Bientôt la fin des appels indésirables ? L’interdiction du démarchage téléphonique non consenti est illégal depuis le 11 août. Décision qui satisfait enfin les 97% exaspéré.es par le harcèlement marketing (sondage d’octobre 2024). L’ancien dispositif, Bloctel (liste d’opposition au démarchage téléphonique, qui nécessitait une déclaration volontaire) disparait.
Le nouveau texte établi par défaut que le démarchage téléphonique est interdit, sauf consentement explicite préalable. Du côté des usagers cependant, la tranquillité n’est pas pour demain. Point d’après le site Next (extraits) et compléments apportés par France TV.
La liste Bloctel, créée en 2014 à la suite de la liste Pacitel, imposait de signaler son opposition à tout démarchage téléphonique. Mais les évolutions technologiques et des techniques marketing toujours plus agressives l’ont rendu inefficace.
La logique juridique est donc inversée dans le nouveau texte : interdiction de principe pour le démarchage téléphonique, plus précisément la “prospection commerciale téléphonique non consentie”. Le tout sur fond d’explosion des fraudes aux numéros de téléphone et des usurpations d’identité téléphonique (spoofing).
Qu’est-ce qui change ?
Jusqu’à présent, le système reposait sur une logique d’opt-out : il fallait soi-même se signaler pour repousser ces sollicitations commerciales. Légalement, les professionnels de la prospection commerciale étaient tenus de confronter leurs fichiers à l’annuaire d’opposition avant tout lancement de campagne téléphonique.
Mais l’efficacité de Bloctel a été rabotée par une prolifération de clauses de consentement ambiguës ou dissimulées dans des contrats d’adhésion en ligne, par l’explosion du nombre de plateformes d’appels hors des frontières nationales et par l’usurpation des numéros de téléphone. Seulement 11% des Français.es y avaient inscrit leur numéro.
Avec le nouveau régime juridique, le consentement préalable du consommateur devient une condition stricte (au sens du RGPD) à toute prospection commerciale téléphonique. Dans le décret nᵒ 2026 – 662 du 23/07/2026, qui complète la loi du 30/06/2025, le consentement est décrit comme “une manifestation de volonté libre, spécifique, éclairée, univoque et révocable, par laquelle une personne accepte, par un acte positif clair, l’utilisation de ses données à caractère personnel à des fins de prospection commerciale par voie téléphonique”. En d’autres termes, une case à cocher, ou un consentement perdu dans des conditions générales acceptées en bloc ne compte pas.
L’accord peut être obtenu lors d’un achat, d’une visite en magasin, ou via un formulaire, précise le site du gouvernement. L’entreprise doit demander de manière explicite si le client accepte ou refuse d’être contacté par téléphone à des fins de prospection commerciale. Elle est également tenue d’informer le consommateur de la nature des biens ou des services concernés par cette demande de consentement.
Par ailleurs, la société a l’obligation de préciser la durée de validité de l’accord. Celle-ci ne peut excéder un an et ne peut en aucun cas être renouvelée automatiquement. Il est aussi possible de retirer son consentement à tout moment. Il faut alors faire une demande auprès de l’entreprise pour ne plus être contacté dans le cadre de démarchage téléphonique. Les modalités de retrait de consentement doivent être simples et accessibles, notamment en permettant au client d’exprimer sa décision oralement.
Lorsqu’elles appellent un client consentant, les entreprises doivent par ailleurs respecter les jours et les horaires d’autorisation du démarchage téléphonique, tels que définis par le Code du travail : du lundi au vendredi (hors jours fériés), et seulement de 10 à 13 heures et de 14 à 20 heures – dans le respect du fuseau horaire du consommateur. Une société peut déroger à ces obligations uniquement si le client a explicitement consenti à être contacté à une date et à un horaire hors des périodes d’autorisation du démarchage téléphonique.
Cette interdiction générale est l’extension d’une interdiction sectorielle : le 24/07/2020, la prospection téléphonique est devenue illégale pour tout ce qui touche à la vente d’équipements ou la réalisation de travaux destinés aux économies d’énergie ou à la production d’énergies renouvelables (travaux d’isolation, pompes à chaleur, panneaux photovoltaïques…). Et au 01/07/2025, elle a été étendue aux SMS, e‑mails et réseaux sociaux. Dommage, ces extensions n’ont pas été reprises plus largement dans le changement de régime du 11 août…
Selon le cabinet Kohen Avocats, la charge de la preuve pèse désormais sur le professionnel. En cas de conflit, c’est à ce dernier de prouver qu’il a recueilli le consentement clair de l’utilisateur. S’il ne le peut pas, tout contrat qui aurait été souscrit par ce biais sera déclaré nul.
Une interdiction universelle ?
Cette interdiction fonctionne dans l’immense majorité des cas, mais par exemple les entreprises peuvent contacter leurs clients tant qu’un contrat est actif, mais il faut que l’appel concerne effectivement ce contrat. Si le contact est établi au sujet d’un tout autre produit, il est illégal.
Si votre opérateur vous contacte par exemple pour vous proposer une option sur votre abonnement, il est dans les clous. S’il veut vous proposer un pack sécurité incluant des caméras pour le domicile, il est en dehors de la loi. Dans tous les cas, quand le contrat s’arrête, l’entreprise concernée perd le droit de vous contacter.
Si une entreprise vous appelle sans votre accord, vous pouvez le signaler sur la plateforme SignalConso. La répression des fraudes (DGCCRF) pourra enquêter et sanctionner.
La seule vraie exception à la nouvelle loi concerne la prospection pour la vente de journaux, périodiques et magazines, mais sous des conditions strictes de respect des horaires et de fréquence : uniquement en journée (de 10 h à 13 h et de 14 h à 20 h), pas pendant les week-ends et jours fériés, et pour un maximum de quatre fois par période de 30 jours.
Pour quelle efficacité ?
Les techniques permettant d’automatiser les appels commerciaux ou frauduleux, l’usage intensif de l’IA générative et autres techniques ont déjà rendu inopérante la liste Bloctel. Même si la loi change radicalement le 11 aout, rien ne permet d’assurer que les consommateurs retrouveront leur tranquillité dès le lendemain. Le problème est largement accentué par l’usurpation de numéro de téléphone, qui permet notamment de se faire passer pour une entreprise de confiance.
Pour vérifier automatiquement, le MAN (Mécanisme d’Authentification des Numéros) a été mis en place en France entre l’automne 2024 (numéros mobiles) et début 2025 (fixes). Mais les appels en roaming (depuis l’étranger) avec un numéro français n’étaient pas pris en compte. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, les opérateurs télécoms ont l’obligation d’afficher systématiquement la mention “Numéro masqué” pour tout appel transitant depuis l’étranger et présentant un numéro mobile français qui ne peut faire l’objet d’une authentification cryptographique conforme au MAN.
L’Arcep indique que l’entrée en application de la nouvelle loi va éclaircir le paysage, mais qu’il faut bien distinguer deux situations : le démarchage et les appels frauduleux. Les deux finissent par se “mélanger” tant la multiplication des appels est intrusive. Dans son observatoire de la satisfaction client, 89 % des usagers avaient déclaré subir des appels indésirables sur leur téléphone mobile en 2025, 57 % déclaraient en avoir reçu “presque tous les jours”, et 43 % avaient signalé avoir été victimes au moins une fois d’une usurpation de numéro.
Quels risques pour les entreprises contrevenantes ?
Des pénalités financières sont prévues par la loi. La facture peut s’avérer vite très salée, car l’amende administrative, prononcée par la DGCCRF, est de 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale. Il s’agit d’une somme par infraction : chaque appel réalisé en violation du consentement ou des règles horaires constitue un manquement autonome.
La procédure peut aussi aller au pénal. En cas de “vente agressive” ou de démarchage dans un secteur totalement interdit (dont tout ce qui touche à la rénovation énergétique et au CPF), les peines peuvent aller jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 500 000 € d’amende. La DGCCRF publie également les sanctions de manière systématique sur son portail institutionnel pour dégrader l’image de marque des contrevenants, dans la logique du “name and shame”.
L’an dernier, 6 300 établissements ont été contrôlés et 11 millions d’€ d’amendes infligés pour des démarchages frauduleux ou illégaux.
En 2021 par exemple, le groupe Beaumet Energies a été condamné à une amende de 366 930 € pour “non-respect de l’interdiction de démarchage téléphonique dans le secteur de la rénovation énergétique”. L’entreprise avait contacté 1 200 personnes par téléphone en moins de deux mois. On peut citer également le cas Clearnet, condamnée à une amende de 200 400 €, pour les mêmes raisons.
