Photo sur le site ViralMAG
Nous avons déjà présenté les LAPI, ces lecteurs automatisés de plaques d’immatriculation qui fondent l’efficacité industrielle des “sulfateuses à PV”. Or, la très récente loi RIPOST a justement programmé l’extension de l’usage de ces LAPI.
Dans la présentation de cette loi très liberticide, nous avons repris des éléments d’un article de La Quadrature qui analyse en profondeur ces LAPI et leurs dangers pour la surveillance de nos déplacements. Le déploiement d’une variante de cette technologie aux Etats-Unis, encore plus invasive, fait l’objet d’une contestation d’ampleur.
Reportage de France TV (Vrai ou Faux) diffusé début juillet
Les explications diffusées par France TV amènent des éléments techniques intéressants, notamment par l’interview d’un professeur à l’Ecole polytechnique et chercheur en cryptographie, Olivier Blazy. Celui-ci précise qu’une technologie spécifique, SignalTrace, est “conçue pour identifier les personnes ou les véhicules suspects, même en l’absence de numéro d’immatriculation.”
Elle “fait du scan passif” en captant “les schémas de communication électronique et les informations d’identification des appareils électroniques, tels que les composants de véhicules, les dispositifs Bluetooth, les étiquettes RFID et le Wi-Fi”. Or cela permet au système d’identifier très précisément un “iPhone 13rev2, une radio Audi, un casque Bose, une montre de sport Garmin, un porte-clés connecté et la plaque d’immatriculation ABC-1234″ (d’après le site du concepteur italien du dispositif, Leonardo).
Ces informations sont stockées dans une base de données qui, comme le montre l’article de La Quadrature pour la France, est désormais nationale depuis la mise en place du système de traitement central LAPI (ou STCL). Elles peuvent ensuite être consultées sur demande d’un enquêteur. “Cela automatise les filatures, et permet de suivre des suspects même s’ils changent de plaque, de voiture ou de téléphone”. Pour le chercheur, cette technologie pose de sérieuses questions de vie privée car la collecte de données est indiscriminée et centralisée. “C’est donc une forme de surveillance policière constante”, avec le risque de fuites de données, soit liées aux piratages, soit parce que des policiers se sont fait prendre à revendre des accès à ces bases sensibles”.
L’article de La Quadrature s’intéresse particulièrement au déploiement de cette technologie aux Etats-Unis, et à la très forte contestation qu’elle entraîne. Il relève que la presse indépendante et les associations de défense des libertés étasuniennes documentent ces dernières années les abus graves, semaine après semaine (voir vidéos diffusées dans cet article de USA Today).
Ces caméras LAPI (en anglais ALPR pour Automated Licence Plate Reader) y sont déployés par l’entreprise “Flock Safety” (déjà plus de 120 000, dans 49 États), qui dispose de partenariats avec les forces de l’ordre. La police classique les utilise à des fins racistes de contrôle des populations de voyageur·euses, quand les agents de la milice ICE s’en servent pour traquer les personnes étrangères.
Ces systèmes servent aussi à surveiller les manifestations politiques, comme les marches “No Kings” s’opposant à la politique de Trump, pour retrouver les personnes ayant avorté (dans les États anti-IVG).
La lutte contre ces dispositifs de surveillance de masse passe par les campagnes d’opposition “Deflock America” (voir vidéo et le site qui documente tous les déploiements de ces caméras LAPI !), “Eyes on Flock” et “NoALPR”, par la destruction de matériel, par des recours juridiques ou encore par des villes qui rompent leurs contrats avec cette entreprise.
Un représentant de l’American Civil Liberties Union déclare que cette technologie est contestée pour l’excès de pouvoir du gouvernement à droite, et pour des inquiétudes sur qui est ciblé à gauche.
Mais, dans son vrai-faux, FranceTV introduit des confusions en voulant nous dire qu’un tel déploiement est impossible en France :
- le concepteur de cette technologie, l’entreprise italienne Leonardo, ne serait pas “un acteur identifié du marché français du Lapi”, et il faudrait plus qu’une simple mise à jour des systèmes actuels déployés en France. D’une part, l’entreprise américaine qui utilise cette technologie est Flock Safety. D’autre part, on ne voit pas ce qui pourrait empêcher l’une de ces deux entreprises de capter ce marché…
- “l’usage des LAPI serait très encadré juridiquement en France”, ce qui empêcherait l’usage de cette variante SignalTrace. Là encore, cette affirmation est sujette à caution : la loi RIPOST, adoptée grâce au vote unanime de l’extrême droite à l’extrême centre permet déjà une extension très forte de cet usage. Et une proposition de loi d’un sénateur de la Loire, Pierre-Jean Rochette, promet d’aller encore plus loin, avec les amendements qui ne manqueront pas. Par ailleurs, l’enquête du média Disclose - sur plusieurs années – a montré que l’illégalité de la reconnaissance faciale n’a pas empêché le ministère de l’intérieur à s’en doter et à en généraliser l’usage dès 2022 pour tous les policiers et gendarmes dans leur téléphone de service (application NEO) !
