Verney-Carron fabriquera les remplaçants des LBD

Image tirée du site Vio­lences Poli­cières

Le fab­ri­cant stéphanois d’armes de chas­se et d’“armes non létales” (voir ci-dessous) vient de rem­porter un impor­tant marché ouvert par le min­istère de l’Intérieur, con­cer­nant la four­ni­ture de plusieurs mil­liers de lanceurs mono-coup des­tinés à équiper les forces de l’ordre.

Cette entre­prise ren­con­tre des dif­fi­cultés économiques depuis de nom­breuses années. En 2019 elle avait ten­té de se ren­flouer en impor­tant en France une tech­nolo­gie de sur­veil­lance (util­isée à Bag­dad et Kaboul) par des micros implan­tés dans les rues. A Saint-Éti­enne, c’é­tait le pro­jet Sérénic­i­ty fourni à la ville (et à son maire, le sieur Per­dri­au). Pro­jet que nous avons com­bat­tu, vic­to­rieuse­ment !

Depuis, cette entre­prise s’est réori­en­tée vers le main­tien de l’or­dre, tout aus­si con­testable. Notam­ment parce que l’emploi des armes pré­ten­dues “non létales” a fait beau­coup de vic­times, et traduit la bas­cule de l’État français dans une poli­tique de soumis­sion de sa pop­u­la­tion.

Le sauve­tage d’une entre­prise et les éventuelles créa­tions d’emploi doivent être mis en regard de la dan­gerosité des pro­duc­tions, et de leur usage dans une pra­tique vio­lem­ment répres­sive. On ne peut pas non plus ignor­er l’ex­por­ta­tion de ce type d’arme en direc­tion de régimes dic­ta­to­ri­aux et crim­inels (voir ceux de l’Indonésie).

D’après Le Pro­grès du 1e juil­let, “le fab­ri­cant d’armes stéphanois va fab­ri­quer, dans les qua­tre prochaines années, env­i­ron 6 000 lanceurs mono-coup 40 mil­limètres pour la gen­darmerie nationale, la police nationale et l’administration péni­ten­ti­aire. Ces armes non létales peu­vent tir­er des balles de 40 mm ain­si que des grenades lacry­mogènes ou assour­dis­santes par exem­ple. Elles vien­dront rem­plac­er pro­gres­sive­ment les LBD 40 suiss­es actuelle­ment util­isés.

Nous avons dévelop­pé ce lanceur spé­ci­fique­ment pour cet appel d’offres. Cette com­mande valide notre stratégie. C’est une très bonne chose pour le redé­ploiement de Ver­ney-Car­ron ; nous avons été très heureux de pou­voir l’annoncer hier aux salariés”, se réjouit Arnaud Van Robais, le prési­dent de Riv­o­li­er, groupe basé à Saint-Just-Saint-Ram­bert (150 mil­lions d’euros de chiffre d’affaires et 320 salariés), spé­cial­isé notam­ment dans la dis­tri­b­u­tion d’équipements et armes pour les marchés de la chas­se, de la sécu­rité, de la défense et des loisirs [qui a racheté Ver­ney-Car­ron en juin 2025, avec un groupe tchèque, RSBC] .

L’accord portera aus­si (d’après La Tri­bune) sur le lanceur deux coups de la PME stéphanoise, le “Cobra”, conçu ini­tiale­ment pour les CRS français dans le cadre d’un appel d’offres validé en 2023 (3.000 armes) et actuelle­ment en cours de fab­ri­ca­tion.

En par­al­lèle, l’industriel espère revenir un jour dans la course, pour le compte du min­istère de l’intérieur, avec son Flas­ball, lanceur de balles de défense de 44 mm, avec lesquels il avait équipé la gen­darmerie et la police nationale dans les années 90 et 2000. Avant d’être mis de côté à la fin des années 2000 au prof­it du LBD 40 (cal­i­bre de 40 mm) du Suisse Brüg­ger & Thomet, con­sid­éré comme plus pré­cis.

Ver­ney-Car­ron fab­rique tou­jours le Flash­ball pour les polices munic­i­pales français­es et pour l’export. Elle tra­vaille à son évo­lu­tion : “nous espérons un jour fab­ri­quer de nou­veau des Flash­balls pour la gen­darmerie française et la police, mais nous devons encore tra­vailler sur la pré­ci­sion des pro­jec­tiles afin qu’ils soient bien adap­tés aux con­traintes, par exem­ple pen­dant les man­i­fes­ta­tions.

“Nous comp­tons en par­al­lèle met­tre des moyens dans l’export de ces deux armes [nou­veau lanceur mono­coup et Cobra)”, pré­cise Arnaud Van Robais. À cet effet, il devrait sign­er en sep­tem­bre prochain un accord très impor­tant avec le groupe brésilien Con­dor, un des prin­ci­paux fab­ri­cants mon­di­aux d‘équipements de main­tien de l’ordre non létaux, en par­ti­c­uli­er de muni­tions. “Ils vont référencer nos deux lanceurs 40 mm dans le monde entier, avec une offre com­binée com­prenant l’arme et les muni­tions.

Le mon­tant du marché se monte à 15 mil­lions d’€, soit l’équivalent de presque trois ans du chiffre d’affaires actuel de Ver­ney-Car­ron. 400 000 euros d’investissement vont être néces­saires dans l’acquisition de nou­veaux out­il­lages. En 2025, Ver­ney-Car­ron avait réal­isé 3,5 mil­lions d’euros de chiffre d’affaires et devrait atter­rir à 6 mil­lions cette année. Elle vise les 9 mil­lions en 2030. Elle compte actuelle­ment 57 salariés et, pour le dirigeant de l’en­tre­prise, le nou­veau marché “sera un accéléra­teur extra­or­di­naire”. Si l’envolée se con­firme, des recrute­ments seront opérés.

D’après Wikipé­dia, une arme non létale, égale­ment appelée sub­lé­tale ou inca­pac­i­tante, est une arme conçue pour que la cible ne soit théorique­ment pas tuée ou blessée lour­de­ment. Ce type d’arme est prin­ci­pale­ment util­isé pour le main­tien de l’or­dre, dans la dis­per­sion d’émeutes et l’au­todéfense.

Or de nom­breuses enquêtes prou­vent que ce type d’arme­ment blesse, mutile et tue. Ain­si, l’inven­taire des vio­lences poli­cières (qui a repris cer­taines don­nées des travaux de David Dufresne au moment de la répres­sion des Gilets Jaunes) chiffre pour les seuls lanceurs de balle de défense (type LBD40) à 34 vic­times mutilées ou ayant per­du l’usage d’un œil depuis 2018, 54 vic­times graves et 627 autres vic­times, dont 28% blessées à la tête.

Le site Bas­ta! chiffre aus­si le nom­bre total de vic­times des vio­lences poli­cières depuis 15 ans, comme présen­té ci-dessous. d’après son bilan 2025, il y a eu 49 tués. Une nou­velle base devrait être mise en ligne prochaine­ment. Pour 2026, le site Désar­mons-les inven­to­rie déjà 26 morts.

Par ailleurs, dans son essai Gaz­er, mutil­er, soumet­tre. Poli­tique de l’arme non létale (La Fab­rique, 2020), l’économiste Paul Rocher esquisse une généalo­gie des armes non létales, de l’idéologie qui les sous-tend et de la vision du monde qu’elles pro­duisent. À ses yeux, loin d’être de sim­ples out­ils, ces armes imposent le pro­jet néolibéral dans la chair et l’esprit de la pop­u­la­tion (voir présen­ta­tion de son ouvrage).

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