Les doléances : le film, le 26/2 à Saint-Étienne

Jeu­di 26 Févri­er à 18h30, pro­jec­tion du film Les Doléances, suivi d’un débat, au ciné­ma Le Méliès St-François, 8 rue de la Valse à Saint-Éti­enne
(Tar­ifs habituels)
à l’ini­tia­tive de Aus­sitôt-dit, avec le Col­lec­tif des sans voix et le CTC-42

Après le Théâtre et la Criée publique du ven­dre­di 20 févri­er
pro­duit par le Col­lec­tif X, et co-organ­isé par Halte au Con­trôle NumériqueNos Quartiers ont de la GueuleTer­rain d’Entente, l’Ami­cale Laïque du Crêt de Roch et La Fab­rique de la Tran­si­tion,

  • pro­jec­tion du film d’Hélène Des­plan­ques “Les Doléances” (2023, 63 min­utes),
  • Présen­ta­tion vidéo (15 min­utes) du tra­vail d’ex­ploita­tion de toutes les doléances ligéri­ennes de 2019 par le Col­lec­tif des Sans voix 42
  • dis­cus­sion ouverte sur les enjeux démoc­ra­tiques, ani­mée par Jim­my Romey­er, avec en visio­con­férence Fab­rice Dalongeville (Maire d’Auger-Saint-Vincent à l’origine du réseau nation­al lesdoleances.fr et du Tri­bunal pop­u­laire d’Auger-Saint-Vin­cent).

Présen­ta­tion du film Les doléances (d’après Médi­a­part, extraits)

À l’hiver 2018–2019, le prési­dent a demandé aux Français d’exprimer leurs deman­des dans des cahiers, puis a oublié les 200 000 con­tri­bu­tions issues de cette expéri­ence de démoc­ra­tie par­tic­i­pa­tive. Le film d’Hélène Des­plan­ques s’efforce de lui rafraîchir la mémoire.

C’est une let­tre par­mi tant d’autres, mais celle-ci fait chevrot­er d’émotion la voix de la chercheuse qui la présente à l’équipe de tour­nage. “Mon­sieur le prési­dent, j’aimerais que vous expliquiez à ma fille de 5 ans pourquoi maman ne met pas le chauffage partout dans la mai­son, écrit son autrice. Pourquoi maman fait sou­vent des nouilles passé le 15 du mois.”

“Pourquoi maman dit qu’elle s’est cogné le pied quand elle pleure le soir dans son lit en con­sul­tant le sol­de de son compte, pourquoi maman sait déjà qu’elle ne pour­ra pas lui pay­er de grandes études, pour­suit la jeune mère. Pourquoi les gens rich­es con­tin­u­ent d’obtenir les miettes qui restaient aux pau­vres.” Rédigée au sty­lo-bille d’une écri­t­ure appliquée, peu avant Noël 2018, la mis­sive a été insérée dans un cahi­er de doléances ouvert par des “gilets jaunes” à Libourne.

Les archives départe­men­tales de la Gironde abri­tent 364 de ces cahiers, le plus sou­vent mis à la dis­po­si­tion du pub­lic par les mairies durant l’hiver 2018–2019, dans le cadre du grand débat nation­al voulu par Emmanuel Macron pour désamorcer par la con­cer­ta­tion la crise des gilets jaunes. À l’échelle du pays, 19 899 cahiers ont ain­si été rem­plis, quelque 200 000 con­tri­bu­tions ont été rédigées, qui ont été remisés aux archives sans resti­tu­tion publique, sans réelle prise en compte par le gou­verne­ment.

Pen­dant deux ans, la réal­isatrice Hélène Des­plan­ques a écumé les archives départe­men­tales à la recherche de ces textes et de leurs auteurs et autri­ces. Chemin faisant, elle a fait la con­nais­sance de Fab­rice Dalongeville, maire d’une petite com­mune rurale de 500 habitant·es, Auger-Saint-Vin­cent (Oise), lui aus­si farouche­ment décidé à rap­pel­er le prési­dent à ses devoirs.

Le film issu de cette ren­con­tre, Les Doléances, pro­jeté depuis la mi-jan­vi­er dans une dizaine de villes et dif­fusé par trois chaînes régionales de France 3, s’ouvre d’ailleurs sur une inter­pel­la­tion de l’Élysée par l’élu picard. “Je con­sid­ère en effet que vous n’avez pas tenu votre engage­ment dans la promesse de ren­dre publiques et acces­si­bles l’ensemble des doléances pen­sées puis rédigées par nos conci­toyens, écrit Fab­rice dans la page de dia­logue du site inter­net de la prési­dence. J’espère que vous pren­drez la mesure de cette déci­sion qui ne par­ticipe pas au recou­vre­ment d’un cli­mat de con­fi­ance dans notre pays.”

Road-movie bucol­ique et joyeux, le doc­u­men­taire suit les péré­gri­na­tions du maire retors par­ti don­ner la parole à ces gens dont les écrits ont été remisés au fond des armoires, aux rares poli­tiques désireux de tir­er ces propo­si­tions de l’oubli et aux chercheuses et chercheurs émerveillé.es par l’incroyable richesse con­tenue dans ces cahiers.

“C’est le plus gros cor­pus d’expressions citoyennes qu’on ait analysé, à mon avis, en France, prob­a­ble­ment en Europe et peut-être dans le monde,explique ain­si dans le doc­u­men­taire Gilles Pro­r­i­ol, expert en analyse de la par­tic­i­pa­tion citoyenne, qui a été sol­lic­ité par le gou­verne­ment pour exam­in­er les cahiers. C’est fasci­nant. La plu­part des élus, des médias, des experts pensent, au fond, que la pop­u­la­tion n’a pas grand-chose à dire. On a démon­tré que c’était faux. C’est juste sci­en­tifique­ment faux.”

L’analyste recense plus de 700 propo­si­tions dif­férentes for­mulées lors du grand débat nation­al – out­re les cahiers de doléances, celui-ci com­prend des con­férences, l’ouverture d’un site inter­net sur lequel les citoyens et citoyennes peu­vent exprimer leur opin­ion sur des thèmes choi­sis par le gou­verne­ment. Dans les cahiers, les gens par­lent avant tout d’accès aux ser­vices publics, de san­té, d’éducation, de fis­cal­ité ou encore de démoc­ra­tie… mais assez peu d’immigration ou de sécu­rité.

Cer­taines propo­si­tions ont un taux d’occurrence telle­ment élevé qu’on peut les con­sid­ér­er comme transpar­ti­sanes, pour­suit Gilles Pro­r­i­ol. “Il est sans doute pos­si­ble d’élaborer un pro­gramme poli­tique d’une cen­taine de propo­si­tions avec lequel l’immense majorité des Français serait d’accord”, con­clut-il.

Ces pistes ne seront pour­tant jamais exploitées. D’abord en rai­son d’un con­tretemps – con­tre-feu ? – funeste. Le 15 avril 2019, au moment où Emmanuel Macron doit s’adresser aux Français·es pour leur dire ce qu’il a retenu de leurs doléances, un incendie rav­age la cathé­drale Notre-Dame de Paris. L’allocution est annulée. Le momen­tum est passé, il ne revien­dra pas. Pra­tique.

Les cahiers de doléances sont certes con­sulta­bles par le grand pub­lic dans les archives de chaque départe­ment. Mais leur com­pi­la­tion numérisée, détenue par la Bib­lio­thèque nationale de France et les Archives nationales, n’est acces­si­ble qu’à une poignée de chercheurs et de chercheuses. “Nous les avons demandés, des col­lègues lyon­nais les ont demandés, et il nous a tou­jours été opposé une fin de non-recevoir”, indique dans le doc­u­men­taire Mag­a­li Del­la Sud­da, chargée de recherch­es en sci­ences poli­tiques, qui tra­vaille sur les archives de la Gironde. Les “ini­tiés” sont quant à eux som­més de ne pas dif­fuser ce cor­pus.

Reste un goût amer dans la bouche de ceux qui ont par­ticipé à cette expéri­ence, qui y ont cru. “Un sen­ti­ment de mépris et de la frus­tra­tion, com­mente une spec­ta­trice lors du débat qui a suivi la pro­jec­tion du doc­u­men­taire, same­di soir, au ciné­ma asso­ci­atif Le Rio de Cler­mont-Fer­rand. Les gens se sont appliqués, ils ont choisi leurs mots, les ont écrits avec un vrai sty­lo… Se dire que tout cela n’a servi à rien.”

“Emmanuel Macron est le prési­dent qui a le plus fait appel à la par­tic­i­pa­tion citoyenne, fait remar­quer la réal­isatrice, Hélène Des­plan­ques. Mais après, il n’en tient pas compte. C’est encore pire. Il ne croit absol­u­ment pas à l’intelligence col­lec­tive, c’est juste une pos­ture.” […]