Contre l’Iran, dès les premières attaques, les États-Unis et Israël ont utilisé le ciblage par IA pour multiplier les frappes conjointes, et étouffer ainsi les systèmes de défense adverses. Les décisions de ciblage ont été prises en associant Maven, de Palantir, et Claude AI, créé par Anthropic, soit deux des plus grosses entreprises développant des IA dans le monde. C’est clairement une bascule de la guerre dans une automatisation sans véritable contrôle humain.
Parallèlement, les budgets militaires explosent, particulièrement en Europe qui a plus que triplé ses importations d’armes, principalement américaines (plus 217 % d’exportations vers l’Europe), selon le rapport du SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute), ONG suédoise qui fait référence.
Les robots tueurs, ultra meurtriers
Ce type de système d’armement, présenté par ses promoteurs comme beaucoup plus précis dans son ciblage, donc potentiellement moins meurtrier, se révèle au contraire à l’usage comme un des facteurs de la multiplication des tueries.
L’un des lieux majeurs de son utilisation est la guerre que l’État d’Israël vient de mener contre la population gazaouie depuis le 8 novembre 2023 (et qui n’est pas achevée à ce jour, bien qu’un accord de cesser le feu ait été approuvé par les États-Unis et Israël le 8 octobre 2025).
Plusieurs caractéristiques sont en cause dans la multiplication des massacres :
– l’IA permet de multiplier les ordres de tir simultanés, alors que l’agent humain était forcément limité dans sa capacité à gérer simultanément les informations.
– avec l’IA, on accède à une guerre « réglable », avec un taux admissible de victimes collatérales. Or les états-majors, bien loin de choisir les taux les plus « économes en vies humaines », ont au contraire tendance à opter pour des taux « larges » qui leur garantissent que la cible principale sera vraiment « éliminée »
– le taux d’erreur – sur le fait que la cible soit vraiment à éliminer (à Gaza, c’est l’appartenance de la cible au Hamas) – est assez considérable (plus de 10%) sans que cela gène ceux qui ont décidé de cette cible.
– à Gaza, délibérément il a été décidé d’attendre que la personne visée soit rentrée chez elle pour lancer l’ordre de tuer, ce qui a abouti à tuer toute sa famille.
– si le ciblage par IA était – relativement – individualisé, le choix des armes utilisées pour exécuter – des bombes américaines, balancées en altitude – arrosaient bien plus que l’individu en question. Notamment parce que ces bombes « stupides » ne sont pas toujours « guidées ».
– globalement, le passage par l’IA décharge de toute responsabilité les opérateurs et les officiers supérieurs… Il faudra sans doute de nouvelles jurisprudences pour désigner les responsabilités face au droit de la guerre.
Résultat : comme l’ont eux-même analysé les services israéliens (rapporté par le site israélo-palestinien + 972, devenu la référence car des militaires israéliens y contribuent), la guerre contre Gaza aura abouti à une tuerie où, parmi les victimes, plus de 83 % étaient des civils (sans précédent dans les guerres modernes), dont beaucoup d’enfants, de femmes, de vieillards…
Un collectif international, Stop Killer Robots, conteste cette évolution de l’armement vers ces dispositifs automatisés qui peuvent prendre la forme de drones ou de missiles autoguidés, de batteries de canons, de chars sans pilote, de sous-marins lance torpille…
L’un de ses moyens d’actions est de pousser à des accords à l’ONU. Ainsi, début mars 2026, une première réunion du Groupe d’experts gouvernementaux sur les armes létales autonomes a réuni à l’ONU 42 des 128 États déjà engagés dans une « Convention sur certaines armes classiques ». Ces processus diplomatiques, longs et moins spectaculaires que les déclarations d’un Trump, peuvent aboutir à des accords plus ou moins contraignants, tels que la « convention pour l’interdiction des mines antipersonnel » qui a impliqué 162 pays… Mais depuis, certains en sont sortis (Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Finlande, suite au déclenchement de la guerre en Ukraine).
Les États surinvestissent dans l’armement…
Le rapport annuel du SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute) vient de paraître, Le communiqué qui le présente a été traduit par Aziza Riahi, de l’Observatoire des armements (ObsArm, ONG lyonnaise de référence en France, avec laquelle nous échangeons). Un de ses responsables constatela forte augmentation des importations européennes, qui représentent aujourd’hui 33 % du total mondial (en progression de 210 % par rapport à la période 2016-2020). Les livraisons à l’Ukraine depuis 2022 jouent bien sûr, mais la plupart des autres États européens se sont également mis à importer beaucoup plus d’armes.
La France est le deuxième plus grand fournisseur mondial d’armes en 2021-25, représentant 9,8 % des exportations mondiales, en progression de 21 % (en direction de l’Inde, 24 % ; l’Égypte, 11 % ; la Grèce, 10 %…). Les exportations françaises ont plus que quintuplé vers l’Europe (+ 452 %), mais près de 80 % d’entre elles continuent de se faire en dehors.
Israël, septième plus grand exportateur d’armes (4,4 %), dépasse pour la première fois le Royaume-Uni (3,4 %). Ce pays se concentre sur les systèmes de défense aérienne, mais doit importer plusieurs types d’équipements essentiels, dont les bombes guidées, les missiles (américains principalement, mais la France peut fournir des sous-ensembles).
Contrairement à une perception répandue, l’Asie est plutôt en retrait (-20%), notamment la Chine (-72%), et même l’Inde (-4%). Par contre, le Japon (+76 %) et Taïwan (+54 %) se réarment massivement, face à la menace chinoise. L’inde a, de son coté, à faire avec l’affrontement larvé face au Pakistan.
Au Moyen-Orient, les importations d’armes ont diminué de 13 %, mais plusieurs pays figurent parmi les dix plus grands importateurs d’armes au monde : l’Arabie saoudite (6,8 %), le Qatar (6,4 %) et le Koweït (2,8 %). L’actuelle guerre contre l’Iran devrait relancer cette course à l’armement.
Dans le reste du monde :
– Les importations par les États africains ont chuté de 41 %, avec des variantes en Algérie (-78 %), au Maroc (+12 %).
– celles par les États d’Amérique du Sud ont augmenté de 31 %.
« Si vis pacem, para bellum » (si tu veux la paix, prépare la guerre) est cet adage bête … et méchant des militaristes de tout poil qui revient en force aujourd’hui. Il est simple de vérifier que la Russie (qui a doublé son investissement militaire depuis 2015), ou Israël, qui y consacre 8,8 % de son PIB, n’ont pas vraiment renoncé à faire la guerre…
La chercheuse Séverine Autesserre (université Columbia, USA) défend une approche de la paix « par le bas« , qui consiste à redonner le pouvoir aux « citoyens ordinaires ». Son livre : « Sur les fronts de la paix. Guide de l’activiste pour un monde nouveau » (éditions de la Maison des sciences de l’homme).
