Aux USA, une technologie couple l’usage des lecteurs de plaques d’immatriculation avec différents capteurs…

Pho­to sur le site Viral­MAG

Nous avons déjà présen­té les LAPI, ces lecteurs automa­tisés de plaques d’im­ma­tric­u­la­tion qui fondent l’ef­fi­cac­ité indus­trielle des “sul­fa­teuses à PV”. Or, la très récente loi RIPOST a juste­ment pro­gram­mé l’ex­ten­sion de l’usage de ces LAPI.

Dans la présen­ta­tion de cette loi très lib­er­ti­cide, nous avons repris des élé­ments d’un arti­cle de La Quad­ra­ture qui analyse en pro­fondeur ces LAPI et leurs dan­gers pour la sur­veil­lance de nos déplace­ments. Le déploiement d’une vari­ante de cette tech­nolo­gie aux Etats-Unis, encore plus inva­sive, fait l’ob­jet d’une con­tes­ta­tion d’am­pleur.

Les expli­ca­tions dif­fusées par France TV amè­nent des élé­ments tech­niques intéres­sants, notam­ment par l’in­ter­view d’un pro­fesseur à l’Ecole poly­tech­nique et chercheur en cryp­togra­phie, Olivi­er Blazy. Celui-ci pré­cise qu’une tech­nolo­gie spé­ci­fique, Signal­Trace, est “conçue pour iden­ti­fi­er les per­son­nes ou les véhicules sus­pects, même en l’ab­sence de numéro d’im­ma­tric­u­la­tion.”

Elle “fait du scan pas­sif” en cap­tant “les sché­mas de com­mu­ni­ca­tion élec­tron­ique et les infor­ma­tions d’i­den­ti­fi­ca­tion des appareils élec­tron­iques, tels que les com­posants de véhicules, les dis­posi­tifs Blue­tooth, les éti­quettes RFID et le Wi-Fi”. Or cela per­met au sys­tème d’i­den­ti­fi­er très pré­cisé­ment un “iPhone 13rev2, une radio Audi, un casque Bose, une mon­tre de sport Garmin, un porte-clés con­nec­té et la plaque d’im­ma­tric­u­la­tion ABC-1234″ (d’après le site du con­cep­teur ital­ien du dis­posi­tif, Leonar­do).

Ces infor­ma­tions sont stock­ées dans une base de don­nées qui, comme le mon­tre l’ar­ti­cle de La Quad­ra­ture pour la France, est désor­mais nationale depuis la mise en place du sys­tème de traite­ment cen­tral LAPI (ou STCL). Elles peu­vent ensuite être con­sultées sur demande d’un enquê­teur. “Cela automa­tise les fila­tures, et per­met de suiv­re des sus­pects même s’ils changent de plaque, de voiture ou de télé­phone”. Pour le chercheur, cette tech­nolo­gie pose de sérieuses ques­tions de vie privée car la col­lecte de don­nées est indis­crim­inée et cen­tral­isée. “C’est donc une forme de sur­veil­lance poli­cière con­stante”, avec le risque de fuites de don­nées, soit liées aux piratages, soit parce que des policiers se sont fait pren­dre à reven­dre des accès à ces bases sen­si­bles”.

L’arti­cle de La Quad­ra­ture s’in­téresse par­ti­c­ulière­ment au déploiement de cette tech­nolo­gie aux Etats-Unis, et à la très forte con­tes­ta­tion qu’elle entraîne. Il relève que la presse indépen­dante et les asso­ci­a­tions de défense des lib­ertés éta­suni­ennes doc­u­mentent ces dernières années les abus graves, semaine après semaine (voir vidéos dif­fusées dans cet arti­cle de USA Today).

Ces caméras LAPI (en anglais ALPR pour Auto­mat­ed Licence Plate Read­er) y sont déployés par l’entreprise “Flock Safe­ty” (déjà plus de 120 000, dans 49 États), qui dis­pose de parte­nar­i­ats avec les forces de l’ordre. La police clas­sique les utilise à des fins racistes de con­trôle des pop­u­la­tions de voyageur·euses, quand les agents de la mil­ice ICE s’en ser­vent pour tra­quer les per­son­nes étrangères.

Ces sys­tèmes ser­vent aus­si à sur­veiller les man­i­fes­ta­tions poli­tiques, comme les march­es “No Kings” s’opposant à la poli­tique de Trump, pour retrou­ver les per­son­nes ayant avorté (dans les États anti-IVG).

La lutte con­tre ces dis­posi­tifs de sur­veil­lance de masse passe par les cam­pagnes d’op­po­si­tion “Deflock Amer­i­ca” (voir vidéo et le site qui doc­u­mente tous les déploiements de ces caméras LAPI !), “Eyes on Flock” et “NoAL­PR, par la destruc­tion de matériel, par des recours juridiques ou encore par des villes qui rompent leurs con­trats avec cette entre­prise.

Un représen­tant de l’Amer­i­can Civ­il Lib­er­ties Union déclare que cette tech­nolo­gie est con­testée pour l’ex­cès de pou­voir du gou­verne­ment à droite, et pour des inquié­tudes sur qui est ciblé à gauche.

Mais, dans son vrai-faux, FranceTV intro­duit des con­fu­sions en voulant nous dire qu’un tel déploiement est impos­si­ble en France :

  • le con­cep­teur de cette tech­nolo­gie, l’en­tre­prise ital­i­enne Leonar­do, ne serait pas “un acteur iden­ti­fié du marché français du Lapi”, et il faudrait plus qu’une sim­ple mise à jour des sys­tèmes actuels déployés en France. D’une part, l’en­tre­prise améri­caine qui utilise cette tech­nolo­gie est Flock Safe­ty. D’autre part, on ne voit pas ce qui pour­rait empêch­er l’une de ces deux entre­pris­es de capter ce marché…
  • l’usage des LAPI serait très encadré juridique­ment en France”, ce qui empêcherait l’usage de cette vari­ante Signal­Trace. Là encore, cette affir­ma­tion est sujette à cau­tion : la loi RIPOST, adop­tée grâce au vote unanime de l’extrême droite à l’extrême cen­tre per­met déjà une exten­sion très forte de cet usage. Et une propo­si­tion de loi d’un séna­teur de la Loire, Pierre-Jean Rochette, promet d’aller encore plus loin, avec les amende­ments qui ne man­queront pas. Par ailleurs, l’en­quête du média Dis­close - sur plusieurs années – a mon­tré que l’il­lé­gal­ité de la recon­nais­sance faciale n’a pas empêché le min­istère de l’in­térieur à s’en dot­er et à en généralis­er l’usage dès 2022 pour tous les policiers et gen­darmes dans leur télé­phone de ser­vice (appli­ca­tion NEO) !

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