Le Collectif ÉducNat veut rassembler les personnels de l’Education Nationale – et des parents – contre Bolloré, 1e éditeur scolaire (qui détient plus de la moitié du marché, jusqu’à 74% ?) à travers ses filiales Hachette Éducation, Armand Colin, Dunod, Edicef, Foucher, Larousse, mais aussi lelivrescolaire.fr/, plateforme collaborative qui permet à des enseignant.es (ou des équipes) d’éditer leurs productions…
Au delà de cette mainmise sur l’éducation des jeunes, le collectif y voit, pour Bolloré, un moyen de financer son empire médiatique (les CNews, Europe 1, le JDD…) à partir de financements publics, et d’y promouvoir ses idées d’extrême droite, réactionnaires, ainsi que sa volonté de déconstruire le service public.
Amorcé en 2025 (notamment par cet appel, s’incrivant dans l’action plus large Désarmer Bolloré, qui concerne aussi le cinéma, la culture au sens large), ce mouvement mobilise dans la France entière, avec la participation de militant.es Sud Education, FSU (SNUIPP, SNES…), CGT éduc’action… Il passe par des actions spectaculaires comme celle du 1e juillet 2026 devant le siège d’Hachette Livre, à Vanves (92), mais aussi par des motions votées en conseil d’administration (voir exemple ci-dessous), la mise en avant d’éditeurs alternatifs (regroupés dans le collectif Déborder Bolloré)…
Au delà, un chercheur y voit une désaffectation progressive du prêt à enseigner, avec pour certains la tentation de l’IA, mais plus sûrement l’inscription des enseignant.es dans des réseaux comme les ressources éducatives libres recommandées par l’UNESCO, dont les plateformes d’applications libres françaises (apps.education.fr, ELEA).
La part prise par les livres numériques et les plateformes dans la diffusion des contenus scolaires est massive même s’il est difficile d’obtenir un chiffrage précis (voir graphique en fin d’article). Les éditeurs classiques (dont ceux possédés par Bolloré) y prennent la plus large place… et la défendent. Une décision du tribunal administratif de Montreuil vient d’ailleurs de déclarer illégale l’édition de manuels scolaires numériques gratuits par la région Ile-de-France (plateforme Pearltrees) car ce serait une atteinte à la liberté du commerce…
Qui possède quoi ?
Exemple de motion à déposer en CA (de collège ou de lycée)
Motion des représentant·es des personnels déposée au CA du [date] du [nom de l’établissement]
Les personnels alertent sur la question des manuels scolaires. Ces ouvrages, sont des outils importants au service des enseignements que nous dispensons. Ils sont acquis par les établissements qui les financent sur fonds publics.
L’édition scolaire est largement dominée par le groupe Hachette, qui détient, outre les éditions Hachette, Dunod, Hatier, Le livre scolaire, Foucher, … Ce groupe a été racheté en 2023 par Vincent Bolloré, homme d’affaires et milliardaire. Les activités économiques et politiques de Vincent Bolloré heurtent les professionnel·le·s de l’éducation que nous sommes, elles sont en totale contradiction avec ce que nous défendons au quotidien dans nos salles de classe.
De fait, Vincent Bolloré est à la tête d’entreprises dont les activités, en Afrique et en Asie, portent de graves atteintes aux droits humains, notamment à ceux des enfants, sont responsables du pillage de ressources et d’une exploitation écocidaire des terres. Vincent Bolloré est par ailleurs un soutien affiché de l’extrême droite, comme en témoignent les lignes éditoriales des médias qu’il a acquis et fait passer sous sa coupe, relais d’idées réactionnaires, propageant le racisme et la xénophobie, le sexisme, les attaques et injures contre les personnes LGBTQI+.
Certes, ces idées ne transparaissent pas dans les manuels scolaires et les livres édités par le groupe Hachette. Pourtant leur acquisition par notre établissement représente autant de fonds publics qui sont captés au service des activités et de la bataille idéologique que mène Vincent Bolloré.
Nous refusons que du financement public soit versé à un groupe dont l’actionnaire principal œuvre au développement de l’extrême droite, à l’exploitation des personnes, au saccage de la planète. Cette exigence nous semble en cohérence avec la mission de service public d’éducation dans laquelle nous sommes engagé·es, en cohérence avec les enseignements que nous dispensons, avec le travail que nous accomplissons au quotidien auprès des élèves.
D’autres maisons d’édition que celles du groupe Hachette existent, notamment des maisons d’édition indépendantes, de taille modeste, soucieuses de produire des contenus riches et divers, attentives à ne pas reproduire les biais sexistes, racistes, validistes qui entachent encore trop souvent nos manuels scolaires. Les professionnel·le·s de l’éducation que nous sommes s’engagent à faire des choix pédagogiques privilégiant ces maisons d’édition quand bien même les prix des ouvrages qu’elles proposent seraient plus élevés. Nous demandons à être soutenu·es dans cette démarche, nous demandons qu’un travail de réflexion soit mené et que des décisions soient prises au sein de notre établissement, par le Conseil d’administration, pour que cessent les financements au groupe Hachette via l’achat de manuels scolaires et de livres pour le CDI.
Utilisation du numérique en classe (source OCDE 2024)

