Doctolib veut utiliser vos données pour son IA. Vous pouvez refuser


Illus­tra­tion : Flock

Doc­tolib, c’est cette “start-up française” qui, en fait, dépose toutes nos don­nées chez Ama­zon ! Elle a par­ti­c­ulière­ment été avan­tagée par le pou­voir au moment du covid et béné­fi­cie d’un qua­si mono­pole pour cer­taines fonc­tions déléguées par le sys­tème de san­té. Nous reprenons ci-dessous l’analyse de sa stratégie (présen­tée par Next) pour lim­iter au max­i­mum l’op­po­si­tion des usagers à l’ex­ploita­tion par son IA de leurs don­nées per­son­nelles. Cet arti­cle vous explique la démarche pour s’y oppos­er.

Doc­tolib va utilis­er par défaut les don­nées de ses util­isa­teurs pour des pro­jets de R&D. Con­sid­érant le faire dans son intérêt légitime, l’entreprise a seule­ment mis en place un for­mu­laire per­me­t­tant de s’y oppos­er (procé­dure d’opt-out).

Doc­tolib a envoyé à cer­tains de ses util­isa­teurs un email con­cer­nant l’utilisation des don­nées de ses util­isa­teurs pour des pro­jets R&D. L’entreprise, qui revendique qua­si­ment autant de comptes (60 mil­lions en 2021) que la taille de la pop­u­la­tion française, a décidé de s’appuyer sur les don­nées de ses util­isa­teurs, sans deman­der de con­sen­te­ment explicite.

En effet, l’entreprise explique : “À par­tir d’août 2026, nous col­la­borerons avec une équipe de recherche asso­ciée à trois insti­tu­tions sci­en­tifiques français­es de pre­mier plan (Inria, Inserm et Uni­ver­sité Paris Cité) sur le pro­jet de recherche Amélior­er les par­cours de soins grâce à l’intelligence arti­fi­cielle’ ”.

C’est notam­ment l’équipe-projet Heka com­mune à Inria, Inserm et l’Uni­ver­sité Paris Cité qui coopère avec Doc­tolib.

Pour jus­ti­fi­er de ne pas deman­der le con­sen­te­ment explicite de ces util­isa­teurs, Doc­tolib s’appuie sur son “intérêt légitime à con­duire des recherch­es sci­en­tifiques dans le but d’améliorer les soins pour tous” et cite la méthodolo­gie de référence MR-004 de la CNIL. Remar­quons qu’en met­tant en place cette recherche, c’est bien Doc­tolib qui pour­ra prof­iter en pre­mier de ses éventuelles retombées. Cette méthodolo­gie de référence MR-004 “encadre les traite­ments de don­nées à car­ac­tère per­son­nel à des fins d’étude, éval­u­a­tion ou recherche n’impliquant pas la per­son­ne humaine”.

L’arti­cle 6.1.f du RGPD prévoit que le traite­ment de don­nées à car­ac­tère per­son­nel est licite s’il “est néces­saire aux fins des intérêts légitimes pour­suiv­is par le respon­s­able du traite­ment ou par un tiers, à moins que ne pré­va­lent les intérêts ou les lib­ertés et droits fon­da­men­taux de la per­son­ne con­cernée qui exi­gent une pro­tec­tion des don­nées à car­ac­tère per­son­nel, notam­ment lorsque la per­son­ne con­cernée est un enfant”.

Dans le cadre de la méthodolo­gie de référence MR-004, l’entreprise ne peut pas utilis­er n’importe com­ment les don­nées. Ain­si, par exem­ple, seuls les per­son­nels de recherche inter­venant “dans un lieu de recherche” peu­vent con­serv­er le lien entre les noms et prénoms et les don­nées traitées. Les patients doivent aus­si être infor­més.

Dans son email, que tous les util­isa­teurs n’ont pas reçu pour l’instant, Doc­tolib donne un lien vers un for­mu­laire d’opposition. Celui-ci n’oblige pas à être con­nec­té pour le rem­plir et demande les prénom, nom et date de nais­sance. C’est via ce for­mu­laire que les util­isa­teurs de Doc­tolib peu­vent faire appli­quer l’article 56 de la loi Infor­ma­tique et Lib­ertés de 1978. Ain­si, en util­isant ce for­mu­laire, vous pou­vez vous oppos­er à la réu­til­i­sa­tion de vos don­nées per­son­nelles (ou celles de la per­son­ne dont vous êtes le représen­tant légal) dans le cadre des pro­jets de R&D de Doc­tolib :

En s’appuyant sur l’intérêt légitime, Doc­tolib évite de deman­der explicite­ment le con­sen­te­ment des inter­nautes, ce qui pour­rait lui garan­tir d’utiliser un plus grand nom­bre de leurs don­nées pour ses recherch­es. En effet, il faut que les util­isa­teurs reçoivent bien cet email, le lisent dans de bonnes con­di­tions, cliquent ensuite sur le lien vers le for­mu­laire et le rem­plis­sent pour sor­tir leurs don­nées du champ d’utilisation des recherch­es.

En novem­bre 2025, Doc­tolib avait écopé d’une amende de 4,665 mil­lions d’€ de l’Autorité de la con­cur­rence pour abus de posi­tion dom­i­nante. En févri­er dernier, l’entreprise affir­mait au Figaro se con­sid­ér­er en con­cur­rence avec Google, Anthrop­ic et Ope­nAI et leurs appli­ca­tions comme Chat­G­PT Health. Elle ajoutait vouloir con­sacr­er 160 mil­lions d’€ en 2026 sur ses pro­jets dans l’IA et avoir déjà investi 20 mil­lions d’€ dans son lab­o­ra­toire d’IA clin­ique qui cha­peaute ces pro­jets de R&D.

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