Les Puydômois cobayes du rationnement électrique “grâce” au Linky. Refus possible jusqu’au 29/01

Les habi­tants du départe­ment du Puy-de-Dôme ont été “choi­sis” par Enedis pour subir une expéri­men­ta­tion de réduc­tion de la puis­sance élec­trique disponible dans leur habi­ta­tion d’ici fin mars.

Cette lim­i­ta­tion de puis­sance est imposée à dis­tance aux seuls déten­teurs d’un Linky, sans con­tact physique et instan­ta­né­ment !

La puis­sance disponible pour­rait pass­er à 3 000 watts, con­tre 6 000 à 12 000 watts garan­tis par leurs con­trats. Ce qui pour­rait les priv­er de chauffage, d’eau chaude … lors du test (pen­dant deux heures ?).

D’après le directeur d’Enedis, pour­raient con­tin­uer à fonc­tion­ner un fri­go, un con­géla­teur, une box Inter­net, un ordi­na­teur, de l’éclairage, une télévi­sion (total 2 000 watts). Resterait 1 000 watts pour un appareil de forte puis­sance, comme UNE plaque élec­trique OU UN radi­a­teur, mais pas de four, lave-linge, sèche-linge, lave-vais­selle…

Env­i­ron 150 000 abon­nés pour­raient être con­cernés, sur les 300 000 du ter­ri­toire. Ils seraient prévenus à l’avance (5 jours avant, par cour­ri­er, mail ou SMS) … Mais il est dit que seuls les par­ti­c­uliers sont con­cernés (pas les entre­pris­es, même dans les bureaux et les mag­a­sins, ou les agricul­teurs, surtout en ce moment…), et pas ceux “à hauts risques vitaux” (par exem­ple les per­son­nes sous res­pi­ra­teurs, s’ils sont déclarés auprès d’Enedis).

Généreuse­ment, Enedis rétribuera les “cobayes” avec une “prime de 10 €

D’après le directeur d’Enedis Auvergne : parce que ce ter­ri­toire est à la fois urbain et rur­al, avec dif­férents types de puis­sance util­isées, parce qu’il peut y faire froid…

Ou parce que, vu de Paris, ils seraient cen­sés être moins réac­t­ifs ? Ils peu­vent se tromper…

Robin des toits rap­pelle que le décret du 29/12/2023 qui l’organise prévoit dans son arti­cle 3 que nous puis­sions refuser d’être cobayes :
Ce refus est adressé au ges­tion­naire du réseau de dis­tri­b­u­tion au moyen d’un for­mu­laire [en ligne], dans un délai de 15 jours ouvrables après envoi du cour­ri­er par le ges­tion­naire du réseau pub­lic de dis­tri­b­u­tion d’élec­tric­ité.”

On peut le faire par tél (au 0 800 730 941) ou sur le site (https://s.dial-once.com/fGY1w7DFtA), JUSQU’AU 29 jan­vi­er 2024 inclus, en indi­quant :

  • son numéro de PDL (Point de Livrai­son, 14 chiffres vis­i­ble sur votre comp­teur élec­tron­ique ou Linky ou sur votre fac­ture) :
  • son numéro de télé­phone mobile, ou votre adresse email.

C’est donc le test d’une tech­nique de rationnement pilotée à dis­tance (“grâce au Linky”), appelée à être util­isée partout sur le ter­ri­toire français.

On en a déjà une idée avec le sys­tème mis en place pour les foy­ers vic­times de “pré­car­ité énergé­tique”. Ceux-ci étaient pro­tégés jusqu’au 1e avril 2022 de toute coupure en hiv­er par la “trève hiver­nale” (instau­rée en 2013) qui inter­di­s­ait de leur couper le courant du 1er novem­bre au 31 mars.

Soit dis­ant pour mieux les pro­téger, a été instau­ré par un décret du 26 févri­er 2023 la réduc­tion à une ali­men­ta­tion min­i­male en élec­tric­ité de 1 kVa en cas d’impayés (s’ils ont droit au Fonds de sol­i­dar­ité loge­ment) et s’ils sont équipés d’un LINKY (car tout se fait à dis­tance, instan­ta­né­ment).

Par ailleurs, on con­state l’u­til­i­sa­tion par les ser­vices admin­is­trat­ifs des don­nées issues du Linky pour con­trôler les déc­la­ra­tions des usagers.

C’est notam­ment le cas pour France Tra­vail (l’ex Pôle-Emploi). Le décret n° 2022–955 du 29 juin 2022 per­met aux agents chargés de la préven­tion des fraudes d’obtenir auprès d’ENEDIS la com­mu­ni­ca­tion des fac­tures d’élec­tric­ité des deman­deurs d’emploi, pour visu­alis­er leurs présences et leurs absences à leur domi­cile. Un con­trôle implaca­ble grâce au Linky qui per­met une sur­veil­lance de la con­som­ma­tion en temps réel.

Cette sur­veil­lance de la con­som­ma­tion élec­trique instan­ta­née est très inva­sive et pour­rait très bien con­duire à des dérives, en per­me­t­tant par exem­ple à d’autres agents de l’É­tat (comme la police) de savoir quand une habi­ta­tion est occupée ou non, ain­si que le nom­bre de per­son­nes présentes (ce qui pour­rait par exem­ple com­pli­quer la vie des sans-papiers et des hébergeurs sol­idaires qui les accueil­lent sous leurs toits).

Bien sûr, ce ne sont que des spécu­la­tions. Cela dit, ce qui est sûr c’est qu’une fois qu’un out­il de sur­veil­lance est mis en place il est très facile de le généralis­er et plus dif­fi­cile de le retir­er. D’où la néces­sité de rester vig­i­lants et cri­tiques vis à vis de tous ces out­ils et de résis­ter à leur impo­si­tion sys­té­ma­tique !

Note : Pour béné­fici­er de l’as­sur­ance chô­mage française, il faut résider sur le ter­ri­toire français. Les deman­deurs d’emploi sont tenus d’in­former France Tra­vail dans un délai min­i­mum de 3 jours avant leur départ s’ils ont l’in­ten­tion de s’ab­sen­ter plus de 7 jours. Ceux-ci n’ont le droit qu’à 35 jours max­i­mum par an, s’ils dépassent ce nom­bre de jour ou ne déclar­ent pas leur absence ils se retrou­vent dans l’il­lé­gal­ité vis-à-vis de France Tra­vail. Le con­trôle de leur présence ou de leur absence à domi­cile est donc présen­té comme un moyen de lut­ter con­tre la fraude.

Cepen­dant, comme nous l’avons déjà souligné dans de précé­dents arti­cles sur Pôle Emploi, la plu­part des sup­posées “fraudes” sont davan­tage le fruit d’er­reurs de la part des allo­cataires, sou­vent mal infor­més, que le fruit d’une inten­tion de “fraud­er”. De plus, comme l’a cri­tiqué Yann Gaudin, beau­coup de sit­u­a­tions d’usagers ne per­me­t­tent pas de se pli­er à cette exi­gence de Pôle Emploi vis à vis des absences (exem­ple : cas des inter­mit­tents du spec­ta­cles qui font régulière­ment des déplace­ments pour leur tra­vail), ce qui donne lieu à de nom­breuses sanc­tions injustes à l’en­con­tre des usagers.