Si tu veux la paix, prépare-la !

“Si vis pacem, para bel­lum (si tu veux la paix, pré­pare la guerre) est cet adage bête … et méchant des mil­i­taristes de tout poil qui revient en force aujour­d’hui.

Il est sim­ple de véri­fi­er que la Russie (qui a dou­blé son investisse­ment mil­i­taire depuis 2015), ou Israël, qui con­sacre 8,8 % de son PIB à son armée (le deux­ième taux le plus élevé au monde) s’en ser­vent pour mas­sacr­er, et ignorent toute recherche de la paix avec leurs voisins. En la matière, tout mil­i­taire ou dirigeant est ten­té à un moment d’u­tilis­er son “jou­et” et saura le jus­ti­fi­er par l’évo­ca­tion d’une “men­ace” et/ou d’une supéri­or­ité espérée.

Le monde s’arme aujour­d’hui. Il est temps d’imag­in­er ensem­ble la voie d’une dés­escalade…

Hausse sans précé­dent des dépens­es mil­i­taires mon­di­ales, avec un bond en Europe et au Moyen-Ori­ent

Les dépens­es mil­i­taires mon­di­ales ont atteint 2 718 mil­liards de dol­lars en 2024, soit une aug­men­ta­tion de 9,4 % en ter­mes réels par rap­port à 2023. La plus forte hausse annuelle jamais enreg­istrée depuis au moins la fin de la guerre froide. Les dépens­es mil­i­taires ont aug­men­té dans toutes les régions du monde, avec une hausse par­ti­c­ulière­ment rapi­de en Europe et au Moyen-Ori­ent. Les cinq plus grands dépen­siers – États-Unis, Chine, Russie, Alle­magne et Inde – con­cen­trent 60 % du total mon­di­al.

Les dépens­es mil­i­taires mon­di­ales ont atteint 2 718 mil­liards de dol­lars en 2024, soit la dix­ième année con­séc­u­tive de hausse. Les 15 plus grands dépen­siers au monde ont tous aug­men­té leurs dépens­es mil­i­taires en 2024. Le fardeau mil­i­taire mon­di­al, c’est-à-dire la part du pro­duit intérieur brut (PIB) mon­di­al con­sacrée aux dépens­es mil­i­taires, a atteint 2,5 % cette même année.

Plus de 100 pays à tra­vers le monde ont aug­men­té leurs dépens­es mil­i­taires en 2024. Alors que les gou­verne­ments accor­dent de plus en plus la pri­or­ité à la sécu­rité mil­i­taire, sou­vent au détri­ment d’autres secteurs budgé­taires, les com­pro­mis qui en découlent pour­raient avoir un impact socio-économique sig­ni­fi­catif dans les années à venir”, souligne Xiao Liang, chercheur au pro­gramme Dépens­es mil­i­taires et pro­duc­tion d’armement du Sipri.

Les dépens­es mil­i­taires en Europe (Russie incluse) ont aug­men­té de 17 % pour attein­dre 693 mil­liards de dol­lars et sont le prin­ci­pal fac­teur de la hausse au niveau mon­di­al en 2024. Alors que la guerre en Ukraine entrait dans sa troisième année, les dépens­es mil­i­taires ont con­tin­ué d’augmenter sur tout le con­ti­nent, pous­sant les dépens­es mil­i­taires européennes au-delà du niveau enreg­istré à la fin de la guerre froide. Tous les pays européens ont aug­men­té leurs dépens­es mil­i­taires en 2024, à l’exception de Malte.

Les dépens­es mil­i­taires de la Russie ont atteint env­i­ron 149 mil­liards de dol­lars en 2024, soit une aug­men­ta­tion de 38 % par rap­port à 2023 et le dou­ble du niveau de 2015. Cela représente 7,1 % du PIB russe et 19 % de l’ensemble des dépens­es publiques russ­es. Les dépens­es mil­i­taires totales de l’Ukraine ont aug­men­té de 2,9 % pour attein­dre 64,7 mil­liards de dol­lars, soit l’équivalent de 43 % des dépens­es de la Russie. Avec 34 % du PIB, l’Ukraine enreg­is­trait le fardeau mil­i­taire le plus lourd de tous les pays en 2024.

La Russie a une fois de plus con­sid­érable­ment aug­men­té ses dépens­es mil­i­taires, creu­sant ain­si l’écart budgé­taire avec l’Ukraine”, pré­cise Diego Lopes da Sil­va, chercheur prin­ci­pal au pro­gramme Dépens­es mil­i­taires et pro­duc­tion d’armement du Sipri. “L’Ukraine con­sacre actuelle­ment la total­ité de ses recettes fis­cales à son armée. Dans un con­texte budgé­taire aus­si ser­ré, il lui sera dif­fi­cile de con­tin­uer à aug­menter ses dépens­es mil­i­taires.

Plusieurs pays d’Europe cen­trale et occi­den­tale ont enreg­istré une hausse sans précé­dent de leurs dépens­es mil­i­taires en 2024, suite à la mise en œuvre de nou­veaux engage­ments budgé­taires et de plans d’approvisionnement à grande échelle. Les dépens­es mil­i­taires de l’Alle­magne ont aug­men­té de 28 % pour attein­dre 88,5 mil­liards de dol­lars, ce qui en fait le plus grand dépen­si­er d’Europe cen­trale et occi­den­tale et le qua­trième au monde.

Les dépens­es mil­i­taires de la Pologne ont aug­men­té de 31 % pour attein­dre 38,0 mil­liards de dol­lars en 2024, ce qui représente 4,2 % du PIB polon­ais.

Pour la pre­mière fois depuis la réu­ni­fi­ca­tion, l’Allemagne est dev­enue le pre­mier pays d’Europe occi­den­tale à dépenser le plus pour ses forces armées, grâce au fonds spé­cial de défense de 100 mil­liards d’euros annon­cé en 2022″, déclare Loren­zo Scaraz­za­to, chercheur au pro­gramme Dépens­es mil­i­taires et pro­duc­tion d’armement du Sipri. “Les dernières poli­tiques adop­tées en Alle­magne et dans de nom­breux autres pays européens augurent de l’entrée de l’Europe dans une péri­ode de dépens­es mil­i­taires élevées et crois­santes, qui devrait se pour­suiv­re dans un avenir prévis­i­ble.

Tous les mem­bres de l’Otan ont aug­men­té leurs dépens­es mil­i­taires en 2024. Le total de leurs dépens­es s’élève à 1 506 mil­liards de dol­lars, soit 55 % des dépens­es mil­i­taires mon­di­ales. Sur les 32 mem­bres de l’Otan, 18 ont con­sacré au moins 2,0 % de leur PIB à leurs forces armées, selon la méthodolo­gie du Sipri, con­tre 11 en 2023. C’est la part la plus élevée depuis l’adoption par l’OTAN en 2014 de la direc­tive sur les dépens­es de défense.

Les dépens­es mil­i­taires des États-Unis ont aug­men­té de 5,7 % pour attein­dre 997 mil­liards de dol­lars, soit 66 % des dépens­es totales de l’Otan et 37 % des dépens­es mil­i­taires mon­di­ales en 2024. Une part impor­tante du bud­get améri­cain est con­sacrée à la mod­erni­sa­tion des capac­ités mil­i­taires et de l’arsenal nucléaire afin de main­tenir un avan­tage stratégique sur la Russie et la Chine.

Les mem­bres européens de l’Otan ont dépen­sé 454 mil­liards de dol­lars, soit 30 % du total des dépens­es de l’alliance.

L’augmentation rapi­de des dépens­es des mem­bres européens de l’Otan est prin­ci­pale­ment due à la per­sis­tance de la men­ace russe et aux inquié­tudes con­cer­nant un éventuel désen­gage­ment améri­cain au sein de l’alliance”, pré­cise Jade Guib­erteau Ricard, assis­tante de recherche au pro­gramme Dépens­es mil­i­taires et pro­duc­tion d’armement du Sipri. “Il est impor­tant de soulign­er qu’une sim­ple hausse des dépens­es ne se traduira pas néces­saire­ment par une aug­men­ta­tion sig­ni­fica­tive des capac­ités mil­i­taires ou par une indépen­dance vis-à-vis des États-Unis. Ce sont des tâch­es bien plus com­plex­es.

Les dépens­es mil­i­taires au Moyen-Ori­ent s’élèvent à env­i­ron 243 mil­liards de dol­lars en 2024, soit une aug­men­ta­tion de 15 % par rap­port à 2023 et de 19 % par rap­port à 2015.

Les dépens­es mil­i­taires d’Israël ont bon­di de 65 % pour attein­dre 46,5 mil­liards de dol­lars en 2024 – la plus forte aug­men­ta­tion annuelle depuis la guerre des Six Jours en 1967 – tan­dis que le pays pour­suiv­ait sa guerre à Gaza et inten­si­fi­ait le con­flit avec le Hezbol­lah au sud du Liban. Son fardeau mil­i­taire a atteint 8,8 % du PIB, le deux­ième plus élevé au monde. Les dépens­es mil­i­taires du Liban ont aug­men­té de 58 % en 2024 pour attein­dre 635 mil­lions de dol­lars, après plusieurs années de baisse des dépens­es en rai­son de la crise économique et poli­tique.

Con­traire­ment au pronos­tic atten­du selon lequel de nom­breux pays du Moyen-Ori­ent aug­menteraient leurs dépens­es mil­i­taires en 2024, les hauss­es majeures ne se sont lim­itées qu’à Israël et au Liban”, pré­cise Zubai­da Karim, assis­tante de recherche au pro­gramme Dépens­es mil­i­taires et pro­duc­tion d’armement du Sipri. “Ailleurs, les pays n’ont pas aug­men­té leurs dépens­es de manière sig­ni­fica­tive en réponse à la guerre à Gaza ou en ont été empêchés par des con­traintes économiques.

Les dépens­es mil­i­taires de l’Iran ont dimin­ué de 10 % en ter­mes réels pour attein­dre 7,9 mil­liards de dol­lars en 2024, et ce mal­gré son impli­ca­tion dans des con­flits et son sou­tien à des inter­mé­di­aires régionaux. L’impact des sanc­tions sur l’Iran a forte­ment lim­ité sa capac­ité à aug­menter ses dépens­es.

La Chine, deux­ième plus grand dépen­si­er mil­i­taire au monde, a aug­men­té ses dépens­es de 7 %, pour attein­dre env­i­ron 314 mil­liards de dol­lars, mar­quant ain­si trois décen­nies d’augmentations con­séc­u­tives. La Chine représente 50 % de toutes les dépens­es mil­i­taires en Asie-Océanie, investis­sant dans la mod­erni­sa­tion con­tin­ue de son armée et dans le ren­force­ment de ses capac­ités en matière de cyber­guerre et d’arsenal nucléaire.

Les dépens­es mil­i­taires du Japon ont aug­men­té de 21 % pour attein­dre 55,3 mil­liards de dol­lars en 2024, soit la plus forte hausse annuelle depuis 1952. Son fardeau mil­i­taire a atteint 1,4 % du PIB, son niveau le plus élevé depuis 1958. Les dépens­es mil­i­taires de l’Inde, cinquième plus grand dépen­si­er au monde, ont aug­men­té de 1,6 % pour attein­dre 86,1 mil­liards de dol­lars. Les dépens­es de Taïwan ont aug­men­té de 1,8 % en 2024, s’élevant à 16,5 mil­liards de dol­lars.

Les prin­ci­paux dépen­siers dans la région Asie-Paci­fique investis­sent de plus en plus dans les capac­ités mil­i­taires avancées”, souligne Nan Tian, directeur du pro­gramme Dépens­es mil­i­taires et pro­duc­tion d’armement du Sipri. “Avec plusieurs con­flits non réso­lus et des ten­sions crois­santes, ces investisse­ments risquent d’entraîner la région dans une dan­gereuse spi­rale de course aux arme­ments.

  • En 2024, le Roy­aume-Uni a aug­men­té ses dépens­es mil­i­taires de 2,8 % pour attein­dre 81,8 mil­liards de dol­lars, ce qui en fait le six­ième pays le plus dépen­si­er au monde. Les dépens­es mil­i­taires de la France ont aug­men­té de 6,1 % pour attein­dre 64,7 mil­liards de dol­lars, c’est le neu­vième pays le plus dépen­si­er.
  • La Suède a aug­men­té ses dépens­es mil­i­taires de 34 % en 2024, pour attein­dre 12 mil­liards de dol­lars. Au cours de sa pre­mière année d’adhésion à l’Otan, le fardeau mil­i­taire de la Suède a atteint 2 % du PIB.
  • L’Ara­bie saou­dite est le plus grand dépen­si­er du Moyen-Ori­ent en 2024 et le sep­tième au monde. Ses dépens­es mil­i­taires ont con­nu une mod­este aug­men­ta­tion de 1,5 %, atteignant env­i­ron 80,3 mil­liards de dol­lars, mais tou­jours inférieures de 20 % à celles de 2015, année où les revenus pétroliers du pays avaient atteint leur pic.
  • Les dépens­es mil­i­taires du Myan­mar ont bon­di de 66 % en 2024 pour attein­dre env­i­ron 5 mil­liards de dol­lars, soit le taux de crois­sance le plus élevé en Asie-Océanie, tan­dis que les con­flits internes s’intensifiaient.
  • Les dépens­es mil­i­taires du Mex­ique ont aug­men­té de 39 %, pour attein­dre 16,7 mil­liards de dol­lars en 2024, afin de financer prin­ci­pale­ment le ren­force­ment de la Garde nationale et de la marine qui par­ticipent à la réponse mil­i­tarisée du gou­verne­ment au crime organ­isé.
  • Les dépens­es mil­i­taires en Afrique ont atteint 52,1 mil­liards de dol­lars en 2024, soit une aug­men­ta­tion de 3 % par rap­port à 2023 et de 11 % par rap­port à 2015.

Tra­duc­tion française : Aziza Riahi, Obser­va­toire des arme­ments