation à outrance a des conséquences humaines dramatiques. On assiste à une précarisation accentuée des bénéficiaires des administrations sociales, à l’aggravation du non-recours aux aides sociales, à de nouvelles formes de discriminations des plus précaires, à une déshumanisation de l’accompagnement social et une dégradation des conditions d’accueil (pour les allocataires) et de travail (pour les agent·es des administrations concernées).

Le collectif Citoyenneté et Numérique rassemble quatre associations (ATD Quart Monde, Emmaüs Connect, Emmaüs France [devenue Fondation pour le Logement des défavorisés] et la Fédération des Acteurs de la Solidarité), associées au médialab de Sciences Po.
Il a trois objectifs :
- Documenter les pratiques citoyennes des personnes en situation de précarité à l’heure du tout-numérique.
- Mettre en commun et diffuser des ressources utiles qui aideront les acteurs de terrain à faciliter l’expression et la participation de toutes et tous à la vie locale et démocratique.
- Défendre l’égal accès à l’exercice de la citoyenneté.



2 réponses sur « droitsnumeriques.fr, un site pour se défendre face à l’imposition du numérique dans nos vies »
Excellente initiative. Il faudrait pouvoir obtenir que pour toute démarche numérique il y ait aussi un personne derrière le guichet.
De plus, il est illégal d’exiger d’un citoyen la possession d’un smartphone, pour justifier d’une identité numérique. Moi-même ai laissé tomber la procédure de modification d’associés dans une SCI, après avoir déboursé plus de 300 €en passant par des plateformes soi-disant d’aide, mais qui nécessitent aussi d’ ”avoir un smartphone. (Je ne suis pas béotienne, j’ai aussi un tel portable, mais pas connecté). Et le greffe ne m’a jamais remboursé les sommes dépensées, bien qu’au guichet l’employée me l’avait promis.
Je suis d’accord avec vous. L’Etat n’a pas le droit d’imposer aux citoyens la possession d’un smartphone avec abonnement pour les démarches administratives ( qui sont donc obligatoires). C’est de la discrimination, déjà constatée chez de nombreux citoyens qui n’ont pas les moyens financiers ou autres de s’équiper, comme notamment les plus anciens.
La numérisation à outrance et généralisée par les décideurs entraîne des besoins de renouvellement incessant de matériel, des datacenters énergivores qui surchauffent et consommateurs d’eau. Je le constate au travail, où les pc rament de plus en plus. Il faut très régulièrement les renouveler pour augmenter les capacités. Autres conséquences : exploitation humaine dans les mines pour fabriquer le matériel, et accumulation de déchets électroniques.
Nous faisons face à des injonctions contradictoires permanentes, entre la culpabilisation de nos comportements qui soi-disant réchauffent la planète ou gaspillent l’eau, et des obligations de nouvelles technologies qui font pire.