Gaza : tuerie par IA

D’après l’U­NICEF, au 7 mai 2024, 34 735 per­son­nes, dont plus de 14 000 enfants enfants et au moins 9 000 femmes, seraient décédées dans la bande de Gaza. Plus de 78 000 per­son­nes auraient été blessées, dont 12 300 enfants. Plus de 17 000 enfants sont séparés de leurs par­entsDes dizaines de mil­liers d’autres sont porté.es disparu.es. Les femmes et les enfants représen­tent au moins 70 % des vic­times.

82 % des infra­struc­tures de san­té, 87 % des infra­struc­tures sco­laires, les instal­la­tions agri­coles ou d’accès à l’eau ont été endom­magées ou détru­ites.

Et, au delà de Gaza, d’autres zones sont touchées par cette folie meur­trière : la Cisjor­danie, le Liban, la Syrie, la Jor­danie, et Israël le 7 octo­bre.

Israël était, avant cette guerre, le parangon de la tech­nolo­gie élec­tron­ique et numérique appliquée à la sur­veil­lance et aux tech­niques mil­i­taires.

Le 7 octo­bre a bien mon­tré la fail­lite de ces dis­posi­tifs comme nous le soulignions en faisant un par­ral­lèle avec Nice (Israël, Nice… : la chimère des approches cyber-sécu­ri­taires), laque­lle ville est juste­ment la vit­rine util­isée par les start-up tech­no-sécu­ri­taires israéli­ennes en France. A sa suite, Brief­cam équiperait 200 com­munes français­es et la police nationale, et per­me­t­trait le pas­sage qua­si instan­ta­né à la recon­nais­sance faciale…

Depuis, l’ar­mée israéli­enne a déployé un arse­nal tech­nologique con­sid­érable, dont de nom­breux médias ont ten­té l’in­ven­taire en terme d’arme­ment mais aus­si de con­trôle des réseaux soci­aux (décrit dans les arti­cles Israël utilise des drones snipers à Gaza, la guerre par l’IA ; Pales­tine : arrêtez le mas­sacre ! ; Réseaux soci­aux sur Israël/Gaza : entre cen­sure des voix pales­tini­ennes et ampli­fi­ca­tion des haines…).

Un arti­cle des médias israé­lo-pales­tiniens +972 Mag­a­zine et Local Call (en anglais ici, traduit par l’As­so­ci­a­tion France Pales­tine ici) a pré­cisé l’usage de l’ ”intel­li­gence arti­fi­cielle” dans le meurtre de masse per­pétré.

Les logi­ciels suiv­ants sont util­isés, aux doux noms de

Alchemist : facilite les ripostes en cas d’attaque visant le ter­ri­toire israélien.

Depth of Wis­dom : car­togra­phie les sols et les sous-sols de la bande de Gaza (pour repér­er les tun­nels du Hamas).

Fire Fac­to­ry : génère en temps réel des plans de frappe par avions et par drones, en fonc­tion du type de cible.

Hab­so­ra ou “The Gospel” : mar­que les bâti­ments et les struc­tures à par­tir desquels, selon l’armée, les adver­saires opèrent. Il per­met de con­naître pré­cisé­ment le nom­bre de civils sus­cep­ti­bles d’être tués lors d’une frappe. Il divise les cibles en 4 caté­gories : “tac­tiques” (caches d’armes, sites de lance­ment de roquettes ou postes d’observation) ; “souter­raines” (tun­nels) ; “de puis­sance” (tours rési­den­tielles et bâti­ments publics tels qu’u­ni­ver­sités, ban­ques, bâti­ments gou­verne­men­taux : détru­ites afin de révolter la société pales­tini­enne pour la con­duire à exercer une pres­sion sur le Hamas) ; “rési­dences famil­iales” (celles sup­posées abrit­er les familles de mem­bres du Hamas).

Laven­der (Lavande) : lui mar­que les indi­vidus (sup­posés ter­ror­istes) et les inscrit sur une liste de per­son­nes à abat­tre. Laven­der analyse des infor­ma­tions col­lec­tées sur les 2,3 mil­lions de Gazaoui·es (écoute des com­mu­ni­ca­tions avec accès au con­tenu des télé­phones, aux méta­don­nées…). Une “note de sécu­rité” com­prise entre 1 et 100 est ensuite attribuée à chaque Gaza­oui, en fonc­tion de la prob­a­bil­ité qu’il appar­ti­enne au Hamas.

Where’s Dad­dy ? (Où est papa ?) : est util­isé pour suiv­re les indi­vidus ciblés jusqu’à leur entrée dans les rési­dences de leur famille. Une alerte automa­tique est alors envoyée à l’officier de ciblage, qui désigne ensuite l’habitation pour une frappe aéri­enne.

Comme ces sys­tèmes cen­tralisent beau­coup de don­nées pour con­stituer des “dossiers d’objectifs”, ils utilisent toutes celles col­lec­tées par les sys­tèmes de sur­veil­lance, notam­ment bio­métriques, déployés autour de Gaza (caméras, recon­nais­sance faciale, drones, satel­lites, cap­teurs souter­rains et marins…). Qua­si­ment toute la pop­u­la­tion gaza­oui est fichée, depuis plusieurs années.

Ces dossiers d’objectifs com­por­tent des cartes et des images satel­lite de local­i­sa­tion des cibles, ils pré­cisent égale­ment les types de muni­tions à priv­ilégi­er, ain­si que les points d’impact poten­tiels et les con­séquences prob­a­bles des frappes. Ils per­me­t­tent ain­si de mul­ti­pli­er les frappes qui sont automa­tique­ment sug­gérées.

Cela induit une “poli­tique du chiffre”, les mil­i­taires étant jugés sur la quan­tité de cibles qu’ils arrivent à désign­er, pas sur leur “qual­ité”, dans le but de créer un effet de choc au sein de la pop­u­la­tion gaza­ouie. Cela occa­sionne un nom­bre colos­sal de vic­times, majori­taire­ment civiles.

L’emploi de ces logi­ciels con­duit au glisse­ment des con­signes vers un “tou­jours plus” meur­tri­er : alors qu’Hab­so­ra per­met de con­naître théorique­ment le nom­bre de civils sus­cep­ti­bles d’être tués lors d’une frappe, les con­signes ont glis­sé d’un “aucun dom­mage col­latéral pour élim­in­er un seul haut respon­s­able adverse vers la cen­taine de morts civiles accep­tées pour neu­tralis­er un mem­bre sub­al­terne. Même chose pour la destruc­tion d’immeubles entiers pour abat­tre une unique cible réper­toriée, comme en témoigne la frappe sur le camp de réfugiés de Jabaliya, le 31 octo­bre 2023, qui visait un seul des dirigeants de l’attaque du 7 octo­bre et qui a fait 126 morts, selon le col­lec­tif Air­wars. Par ailleurs, l’armée israéli­enne a sys­té­ma­tique­ment attaqué les per­son­nes ciblées alors qu’elles se trou­vaient chez elles – générale­ment la nuit, en présence de toute leur famille – plutôt qu’au cours d’une activ­ité mil­i­taire.

Ces sys­tèmes com­met­tent beau­coup d’“erreurs” (au moins dans 10 % de cas, avoue le con­cep­teur de Laven­der). Et il est con­nu pour mar­quer occa­sion­nelle­ment des indi­vidus qui n’ont qu’un lien ténu avec des groupes mil­i­tants, voire aucun. De plus, la con­fi­ance placée dans la tech­nolo­gie est telle que le tra­vail de véri­fi­ca­tion n’est pas effec­tué (d’au­tant qu’au mieux les opéra­teurs ne dis­posent que d’une ving­taine de sec­on­des avant de “con­firmer” la cible). 

Emis­sion sur Le Média “Du côté de chez Sam”, avec Chris dit Politi­coboy, jour­nal­iste et ingénieur, co-auteur des Illu­sions per­dues de l’Amérique démoc­rate et ani­ma­teur d’une newslet­ter sur Sub­stack (https://politicoboy.substack.com). Au som­maire, deux sujets :
- Sommes-nous en train d’assister à un “géno­cide assisté par ordi­na­teur” ? Chris explique com­ment les tech­nolo­gies les plus avancées, notam­ment l’intelligence arti­fi­cielle, peu­vent se met­tre au ser­vice de la bar­barie.
- Puis (à 23 min) sur Joe Biden, et ses rec­u­lades répétées vis-à-vis d’un Ben­jamin Netanya­hou…

Un arti­cle de LVSL, “L’intelligence arti­fi­cielle au cœur de la mul­ti­pli­ca­tion des vic­times civiles à Gaza” reprend de façon syn­thé­tique les infor­ma­tions du site israé­lo-pales­tinien +972 Mag­a­zine.

Un doc­u­men­taire autrichien sur Arte, “Robots tueurs, des armes aux mains de l’IA”, fait un point sur les tech­nolo­gies util­isées, par Israël, mais aus­si par la Russie, la Chine, les États-Unis…

Une accu­sa­tion de géno­cide est actuelle­ment instru­ite par la Cour pénale inter­na­tionale (CPI). Celui-ci est défi­ni par l’arti­cle 2 de la con­ven­tion sur le géno­cide de 1948 : “Le géno­cide s’entend de l’un quel­conque des actes ci-après, com­mis dans l’intention de détru­ire, en tout ou en par­tie, un groupe nation­al, eth­nique, racial ou religieux, comme tel :

  • meurtres de mem­bres du groupe ;
  • atteinte grave à l’intégrité physique ou men­tale de mem­bres du groupe ;
  • soumis­sion inten­tion­nelle du groupe à des con­di­tions d’existence devant entraîn­er sa destruc­tion physique totale ou par­tielle ;
  • mesures visant à entraver les nais­sances au sein du groupe ;
  • trans­fert for­cé d’enfants du groupe à un autre groupe.

Pour l’organisation améri­caine Geno­cide Watch, qui classe les proces­sus de géno­cide selon dix “paliers, cette guerre aurait déjà atteint six paliers, notam­ment la dis­crim­i­na­tion et la déshu­man­i­sa­tion, sen­si­ble par exem­ple dans les pro­pos du min­istre de la défense Yoav Gal­lant affir­mant com­bat­tre des “ani­maux humains”.

Francesca Albanese, rap­por­teuse spé­ciale de l’ONU, a remis un rap­port le 25 mars au Con­seil des droits de l’homme : pour elle, “Un ensem­ble de crimes de guerre sans précé­dent” est com­mis par Israël à Gaza, affir­mant qu’ ”Il existe des motifs raisonnables de croire que le seuil indi­quant que des actes de géno­cide” ont été com­mis “con­tre les Pales­tiniens à Gaza a été atteint”. Elle appelle les États à met­tre en œuvre un embar­go sur les armes, à adopter des sanc­tions con­tre Israël afin d’imposer un cessez-le-feu et à déploy­er une présence inter­na­tionale pro­tec­trice dans le ter­ri­toire pales­tinien occupé.

D’autres aspects pour­raient être pris en compte : le fait que l’ar­mée israéli­enne ait imposé une “famine général­isée”, entravé toute assis­tance human­i­taire et accès aux médica­ments (notam­ment d’avoir imposé “des mesures des­tinées à empêch­er les nais­sances pales­tini­ennes”). Elle est aus­si accusée d’avoir organ­isé la coupure d’un accès suff­isant à l’eau, à la nour­ri­t­ure, au car­bu­rant et à l’électricité, d’avoir détru­it toutes les instal­la­tions agri­coles, la qua­si total­ité du sys­tème hos­pi­tal­ier et, sys­té­ma­tique­ment, toutes les écoles et uni­ver­sités, lieux de culte, bâti­ments publics, com­merces

Il se pour­rait que le fait d’u­tilis­er des tech­nolo­gies dans leur stratégie géno­cidaire soit aus­si con­sid­éré comme un fac­teur aggra­vant. Les Ouïghours ont déjà fait l’ob­jet d’é­tudes dans ce sens.

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