3000 à Grenoble pour stopper l’extension des fabricants de puces

Nous reprenons ci-dessous le com­mu­niqué des Soulève­ments de la Terre.

A Bernin, près de Greno­ble, plus de 3000 per­son­nes ont man­i­festé ce dimanche 30 mars 2025 à l’appel de STop­Mi­cro et des Soulève­ments de la terre. Après un pas­sage devant l’usine STMi­cro­elec­tron­ics, les manifestant.es ont con­stru­it une vigie sur les ter­res agri­coles et verg­ers men­acés d’expropriation pour l’extension de Soitec.

Ils et elles exi­gent l’abandon des pro­jets d’extension des usines de STMi­croeletron­ics et de Soitec, deux indus­triels fab­ri­quant des puces élec­tron­iques, qui pro­jet­tent d’artificialiser des ter­res agri­coles et d’accaparer de très grandes quan­tités d’eau potable. En par­al­lèle de la man­i­fes­ta­tion un “Comité Essen­tielle­ment Antipuces” a infor­mé la presse du désarme­ment à Saint-Egreve du site de Tele­dyne, com­plice du géno­cide en Pales­tine. Ven­dre­di et same­di, plus de 1000 per­son­nes s’étaient déjà réu­nies à Greno­ble pour un col­loque inter­na­tion­al inti­t­ulé Semi-con­duc­teurs : l’impossible relo­cal­i­sa­tion.

C’est aujourd’hui la man­i­fes­ta­tion la plus mas­sive du col­lec­tif à ce jour : la pre­mière en 2023 avait réu­ni 1000 per­son­nes devant les usines de STMi­cro­elec­tron­ics à Crolles. En 2024, 2000 per­son­nes ont défilé sur la presqu’île sci­en­tifique de Greno­ble où est situé leur cen­tre de recherche et développe­ment. La con­tes­ta­tion menée par le col­lec­tif STop­Mi­cro ne fait que croître et la lutte paye : le chantier de STMi­cro­elec­tron­ics est tou­jours à l’arrêt en attente d’autorisation pré­fec­torale et Soitec a annon­cé la sus­pen­sion de son pro­jet d’extension. Cepen­dant, la Com­mu­nauté de com­munes du Gré­si­vau­dan pour­suit sa volon­té d’étendre l’usine. Pour cela, elle men­ace d’exproprier plusieurs agricul­teurs et de béton­ner les 11 hectares de ter­res agri­coles joux­tant Soitec.

Dès midi, les man­i­fes­tant-es ont rejoint Bernin pour un grand repas con­fec­tion­né par les can­tines mil­i­tantes.

Le numérique à l’intersection des luttes anticapitalistes

La man­i­fes­ta­tion s’est ensuite élancée der­rière la ban­de­role du col­lec­tif STop­Mi­cro – De l’eau, pas des puces, con­tre l’accaparement des ressources par les indus­triels et la “vie con­nec­tée” – suiv­ie de cinq cortèges thé­ma­tiques, regroupant des col­lec­tifs en lutte con­tre l’extractivisme, pour la paysan­ner­ie, anti-mil­i­tariste, cri­tique du numérique sur un cortège regroupant les luttes écol­o­gistes. Le numérique est la pierre angu­laire du cap­i­tal­isme mod­erne, elle se trou­ve à l’intersection de toutes ces luttes. Divers col­lec­tifs  pour la défense de l’eau ont aus­si fait le déplace­ment. Un con­voi de militant.es anti-bassines est même venu du marais poitevin avec une loutre géante sur une bar­que.

Devant les grilles de STMicrolectronics pour dénoncer ses nuisances

La man­i­fes­ta­tion a défilé devant les immenses usines STMi­cro­elec­tron­ics. Une prise de parole s’y est tenue, énumérant les nui­sances locales, l’accaparement et la pol­lu­tion de l’eau, ain­si que les nui­sances glob­ales comme celles liées à l’extractivisme.

La fab­ri­ca­tion de puces pompe des quan­tités astronomiques d’eau potable. STMi­cro­elec­tron­ics et Soitec, après agran­disse­ment, devraient con­som­mer plus d’eau que la ville de Greno­ble, alors que les habitant·es et les agriculteur·ices con­nais­sent des restric­tions lors des sécher­ess­es. La nappe phréa­tique sous Greno­ble est déjà lour­de­ment pol­luée par les indus­tries chim­iques. Les usines de semi-con­duc­teurs, quant à elles, pol­lu­ent l’Isère en reje­tant du phos­pho­re, de l’azote, du cuiv­re, des hydro­car­bu­res et des PFAS dans des quan­tités faramineuses. 

Une centaine de personnes s’en prennent au site de puces de Teledyne, complice du génocide en Palestine

En milieu d’après-midi, alors que la man­i­fes­ta­tion s’était arrêtée devant l’usine de STMi­cro­elec­tron­ics, nous avons appris qu’en par­al­lèle, un groupe d’une cen­taine de per­son­nes ont désar­mé le site de Tele­dyne à Saint-Egreve de l’autre côté de Greno­ble. Le com­mu­niqué du Comité Essen­tielle­ment Antipuces pub­lié sur dif­férents médias explique les raisons de leur action. Tele­dyne parte­naire de STMi­cro­elec­tron­ics est “un acteur majeur de la pro­duc­tion de puces dans le bassin grenoblois”. Ces puces sont notam­ment dédiées à la pro­duc­tion d’armes ven­dues à l’Etat israëlien qui sont actuelle­ment util­isées dans les mas­sacres de pop­u­la­tion en Pales­tine. Le site de Saint-Egreve a été repeint, ses grilles coupées et dif­férents dom­mages matériels effec­tués en vue de met­tre l’usine “hors d’état de nuire”.

Une vigie pour prévenir l’agrandissement de Soitec sur des terres agricoles et vergers

Enfin, les man­i­fes­tant-es ont mar­qué la fin de la man­i­fes­ta­tion avec la con­struc­tion d’une vigie dans l’une des par­celles agri­coles sur les 11 ha de ter­res et verg­ers men­acés d’artificialisation. Pour per­me­t­tre l’expropriation des qua­tre agricul­teur-ices con­cerné-es, ces ter­res devront être déclarées “zone urbaine indus­trielle” afin de les ren­dre con­structibles, lors d’une enquête publique qui se déroulera dans les semaines à venir. L’un des qua­tre agricul­teur-ices con­cerné-es prend la parole : “L’usine va m’entourer com­plète­ment, elle con­damne l’exploitation. Je suis à 6–7 ans de la retraite, il n’y aura aucune trans­mis­sion pos­si­ble… Aucun jeune ne se met­tra au milieu des bâti­ments”. Mais rien n’est encore joué.  Cette vigie fait aujourd’hui fig­ure d’avertissement et de base pour réa­gir : ce sera “la seule con­struc­tion qu’il y aura sur ces ter­res. On ne les lais­sera pas s’agrandir”, ont con­clu les mil­i­tant-es dans une dernière prise de parole.

Le col­lec­tif STop­Mi­cro (*) con­tin­uera de s’opposer aux agran­disse­ments des usines de la microélec­tron­ique, ici comme ailleurs.

Le front con­tre l’emballement numérique se con­stitue, ren­forçons-le.

(*) Stop­Mi­cro fait par­tie de la coali­tion Hia­tus