L’activisme écologiste, dans le viseur de la Technopolice

Avec les JO qui approchent, les mil­i­tants écol­o­gistes sont plus que jamais dans le viseur du min­istère de l’In­térieur. Alors que la mobil­i­sa­tion des agricul­teurs gagne un inten­sité et que la FNSEA mul­ti­plie les actions “spec­tac­u­laires” sans ren­con­tr­er beau­coup de résis­tance, les écol­o­gistes mobil­isés con­tre l’A89 dans le Tarn doivent, de leur côté, faire face de nou­veau à une forte répres­sion.

Lorsqu’il s’ag­it des mou­ve­ments écol­o­gistes, le min­istère de l’In­térieur ne lésine pas sur les out­ils tech­nologiques de sur­veil­lance. Drones, recon­nais­sance faciale, mar­queurs codés… La Quad­ra­ture du Net a réca­pit­ulé tout ces out­ils de pistage dans un arti­cle que nous parta­geons ci-dessous.

Nous revenons égale­ment sur le papi­er récem­ment pub­lié par le Rap­por­teur de l’ONU por­tant sur la « Répres­sion par l’État des man­i­fes­ta­tions et de la désobéis­sance civile envi­ron­nemen­tales » en France et dans le reste de l’Eu­rope.

Plusieurs affaires récentes ont mis en lumière la sur­veil­lance par­ti­c­ulière­ment inten­sive subie par les mil­i­tantes écol­o­gistes. Out­re l’arsenal admin­is­tratif et répres­sif déployé par l’État pour les punir, c’est la nature des moyens util­isés qui inter­pelle : drones, recon­nais­sance faciale, mar­queurs codés… Le min­istère de l’Intérieur expéri­mente et per­fec­tionne sur les activistes écologiques ses out­ils tech­nop­o­liciers.

Plusieurs arti­cles ont révélé le car­ac­tère inten­sif des moyens de sur­veil­lance et de répres­sion déployés par l’État pour punir cer­taines actions mil­i­tantes écol­o­gistes. Si cela avait déjà été doc­u­men­té pour le mou­ve­ment de résis­tance nucléaire à Bure, c’est dernière­ment le cas de l’affaire Lafarge pour laque­lle un arti­cle paru sur Rebel­ly­on a détail­lé les out­ils mis en œuvre par la police afin d’identifier les per­son­nes ayant par­ticipé à une action ciblant une usine du cimen­tier.

Désarme­ment de l’usine Lafarge de Val-de-Reuil, Pho­to de Con­tre Attaque

Vidéo­sur­veil­lance, analyse des don­nées télé­phoniques, réqui­si­tions aux réseaux soci­aux, relevés ADN, vire­ments ban­caires, traceurs GPS… La liste paraît infinie. Elle donne une idée de la puis­sance que peut déploy­er l’État à des fins de sur­veil­lance, « dans un dossier visant avant tout des mil­i­tants poli­tiques » – comme le souligne Médi­a­part dans son arti­cle.

«  Une immense par­tie de cette enquête repose sur la télé­phonie. Les enquêteur.ices se basent sur l’analyse des con­tacts et de l’activité du télé­phone (bor­nage) pour fab­ri­quer des pro­fils sus­pects.

Pour établir ces liens, iels passent par­fois par l’analyse de l’activité télé­phonique de per­son­nes totale­ment hors de cause (…) Les dif­férents moyens sont classés des plus util­isés (fadettes) aux plus rares (géolo­cal­i­sa­tion) jusqu’aux plus excep­tion­nels (logi­ciel espi­on).

Ces analy­ses ne pren­nent en compte aucun fac­teur humain, le prêt de son télé­phone, son oubli et tech­nique­ment tout ce qui relève du délestage, c’est-à-dire quand une antenne est amenée à gér­er un flux trop impor­tant, et qu’elle mobilise une autre antenne.

Les fadettes sont qua­si sys­té­ma­tique­ment demandées lorsqu’un numéro porte un intérêt dans une enquête, c’est vrai­ment un out­il de récupéra­tion très large d’informations. Étant vues comme peu intru­sives en terme de vie privée, leur demande n’a pas besoin d’être validée en amont par un mag­is­trat, elle se fait par une plate­forme automa­tisée en lien avec les opéra­teurs, la plate­forme nationale des inter­cep­tions judi­ci­aires (PNIJ).

Les résul­tats sont obtenus en quelques min­utes et coû­tent quelques euros par numéro. Nos entre­tiens nous ont per­mis de penser que les fadettes de plus d’une cen­taine de numéros ont été demandées dans le cadre de l’affaire Lafarge (…)

La pré­ci­sion de la local­i­sa­tion issue des fadettes dépend de la den­sité des antennes relais aux alen­tours. En zone rurale, il est fréquent de n’avoir qu’une antenne tous les 10–20 km, donc avoir été con­nec­té à cette antenne nous place dans un cer­cle de la moitié de cette dis­tance. En zone urbaine très dense, il arrive d’avoir des antennes du même opéra­teur à 100 m l’une de l’autre, per­me­t­tant ain­si une beau­coup plus grande pré­ci­sion sur les déplace­ments. »

Rebel­ly­on, “Affaire « Lafarge ». Les moyens d’enquête util­isés et quelques atten­tions à en tir­er”
Image de Con­tre Attaque

Pour avoir une idée de l’étendue com­plète de ces moyens, il faut y ajouter la créa­tion des cel­lules spé­cial­isées du min­istère de l’Intérieur (la cel­lule Déme­ter, créée en 2019 pour lut­ter con­tre « la délin­quance dans le monde agri­cole » et la cel­lule « anti-ZAD », mise en place en 2023 à la suite de Sainte-Soline) ain­si que l’alerte don­née par la CNCTR (l’autorité de con­trôle des ser­vices de ren­seigne­ment) qui en 2023 a souligné son malaise sur l’utilisation accrue des ser­vices de ren­seigne­ment à des fins de sur­veil­lance des organ­i­sa­tions écol­o­gistes.

Les forces de sécu­rité sem­blent con­tin­uer de per­fec­tion­ner et expéri­menter sur les organ­i­sa­tions écol­o­gistes leurs nou­veaux out­ils de sur­veil­lance : drones, caméras nomades, recon­nais­sance faciale, pro­duits de mar­quages codés… Parce que ces organ­i­sa­tions leur opposent une résis­tance nou­velle, sou­vent mas­sive, déployée sur un ensem­ble de ter­rains dif­férents (man­i­fes­ta­tions en milieu urbain, ZAD, méga-bassines…), les forces de police sem­blent trou­ver néces­saire l’utilisation de ces out­ils de sur­veil­lance par­ti­c­ulière­ment invasifs.

Caméra dis­simulée dans des boîtiers accrochés au som­met de poteaux élec­triques aux Lentil­lères, Pho­to de Dijonc­ter

Out­il phare de la Tech­nop­o­lice, le drone a été expéri­men­té dès ses débuts sur les écol­o­gistes. Dif­fi­cile d’y voir un hasard quand (d’après la gen­darmerie), la pre­mière util­i­sa­tion d’un drone à des fins de sur­veil­lance par la gen­darmerie a lieu dans le Tarn en 2015, pour évac­uer la ZAD du bar­rage de Sivens. En 2017, c’est Bure (site prévu pour l’enfouissement de déchets nucléaires) qui sert d’expérimentation avant une util­i­sa­tion offi­cial­isée pour la ZAD de Notre-Dame-des-Lan­des en 2018.

La gen­darmerie y décrit dans sa revue offi­cielle un con­texte idéal d’expérimentation avec une util­i­sa­tion per­me­t­tant un « grand nom­bre de pre­mières » : util­i­sa­tion simul­tanée de drones et d’hélicoptères de sur­veil­lance, retrans­mis­sion en direct des divers flux vidéos, guidage des tirs de lacry­mogènes… Des util­i­sa­tions qui seront ensuite repris­es et nor­mal­isées dans les futures util­i­sa­tions des drones, en par­ti­c­uli­er pour la sur­veil­lance des man­i­fes­ta­tions. À not­er dans la revue offi­cielle de la gen­darmerie l’utilisation répétée du terme d’ « adver­saires » pour décrire les mil­i­tantes : « mar­quage d’adversaire », « manœu­vre de l’adversaire »….

Drone à Notre-Dame-des-Lan­des, Pho­to de Con­tre Attaque

Ce n’est pas non plus un hasard si dans le Livre blanc de la sécu­rité intérieure, doc­u­ment pub­lié fin 2020 par le min­istère de l’Intérieur pour for­muler un ensem­ble de propo­si­tions sur le main­tien de l’ordre, l’exemple de Notre-Dame-des-Lan­des est cité pour jus­ti­fi­er l’utilisation mas­sive de drones, comme une « une étape impor­tante dans la plan­i­fi­ca­tion et l’exécution d’une opéra­tion com­plexe de main­tien de l’ordre ».

Résul­tat : après la général­i­sa­tion des drones dès 2020 avec le Covid-19, on a ensuite assisté, une fois l’ensemble légal­isé à pos­te­ri­ori (et non sans dif­fi­cultés), à la nor­mal­i­sa­tion de l’usage des drones pour la sur­veil­lance des man­i­fes­ta­tions. Les drones sont aujourd’hui encore bien utiles à la police pour suiv­re les actions mil­i­tantes écol­o­gistes, que ce soit récem­ment pour le Con­voi de l’eau ou la mobil­i­sa­tion con­tre les travaux de l’A69.

À not­er que l’imagination de la police et de la gen­darmerie ne se lim­ite pas aux drones en ce qui con­cerne les nou­veaux moyens de sur­veil­lance vidéo. Plusieurs organ­i­sa­tions ont doc­u­men­té l’utilisation de caméras nomades ou dis­simulées pour épi­er les allées et venues des activistes : caméras dans de fauss­es pier­res ou troncs d’arbres pour la ZAD du Car­net, caméras avec vision noc­turne en 2018 dans la Sarthe

Faux tronc d’ar­bre con­tenant une caméra, pho­to de Zad­du­car­net

Autre out­il phare de la Tech­nop­o­lice : la recon­nais­sance faciale. Rap­pelons-le : la recon­nais­sance faciale est (mal­heureuse­ment) autorisée en France. La police ou la gen­darmerie peu­vent iden­ti­fi­er des per­son­nes grâce à leurs vis­ages en les com­para­nt à ceux enreg­istrés dans le fichi­er du traite­ment des antécé­dents judi­ci­aires (TAJ). L’utilisation qui en est faite par les ser­vices de sécu­rité est aujourd’hui mas­sive, estimée à plus de 600 000 fois en 2021 (donc plus de 1600 fois par jour).

Il est néan­moins assez rare d’avoir des exem­ples con­crets de son util­i­sa­tion pour com­pren­dre com­ment et sur qui la police utilise ce dis­posi­tif. À ce titre, comme souligné dans l’article de Rebel­ly­on, la recon­nais­sance faciale a été util­isée pour incrim­in­er des per­son­nes cen­sé­ment impliquées dans l’affaire Lafarge, avec l’utilisation d’images tirées de la réqui­si­tion des vidéo­sur­veil­lances des bus de la ville pour les com­par­er au fichi­er TAJ. Médi­a­part dénom­bre dans son enquête huit per­son­nes iden­ti­fiées via ce dis­posi­tif.

Même chose pour la man­i­fes­ta­tion de Sainte-Soline : dans un arti­cle de juil­let 2023, Médi­a­part relate que les qua­tre per­son­nes qui ont com­paru ont été retrou­vées grâce à la recon­nais­sance faciale. Un pre­mier procès plus tôt, déjà sur Sainte Soline, fait égale­ment men­tion de l’utilisation de la recon­nais­sance faciale.

Com­bi­en a coûté la répres­sion à Sainte-Soline ?

« 5 mil­lions d’euros selon le jour­nal l’Humanité. Le quo­ti­di­en cite l’eurodéputé Benoît Biteau, qui révèle que le dis­posi­tif de gen­darmes déployé le 25 mars s’élève à 5 mil­lions d’euros. Il y avait sur place 3.200 mil­i­taires, 9 héli­cop­tères, des drones, des blind­és, une équipe de gen­darmes armés sur des quads, des fusils tirant des mar­queurs chim­iques avec de l’ADN de syn­thèse pour iden­ti­fi­er les man­i­fes­tants a pos­te­ri­ori… L’État français a déployé le max­i­mum de sa puis­sance mar­tiale. Dans ces mil­lions d’euros, il faut compter les frais d’hôtel pour les gen­darmes, les déplace­ments, le car­bu­rant pour les héli­cop­tères et les blind­és… C’est une véri­ta­ble armée en déplace­ment qui a été mobil­isée. Il faut ajouter à ce coût celui des 5000 grenades tirées, dont le prix à l’unité est d’environ 40 euros en moyenne, soit autour de 200.000 euros de muni­tions. »

Arti­cle de Con­tre Attaque, “Sainte-Soline la répres­sion a coûté plus cher que la mégabas­sine
« Ecoter­ror­isme », com­ment l’État réprime les écol­o­gistes, Attac

Notons bien qu’au vu des chiffres cités plus haut, l’utilisation de la recon­nais­sance faciale est mas­sive et n’est pas con­cen­trée sur les militant·es écol­o­gistes (voir ici une util­i­sa­tion récente pour retrou­ver une per­son­ne soupçon­née de vol). On con­state néan­moins une util­i­sa­tion sys­té­ma­tique et banal­isée de la recon­nais­sance faciale du TAJ, nor­mal­isée au point de devenir un out­il d’enquête comme les autres, et de plus en plus présen­tée comme élé­ment de preuve dans les tri­bunaux.

En 2021, nous avions attaqué devant le Con­seil d’État cette recon­nais­sance faciale en soule­vant que celle-ci devait légale­ment être lim­itée à la preuve d’une « néces­sité absolue », un critère juridique qui implique qu’elle ne soit util­isée qu’en dernier recours, si aucune autre méth­ode d’identification n’est pos­si­ble, ce qui n’était déjà pas le cas à l’époque. Cela l’est encore moins aujourd’hui à lire les comptes-ren­dus de Rebel­ly­on ou de Médi­a­part.

D’autres out­ils de sur­veil­lance, encore au stade de l’expérimentation, sem­blent testés dans les mobil­i­sa­tions écol­o­gistes. Par­mi les plus préoc­cu­pants, les pro­duits de mar­quage codés. Il s’agit de pro­duits, tirés par un fusil type paint­ball, invis­i­bles, indo­lores, per­me­t­tant de mar­quer une per­son­ne à dis­tance et per­sis­tant sur la peau et les vête­ments. Ils peu­vent être com­posés d’un pro­duit chim­ique ou d’un frag­ment d’ADN de syn­thèse, se révélant à la lumière d’une lampe UV, por­teurs d’un iden­ti­fi­ant unique pour « prou­ver » la par­tic­i­pa­tion à une man­i­fes­ta­tion.

Pro­duits de mar­quage codés, site du min­istère de l’in­térieur

Comme rap­pelé par le col­lec­tif Désar­mons-les, c’est dès 2021 que Dar­manin annonce l’expérimentation de ce dis­posi­tif. Il sem­ble être ensuite util­isé pour la pre­mière fois en 2022 lors d’une pre­mière man­i­fes­ta­tion con­tre la bas­sine de Sainte-Soline (via l’utilisation par la police de fusils spé­ci­aux, ressem­blant à ceux util­isés par les lanceurs paint­ball). En 2022, Dar­manin dénom­brait déjà plus de 250 util­i­sa­tions de ce dis­posi­tif.

En 2023, son util­i­sa­tion est de nou­veau remar­quée pour la man­i­fes­ta­tion con­tre la bas­sine de Sainte-Soline. Elle entraîne la garde à vue de deux jour­nal­istes qui ont détail­lé à la presse la procé­dure suiv­ie par la police et la gen­darmerie pour récupér­er et analyser la trace de pein­ture lais­sée par le fusil PMC.

Pho­to de Con­tre Attaque

Cet usage ne sem­ble être aujourd’hui qu’à ses débuts. Dans le cadre d’un recours con­tentieux con­tre les drones, la pré­fec­ture de police, dans une surenchère sécu­ri­taire sans lim­ite, avait notam­ment émis le souhait de pou­voir équiper ses drones d’un lanceur de PMC. Le min­istre de la Jus­tice a égale­ment van­té l’utilisation de ces out­ils dans une récente audi­tion sur le sujet, « utiles pour retrou­ver la trace d’un indi­vidu cagoulé ». Un rap­port par­lemen­taire de novem­bre 2023 rap­pelle néan­moins que son util­i­sa­tion se fait aujourd’hui sans aucun cadre légal, ce qui la rend pure­ment et sim­ple­ment illé­gale. Si cer­tains par­lemen­taires sem­blent égale­ment s’interroger sur son effi­cac­ité, d’autres, dans un rap­port sur « l’activisme vio­lent », appel­lent à sa péren­ni­sa­tion et sa général­i­sa­tion. Côté gou­verne­ment, après l’avoir expéri­men­té sur les mil­i­tants sans aucun cadre légal, le min­istère de l’intérieur sem­ble pour l’instant avoir sus­pendu son util­i­sa­tion.

Les mou­ve­ments mil­i­tants ne sont évidem­ment pas les seuls à con­naître cette inten­sité dans le déploiement des moyens de sur­veil­lance : les exilées, les habi­tantes des quartiers pop­u­laires ont tou­jours été les pre­mières à subir la mil­i­tari­sa­tion forcenée des forces du min­istère de l’Intérieur. Néan­moins, cette expéri­men­ta­tion des tech­nolo­gies sur les organ­i­sa­tions écol­o­gistes est une nou­velle preuve de l’escalade sécu­ri­taire et déshu­man­isée de la police et de la gen­darmerie en lien avec la crim­i­nal­i­sa­tion des mou­ve­ments soci­aux. La France est à l’avant-garde de la dérive autori­taire en Europe, puisqu’il sem­ble être l’un des pays du con­ti­nent ayant une pra­tique régulière et com­binée de ces nou­veaux out­ils.

(La Quad­ra­ture du Net)

Le rap­por­teur spé­cial des Nations unies sur les défenseurs de l’environnement, Michel Forst, s’est ren­du jeu­di 22 févri­er sur le site occupé par les mil­i­tants opposés au chantier de l’A69, dans le Tarn afin de con­stater les exac­tions des forces de l’or­dre dénon­cées par les mil­i­tants, par­mi lesquelles : la pri­va­tion de som­meil, l’in­ter­dic­tion de rav­i­taille­ment en eau et nour­ri­t­ure, le déverse­ment d’essence aux pieds des arbres en haut desquels vivent depuis des mois des “écureuils” (surnom don­né aux mil­i­tants instal­lés dans les arbres).

Six asso­ci­a­tions ont annon­cé le dépot d’une plainte con­tre X pour mise en dan­ger de la vie d’autrui.

Répres­sion de l’oc­cu­pa­tion con­tre l’A69, pho­to des Soulève­ments de la terre

Dans son rap­port pub­lié mer­cre­di 28 févri­er, Michel Forst s’in­quiète d’une « nette aug­men­ta­tion de la répres­sion et de la crim­i­nal­i­sa­tion » des actions paci­fiques de désobéis­sance civile partout en Europe.

Le rap­port pointe un cer­tain nom­bre de pays européens où « des per­son­nal­ités publiques, en par­ti­c­uli­er des représen­tants de par­tis poli­tiques, des mem­bres du par­lement et même des min­istres » , ont décrit des mou­ve­ments envi­ron­nemen­taux comme une « dic­tature » et une « men­ace pour la démoc­ra­tie » (par exem­ple en Espagne et en Suède), ont qual­i­fié des organ­i­sa­tions et mil­i­tants envi­ron­nemen­taux d’« écoter­ror­istes » et les ont com­parés à des organ­i­sa­tions crim­inelles (par exem­ple en Autriche, en Alle­magne, en France et au Roy­aume-Uni).

« Dans de nom­breux pays, il sem­ble qu’il soit devenu accept­able de com­par­er les man­i­fes­ta­tions per­tur­ba­tri­ces, telles que les blocages routiers ou l’oc­cu­pa­tion d’un site de con­struc­tion, au crime organ­isé, au ter­ror­isme, à la vio­lence et au meurtre de civils. En effet, de nom­breuses per­son­nal­ités poli­tiques, notam­ment des mem­bres du gou­verne­ment, font délibéré­ment l’a­mal­game entre « per­tur­ba­tion » et « vio­lence », jus­ti­fi­ant ain­si l’usage exces­sif de la force par les forces de l’or­dre à l’en­con­tre des man­i­fes­tants

Papi­er de posi­tion­nement de Michel Forst, Rap­por­teur Spé­cial des Nations Unies sur les Défenseurs de l’En­vi­ron­nement au titre de la Con­ven­tion d’Aarhus Févri­er 2024

S’ap­puyant sur plus d’un an de col­lecte d’informations dans les pays européens sig­nataires de la con­ven­tion d’Aarhus, le rap­port recense un grand nom­bre d’in­frac­tions comme : des inter­dic­tions de man­i­fester, des bru­tal­ités poli­cières, des humil­i­a­tions et des intim­i­da­tions en garde à vue, l’aug­men­ta­tion des pour­suites et des incul­pa­tions créa­tion grâce à la créa­tion de nou­veaux dél­its et de lour­des con­damna­tions… Le Rap­por­teur de l’ONU dénonce « une men­ace majeure pour la démoc­ra­tie ».

« Dans un con­texte où des par­lements créent de nou­velles infrac­tions pénales pour inter­dire les formes de man­i­fes­ta­tions util­isées par les mou­ve­ments envi­ron­nemen­taux ; où des mil­i­tants envi­ron­nemen­taux paci­fiques sont com­parés à des « ter­ror­istes » par des min­istres ; où des lois antiter­ror­istes sont util­isées con­tre les mil­i­tants envi­ron­nemen­taux pour les plac­er sous haute sur­veil­lance ; où la police utilise des canons à eau, des gaz poivrés, des gaz lacry­mogènes, des flash-balls ou des méth­odes délibéré­ment douloureuses, telles que les « pris­es de douleur », pour dis­pers­er des man­i­fes­ta­tions envi­ron­nemen­tales paci­fiques ; où des man­i­fes­tants sont arrêtés, soumis à des fouilles à nu et placés en garde à vue pen­dant plusieurs jours sans incul­pa­tion, dans le seul but de « véri­fi­er leur iden­tité » ; où des jour­nal­istes sont arrêtés alors qu’ils cou­vrent des man­i­fes­ta­tions envi­ron­nemen­tales ; et où des tri­bunaux infli­gent une peine de trois ans de prison à un mil­i­tant envi­ron­nemen­tal qui a blo­qué un pont : les États créent un cli­mat de peur et d’in­tim­i­da­tion pour les défenseurs de l’en­vi­ron­nement, en vio­la­tion de leurs oblig­a­tions inter­na­tionales, notam­ment de la Con­ven­tion d’Aarhus et du droit inter­na­tion­al en matière de droits humains. »

Papi­er de posi­tion­nement de Michel Forst, Rap­por­teur Spé­cial des Nations Unies sur les Défenseurs de l’En­vi­ron­nement au titre de la Con­ven­tion d’Aarhus Févri­er 2024

Le Rap­por­teur de l’ONU appelle les États à respecter leurs oblig­a­tions inter­na­tionales en matière de lib­erté d’ex­pres­sion, de réu­nion paci­fique et d’as­so­ci­a­tion dans leur ges­tion des man­i­fes­ta­tions et de la désobéis­sance civile envi­ron­nemen­tales, et à cess­er immé­di­ate­ment d’u­tilis­er des mesures conçues pour lut­ter con­tre le ter­ror­isme et la crim­i­nal­ité organ­isée à l’en­con­tre des défenseurs de l’en­vi­ron­nement.

“Eco-ter­ror­isme” : les luttes écologiques dans le viseur du min­istère de l’intérieur ? (tri­bune)

Des caméras cachées pour espi­onner les mou­ve­ments écol­o­gistes (Con­tre Attaque)

Affaire «Lafarge». Les moyens d’enquête util­isés et quelques atten­tions à en tir­er (Rebel­ly­on)

Les hiboux face à la jus­tice : état des lieux de la répres­sion à Bure (2019)

Traceurs, caméras cachées : espi­onnage de masse con­tre les luttes sociales et écol­o­gistes

Fadettes, UFED et don­nées de con­nex­ion : les tech­niques d’investigation numériques de la police (Paris­lut­te­in­fos)

Affaire du 8 décem­bre, vers une crim­i­nal­i­sa­tion de Sig­nal ? (HACN)

Droit à un envi­ron­nement sain : avancées judi­ci­aires (HACN)