La Commission européenne, qui cherche à tripler la capacité des centres de données implantés dans l’UE au cours des cinq à sept prochaines années, expose un bilan des indicateurs environnementaux des datacenters déjà présents… Du moins des 36 % qui ont répondu au questionnaire, pourtant obligatoire. On y trouve de fortes disparités suivant les pays. Extraits de la synthèse réalisée par le site Next.
Dans l’Union européenne, les datacenters de 500 kW (puissance informatique installée) ou plus doivent envoyer des données à la Commission sur leurs usages : eau, électricité, énergie renouvelable et réutilisation de la chaleur dégagée. Cette dernière est émise par les serveurs et pourrait servir pour chauffer des logements ou des bâtiments, mais se révèle une catastrophe… Ces quatre critères permettent, selon la Commission, d’évaluer “l’efficacité énergétique et la durabilité” des datacenters.
Problème, sur 2 161 datacenters devant répondre à cette enquête, seuls 770 ont envoyé des données (36 %), et seulement 70,1 % des données collectées sont jugées comme “fiables”. La Commission vient d’adopter un barème avec des notes de A à G sur l’efficacité des usages de l’eau et de l’électricité. Le Parlement et le Conseil ont deux mois pour s’y opposer s’ils le souhaitent, mais sans pouvoir le modifier.
Les informations publiées le sont de manière agrégée : au niveau de l’Union européenne et par État. Rien sur les datacenters en eux-mêmes, permettant ainsi aux plus mauvais de se cacher dans la masse et de ne pas être pointés du doigt.
La Belgique explose les compteurs sur l’usage de l’eau… Merci Google ?

Un exemple ? La Belgique avec le WUE (Water Usage Effectiveness). Cet indicateur mesure “le rapport entre l’apport total d’eau et la consommation d’énergie des équipements informatiques”. Plus il est élevé, plus un datacenter consomme de l’eau par kWh d’électricité. La Belgique crève le plafond avec 1,28 m³ d’eau par MWh d’électricité, alors que la moyenne est à 0,58 m³/MWh. Sans détails par datacenter, impossible de savoir qui est responsable de cette très mauvaise performance…
Des indices tout de même : “dans certains États membres, les chiffres de la WUE sont dominés par ceux de quelques grands opérateurs disposant d’une seule installation, qui déclarent un apport d’eau plus élevé”. Pour la Belgique, l’éléphant dans la pièce pourrait bien être… Google. En effet, le WUE de Google sur la base de ses prélèvements en eau serait autour de 1,5 pour l’année 2025 (les données de la Commission sont pour l’année 2024). Une estimation maison car Google ne communique pas officiellement de chiffre, contrairement à certains concurrents.
Calculons le WUE de Google en Belgique !
En Belgique, le moteur de recherche dispose d’un grand datacenter à Saint-Ghislain. D’après les données officielles, les prélèvements en eau sont de 2,7 millions de m³ (1,9 million en 2024). Des données disponibles sur la carte mondiale des datacenters fournie par Next.
La société rappelle que, en Belgique, elle “utilise l’eau industrielle d’un canal de navigation pour le refroidissement de son centre de données, réduisant ainsi sa dépendance à l’eau potable”. Il n’en reste pas moins que cette eau est prise en compte pour le WUE. Il est de 1,08 en Belgique, mais la consommation électrique n’est pas précisée. Elle est de 6,3 TWh pour toute l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique (zone EMEA), selon le rapport environnemental de Google.
Selon certains, Google consommerait 1,9 TWh par an sur ces datacenters en Wallonie. Le WUE de Google en Belgique serait donc de 0,46 au minimum, avec l’hypothèse extrême que le datacenter de Saint-Ghislain consommerait l’intégralité de la zone EMEA (ce qui est impossible). Il est plus probablement aux alentours de 1,54 sur la base de 2,7 millions de m³ prélevés pour une consommation totale de 1,9 TWh (soit 1,76 TWh pour les équipements informatiques, avec un PUE de 1,08 pour rappel). Sur la même base de 1,9 TWh mais avec des prélèvements de 1,9 million de m³ pour 2024, cela donnerait un WUE aux alentours de 1,1 environ. Avec une moyenne de 1,28 pour la Belgique, Google pourrait donc peser très lourd dans la moyenne belge.
A NOTER : le World Resources Institute, organisme américain à but non lucratif, dans son Aqueduct Water Risk Atlas qui propose un classement des différents pays selon leur niveau de stress hydrique, classe la Belgique en Extremely High, soit le niveau le plus dangereux de stress hydrique, comme les pays du golf persique !
WUE : 0,25 en France, bonne élève ?
L’exemple belge le confirme : Google est l’une des entreprises qui prélèvent et consomment le plus d’eau dans notre analyse des géants du Net, elle a doublé sa consommation en trois ans. Selon les données de la Commission, 16 datacenters belges ont envoyé des données, dont un de plus de 10 MW, et au moins trois leur WUE, sans plus de précision cependant. Saint-Ghislain de Google est bien à plus de 10 MW, mais la Commission ne précise cependant pas si Google a répondu à l’enquête.
Avec une moyenne de 0,25 m³ par MWh, la France est dans le bas du tableau, plus de deux fois en dessous de la moyenne européenne (0,58, pour rappel). Impossible par contre d’en savoir plus, avec 133 datacenters qui ont renvoyé des informations à la Commission (sur 264 attendus). La répartition est intéressante : 16 datacenters sur les 133 ont une capacité de plus de 10 MW, 78 sont entre 1 et 10 MW (dont 56 à plus de 2 MW) et les 30 autres entre 100 kW et 1 MW. Enfin, neuf datacenters ne semblent pas avoir déclaré de puissance.

PUE : 1,55 en France, bien au-dessus de la moyenne européenne
Passons au PUE (Power Usage Effectiveness), un indicateur sur l’efficacité électrique. Plus il est faible, plus grande est l’efficacité, “avec des valeurs allant généralement de 1,0 (l’idéal théorique où chaque watt est utilisé pour l’équipement informatique) à 2,0 ou plus dans des installations moins économes en énergie. Dans la pratique, les valeurs inférieures à 1,2 sont considérées comme excellentes, celles comprises entre 1,2 et 1,5 sont jugées bonnes et celles supérieures à 1,5 semblent indiquer des possibilités d’amélioration”, explique la Commission.
Elle rappelle à juste titre que le “PUE peut fluctuer au fil des ans en raison de facteurs internes (optimisation ou utilisation, par exemple) et externes (conditions météorologiques, entre autres)”, mais ne récolte que des PUE (et WUE) annuels, dommage. “En 2024, la PUE moyenne déclarée des centres de données dans l’UE s’élevait à 1,36″. Dans les États avec au moins trois données différentes pour le PUE, la moyenne va de 1,15 à 1,66. La Hongrie est même à 2,00 de PUE, mais avec seulement un ou deux datacenters, ce n’est donc pas représentatif pour la Commission.

“À titre de comparaison, la PUE moyenne mondiale en 2023 était de 1,58, tandis que les États-Unis ont fait état d’une moyenne nationale en amélioration, s’élevant à 1,4, et que la Chine s’est fixé pour objectif une PUE moyenne inférieure à 1,5 pour la fin de 2025″.
Les objectifs de PUE et WUE sont encore loin
En Europe, seuls 55 datacenters sur les 770 qui ont répondu dépassent les 10 MW, dont 38 se trouvent en France et en Allemagne. L’Irlande et l’Italie en ont respectivement 4 et 3. La Commission soulève une différence importante : “Les centres de données de plus petite taille (de 500 à 1 000 kW) déclarent une PUE moyenne de 1,64, ce qui est nettement supérieur à la moyenne, tandis que les centres de données de plus grande taille ont tendance à avoir une PUE plus faible, parce qu’ils sont souvent plus récents et bénéficient d’économies d’échelle en matière d’efficacité énergétique”. Les datacenters de plus de 10 MW sont à 1,21 par exemple.

Sur le WUE et donc l’utilisation de l’eau, c’est le contraire : les plus gros datacenters ont une utilisation plus importante de l’eau. Le WUE passe de 0,2 environ sur les 100 à 500 kW à 0,7 sur ceux de plus de 10 MW. Petite exception sur le graphique : les datacenters de 500 à 1 000 kW, au-dessus de ceux de 1 à 10 MW en moyenne.



Eau et électricité : les objectifs espérés sont encore bien loin…
La Commission rappelle que le CNDCP (Climate Neutral Data Centre Pact), une initiative d’autorégulation des datacenters, “engage les opérateurs au sein de l’UE à atteindre la neutralité climatique d’ici à 2030 et vise une PUE de 1,3 pour les nouveaux centres de données dans les régions à climat froid et de 1,4 dans les régions à climat plus chaud”. Avec une moyenne européenne à 1,36 et française à 1,55, il reste du travail…
En analysant les documents de la Commission, on trouve des datacenters qui explosent le plafond avec jusqu’à 2,56 de PUE pour deux datacenters en Finlande, d’une puissance comprise entre 500 et 1 000 kW. En France, les datacenters entre 1 et 2 MW sont également à plus de 2 de PUE. Autre information intéressante, la répartition du PUE selon le type de datacenter. La colocation est à 1,43 de moyenne, le co-hosting est à 1,24 et enfin ceux appartenant aux entreprises à 1,31 de moyenne.
Sur l’indicateur de l’eau, ce n’est pas mieux : “Au cours de la première période de déclaration, la plupart des centres de données n’ont pas atteint l’objectif du CNDCP de 0,4 m³/MWh de WUE (d’ici à 2040)”. La France est en dessous de 0,4, mais la moyenne européenne est à 0,58 pour rappel… sans oublier la Belgique à 1,28.
Et les énergies renouvelables ?
Un autre point concerne le facteur d’énergie renouvelable dans les centres de données, alias FER ou REF (Renewable Energy Factor). Un score de 1 signifie que toute la consommation d’énergie est associée à des sources renouvelables… avec toujours la même subtilité : ce n’est pas forcément en rapport avec la consommation réelle du datacenter (que ce soit au niveau géographique ou horaire). “Les signataires du CNDCP se sont engagés à porter la part d’énergie renouvelable ou d’énergie horaire sans carbone dans leur consommation d’électricité à 75 % d’ici la fin de 2025, et à 100 % d’ici la fin de 2030″, soit un score de 1.
D’après les données actuelles, “il est réaliste de viser un REF de 1,0 pour tous les centres de données dans les prochaines années. Toutefois, l’analyse a montré qu’une grande partie de l’énergie renouvelable provient d’accords d’achat d’électricité (AAE) et de garanties d’origine qui ne sont pas nécessairement liés à la production locale ou à de nouveaux ajouts de production d’énergie renouvelable”. La Commission rappelle donc la nécessité “d’accorder une attention accrue à l’origine (production sur site, garanties d’origine, accord d’achat d’électricité), à la technologie et à l’additionnalité des énergies renouvelables utilisées ainsi qu’à la correspondance temporelle entre l’offre et la demande”.

Nos autres articles
