Marche pour la paix en RDC et contre l’extractivisme

L’as­so­ci­a­tion fran­co-con­go­laise Généra­tion Lumière organ­ise du 22 juin au 16 juil­let 2024, une marche de Besançon au Par­lement européen de Stras­bourg pour lut­ter con­tre l’ex­trac­tivisme et pour la recon­nais­sance de l’ampleur des crimes com­mis en RDC et dans le monde et la destruc­tion des écosys­tèmes. Elle veut oeu­vr­er pour la con­ver­gence de l’écologie, de la jus­tice sociale et de l’abolition des rap­ports colo­ni­aux.

Il est temps d’agir au cœur de l’Europe pour dénon­cer les exac­tions com­mis­es à l’est du Con­go, qui met­tent au défi notre human­ité et men­a­cent nos écosys­tèmes. La région des Kivu est décimée depuis plus d’une ving­taine d’années par ce que de nom­breux obser­va­teurs qual­i­fient de géno­cide, pour ten­ter de décrire le mas­sacre inouï qui se déroule à l’ombre de l’indignation inter­na­tionale. Plus de 6 mil­lions de morts, vio­ls sys­té­ma­tiques de femmes et d’enfants, des mil­lions de déplacés. Voici le chaos per­ma­nent qui découle de la sur­con­som­ma­tion de métaux par les économies des grandes puis­sances.

Nous marcherons pour porter la voix de la RDC, « mau­dite » par ses ressources qui attisent la pré­da­tion colo­niale. Elle pro­duit la majorité du cobalt mon­di­al et se situe au 2e rang de la pro­duc­tion du cuiv­re mon­di­al ; elle détient égale­ment à elle seule 80 % des réserves de coltan et la sep­tième plus grande réserve de lithi­um au monde. Autant de min­erais essen­tiels pour soutenir un mod­èle économique fondé sur la crois­sance expo­nen­tielle du numérique et de la con­som­ma­tion élec­trique.

Nous marcherons pour dénon­cer l’industrie extrac­tive qui con­tribue forte­ment à la désta­bil­i­sa­tion de cette zone, pille ses ressources et empoi­sonne les ter­res, les eaux et le vivant avec ses pro­duits et déchets tox­iques. Son emprise ne cesse de s’étendre dans nos vies, et ses besoins en ressources (eaux, éner­gies, etc.) de s’accroître. Les pertes subies par les citoyens de RDC sont irréversibles, en ter­mes de vies humaines et de « pat­ri­moine » naturel. Mais à une telle échelle, cette dévas­ta­tion minière a des impacts plané­taires : en RDC 500 000 hectares de forêt dis­parais­sent chaque année, prin­ci­pale­ment pour les mines.

Nous marcherons pour con­stru­ire un autre avenir que celui imposé par ces tueries indus­tri­al­isées et cet éco­cide, en récla­mant que tout acteur impliqué de quelque manière que ce soit cesse d’alimenter cette guerre, à com­mencer par l’UE qui a plan­i­fié une « tran­si­tion énergé­tique » pétrie d’extractivisme colo­nial. Nous irons donc jusqu’au Par­lement européen pour exiger qu’il se sai­sisse des réso­lu­tions suiv­antes :

  • Revenir sur les lois votées au par­lement con­cer­nant la mobil­ité, les éner­gies, l’électronique/le numérique, etc., qui néces­si­tent plus de min­erais que l’humanité n’en a jamais con­som­més, entraî­nant l’intensification de la guerre et la destruc­tion du vivant en RDC et ailleurs.
  • Refon­dre les accords con­testa­bles « sur les chaînes de valeur durable pour les matières pre­mières » avec notam­ment le régime rwandais, dont la respon­s­abil­ité dans les guer­res en RDC est à maintes repris­es soulignée par l’ONU et par l’UE elle-même
  • Con­train­dre chaque secteur d’activité engagé dans la tran­si­tion écologique à évin­cer tout pro­duit qui n’aurait pas comme con­séquence le com­mun posi­tif. Autrement dit, renon­cer lorsque le proces­sus de pro­duc­tion n’est ni sobre sur le plan envi­ron­nemen­tal, ni respectueux des droits humains, ici ou en dehors de l’Union européenne.
  • Créer un nou­veau droit, le droit à répar­er, celui qui per­me­t­tra de faire dras­tique­ment baiss­er la con­som­ma­tion de nou­veaux appareils élec­triques et élec­tron­iques, pou­vant être ren­du effec­tif par l’instauration d’un indice min­i­mum de répara­bil­ité et de dura­bil­ité. Ain­si, chaque per­son­ne aura à sa dis­po­si­tion la pos­si­bil­ité de répar­er soi-même ou dans des endroits com­muns de réap­pro­pri­a­tions, de répa­ra­tion et de socia­bil­ité, par exem­ple « les repair cafés ».
  • En finir avec les accords com­mer­ci­aux colo­ni­aux qui con­duisent à la destruc­tion du vivant dans son ensem­ble, l’humain inclus, comme les « parte­nar­i­ats stratégiques pour les matières pre­mières cri­tiques » con­clus depuis 2021 entre la Com­mis­sion européenne et le Kaza­khstan, la Nami­bie, la RDC, la Zam­bie, le Chili, le Groen­land, le Rwan­da, etc.

Nous marcherons pour rassem­bler les dias­po­ras africaines, citoyens européens, cama­rades engagés pour la jus­tice et l’environnement, et nous lever aujourd’hui pour une cause qui tran­scende les fron­tières et les dif­férences : la lutte con­tre la sur­con­som­ma­tion de métaux et l’extractivisme qu’elle engen­dre, ici et ailleurs. Cette tran­si­tion passera enfin par la recon­nais­sance de l’ampleur des crimes com­mis en RDC et dans le monde, qu’ils relèvent d’un géno­cide ou de tout mas­sacre car­ac­térisé, la com­pen­sa­tion pour les vic­times de ces guer­res et la destruc­tion des écosys­tèmes, à la charge des entre­pris­es et des acteurs qui s’en sont ren­dus coupables directe­ment ou indi­recte­ment.

La tran­si­tion écologique ne sera noble que si elle génère un change­ment rad­i­cal de par­a­digme. Notre objec­tif est clair : insuf­fler un nou­v­el élan à la tran­si­tion vers un monde où l’écologie, la jus­tice sociale et l’abolition des rap­ports colo­ni­aux ne font qu’un.

Cette marche n’est qu’un début. Au cours des mois à venir, nous inten­si­fierons nos efforts de con­sci­en­ti­sa­tion et de mobil­i­sa­tion, ral­liant des forces à tra­vers l’Europe et le monde pour faire enten­dre notre voix. Seule une démarche inclu­sive glob­ale peut apporter les change­ments néces­saires pour con­stru­ire un avenir désir­able.

Plus d’infos sur la cam­pagne con­tre l’extractivisme

On ne va pas se laiss­er min­er ! (sur l’ex­trac­tivisme dans l’Al­li­er)

Requiem pour un smart­phone (spec­ta­cle par la Com­pag­nie Bulles de Zinc)

Action à Greno­ble : suc­cès et suite vic­to­rieuse ! (manif con­tre l’ac­ca­pare­ment des ressources)

Con­ven­tion pour un statut d’objecteur·trice du numérique (inter­ven­tion de Célia Izoard, autrice du livre “La rue minière au 21e siè­cle”, pièce de théâtre Petit Cail­lou : Épopée géopoli­tique dans un de nos télé­phones par la com­pag­nie Peau-Éthique)