Implants cérébraux : la nature humaine remise en question

Elon Musk (homme “le plus riche du monde”, donc ayant les moyens de réalis­er ses rèves d’ap­pren­ti sor­ci­er !) vise, à tra­vers Neu­ralink, l’une de ses sociétés, la créa­tion d’une inter­face entre l’humain et la machine.

Cela passe par le développe­ment d’implants cérébraux et la volon­té, à terme, de plac­er le cerveau humain en sym­biose avec l’intelligence arti­fi­cielle. D’autres ini­tia­tives dans ces domaines sont envis­agées qui, toutes, néces­sit­eraient de réels débats publics inter­dits le plus sou­vent sous pré­texte de com­plo­tisme.

Par ailleurs, la ten­ta­tive de cadrage juridique de pro­tec­tion de l’in­tégrité men­tale et du statut des don­nées neu­ronales par le sénat chilien en décem­bre 2020 (dans un pro­jet de con­sti­tu­tion) a été bal­ayé depuis par le retour de par­lemen­taires pro-Pinochet). L’UNESCO en a cepen­dant retenu une analyse juridique utile.

Robin des toits s’in­téresse plus à l’ap­proche sci­en­tifique et médi­cale de la ques­tion, dans un arti­cle dont nous pub­lions quelques extraits.

EXERGUE

La gigan­tesque col­lecte de don­nées organ­isée par les tech­nolo­gies numériques est aujour­d’hui prin­ci­pale­ment util­isée pour définir et anticiper le com­porte­ment humain.

Dans le sil­lage de l’ini­tia­tive améri­caine sur le cerveau lancée en 2014, toutes les grandes puis­sances (UE/Chine/Russie) ont lancé leurs pro­pres pro­grammes de recherche sur le cerveau avec des finance­ments impor­tants. La Chine con­sid­ère le cerveau “comme le QG du corps humain et l’at­taque pré­cise du QG est l’une des straté­gies les plus effi­caces pour déter­min­er la vic­toire ou la défaite sur le champ de bataille” [1].

Dans un monde imprégné de tech­nolo­gie, la guerre dans le domaine cog­ni­tif mobilise un éven­tail plus large d’e­spaces de com­bat que ne peu­vent le faire les dimen­sions physique et infor­ma­tion­nelle. Son essence même est de pren­dre le con­trôle des êtres humains (civils comme mil­i­taires), des organ­i­sa­tions, des nations, mais aus­si des idées, de la psy­cholo­gie, notam­ment com­porte­men­tale, des pen­sées, ain­si que de l’en­vi­ron­nement.

En out­re, les pro­grès rapi­des des sci­ences du cerveau, dans le cadre d’une guerre cog­ni­tive au sens large, ont le poten­tiel d’é­ten­dre con­sid­érable­ment les con­flits tra­di­tion­nels et de pro­duire des effets à moin­dre coût.

… l’ob­jec­tif de la guerre cog­ni­tive est de faire de cha­cun une arme.
… il s’ag­it d’une guerre par l’in­for­ma­tion, la véri­ta­ble cible étant l’e­sprit humain, et au-delà l’hu­main en soi.

Extrait de Cog­ni­tive War­fare – Juin-novem­bre 2020 François du Cluzel
Inno­va­tion Hub [2]
Cog­ni­tive War­fare – NATO STO [3]

The Human Brain is the Bat­tle­field of the 21st Cen­tu­ry.” – James Gior­dano (2018)

Si Robin des toits s’est tou­jours penchée sur les con­séquences des champs élec­tro­mag­né­tiques arti­fi­ciels externes à l’or­gan­isme, dans leurs aspects san­i­taires mais aus­si tech­niques, et plus récem­ment socié­taux, la donne sem­ble actuelle­ment chang­er du fait de l’u­til­i­sa­tion de nanopar­tic­ules mag­néti­s­ables inter­nal­isées, donc injec­tées à l’intérieur du corps, récep­tri­ces mais aus­si émet­tri­ces de champs élec­triques ou élec­tro­mag­né­tiques. Et pour­tant, en aucune manière, les effets biologiques, san­i­taires, phys­i­ologiques (rem­place­ment des récep­teurs par des cap­teurs extra­cor­porels) ou socié­taux ne sont abor­dés.

Si, pour cer­tains, la présence de nano par­tic­ules, notam­ment de graphène, injec­tées mas­sive­ment dans les organ­ismes d’une pop­u­la­tion mon­di­ale est une évi­dence, avec comme con­séquence une manip­u­la­tion générale des com­porte­ments, une approche sci­en­tifique de la ques­tion n’en cor­ro­bore pas oblig­a­toire­ment l’hy­pothèse, en tout cas pas dans ces ter­mes. Ne serait-ce, entre autres, que du fait des dif­fi­cultés tech­nologiques liées à de tels développe­ments.

Par ailleurs, des tech­niques de manip­u­la­tion des pop­u­la­tions exis­tent depuis fort longtemps qui sont, pour l’in­stant, bien moins dif­fi­ciles à met­tre en oeu­vre. Même si les neu­rotech­nolo­gies avan­cent à pas de géant de manière plus qu’in­quié­tante, notam­ment avec le graphène, et que les études sci­en­tifiques, tech­niques et appli­ca­tions indus­trielles qui en découlent, en sont à la lec­ture et à la stim­u­la­tion des activ­ités cérébrales au niveau du neu­rone d’un indi­vidu.

Il n’en reste pas moins que l’idée d’i­non­der le corps de mil­lions de nanopar­tic­ules, oxyde de graphène notam­ment, capa­bles de lire les sig­naux cérébraux, de les trans­met­tre à un ordi­na­teur ou à un Smart­phone proche et de mod­i­fi­er en retour les com­porte­ments, est bel et bien dans les car­tons du tran­hu­man­isme (à voir absol­u­ment : Black­rock Neu­rotech : les neu­rotech­nolo­gies implanta­bles les plus avancées) ou dans ceux des mil­i­taires.

C’est, par exem­ple, ce qu’espère l’ingénieur Sakhrat Khizroev de l’université de Mia­mi, dont l’é­tude est financée par la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency). Et le fait est que de très nom­breuses thès­es et études, représen­tant des mil­liers de pages, por­tent sur l’u­til­i­sa­tion de nanopar­tic­ules mag­néti­s­ables, quels que soient les niveaux d’ap­pli­ca­tion.
Les tech­niques clas­siques des neu­rotech­nolo­gies sont inva­sives. Elles impliquent la mise en place d’élec­trodes intra crâni­ennes, par­fois lour­des, mal­gré les antennes extra fines dont se glo­ri­fie Elon Musk. Les nanopar­tic­ules mag­néti­s­ables du type Mag­ne­to (cf infra) con­stituent donc un pro­grès extrême­ment impor­tant dans le domaine puisqu’elles per­me­t­tent des implan­ta­tions cérébrales non inva­sives (pas d’opéra­tion).

De très nom­breuses tech­niques sont util­isées dans les thérapeu­tiques liées au mag­nétisme (mag­né­toencéphalo­gra­phie, stim­u­la­tion mag­né­tique tran­scrâni­enne, util­i­sa­tion de nanopar­tic­ules mag­néti­s­ables, de bac­téries mag­néti­s­ables, en pas­sant par l’op­togéné­tique [4]…). Leur jus­ti­fi­ca­tion est donc tou­jours médi­cale.

Suite de l’ar­ti­cle de Pierre-Marie Théve­ni­aud (syn­thèse)

[1] Selon le Pr. Li-Jun Hou, directeur du 202e hôpi­tal de l’ar­mée pop­u­laire de libéra­tion, (mai 2018), Chi­nese Jour­nal of Trau­ma­tol­ogy

[2] Moteur du réseau d’in­no­va­tion de l’OTAN, qui fédère les entités nationales en tirant par­ti de l’in­no­va­tion ouverte et du développe­ment agile. Cette étude est par­rainée par le Com­man­de­ment allié Trans­for­ma­tion (ACT), mais les points de vue et les opin­ions exprimés dans cette pub­li­ca­tion reflè­tent stricte­ment les dis­cus­sions tenues sur les forums du Hub de l’in­no­va­tion. Ils ne reflè­tent pas ceux de l’ACT ou de ses nations mem­bres, aus­si aucun d’en­tre eux ne peut être cité comme une déc­la­ra­tion offi­cielle leur appar­tenant

[3] Pre­mière réu­nion sci­en­tifique Cog­ni­tive War­fare Bor­deaux (FR) ‒ 21 juin 2021. Journée organ­isée par l’Innovation Hub de NATO-ACT et l’ENSC, avec le sou­tien de l’Etat-major des Armées (FR – Major Général), du NATO-CSO et de la Région Nou­velle Aquitaine

[4] Optogéné­tique : neu­rotech­nolo­gie per­me­t­tant de mod­i­fi­er l’ac­tiv­ité d’un neu­rone en le ren­dant sen­si­ble à la lumière, ce qui per­met de con­trôler cer­taines activ­ités cérébrales