En marge de la campagne municipale à Saint-Étienne, nous avons rencontré des représentant.es de deux des listes de gauche : celle de "Rassembler Saint-Étienne" et celle de "Saint-Étienne insoumise".
Les échanges avec eux ont porté sur l'ensemble des sujets de la plateforme des 10 propositions pour une désescalade numérique (plateforme nationale à laquelle nous avons contribuée et dont nous sommes signataires), auquels se sont ajoutées des campagnes que nous avons menées localement dans la période (par exemple l'opposition aux QR codes pour accéder aux déchèteries, mais aussi notre campagne contre la VSA à Saint-Étienne).
Alors qu'une loi sur les polices municipales, très dommageable pour nos libertés, est en préparation, une partie importante des échanges a concerné l'axe tranquillité-sécurité. Nous reprenons en fin d'article leurs programmes respectifs sur le sujet en les faisant précéder d'extraits d'un article d'Adrien Mével, chercheur de l'Université de Rennes, qui identifie des marqueurs des politiques "de gauche".
Ces deux rencontres, très riches, ne visaient pas à arrêter des positions mais plutôt à poser des jalons pour un dialogue sur les questions de la numérisation qui pourra se développer dans les prochains mois.
Par ailleurs nous avons cherché collectivement à porter de nouvelles doléances lors de la séance théâtrale et de la criée publique organisée le 20 février (fichiers audios à venir).
Les 10 propositions pour une désescalade numérique
01. Sécuriser les services essentiels “hors réseau”
02. Assurer une gestion municipale sobre et dégafamisée
03. Garantir un service public humain
04. Favoriser les emplois, pas les IA
05. Assurer la sécurité sans vidéo-surveillance
06. Bannir les écrans publicitaires de l'espace public et des transports en commun
07. Favoriser une école ouverte et créative
08. Lutter contre l’airbnbisation de l’habitat
09. Refuser l’installation de data centers
10. Limiter les antennes-relais et l'exposition électromagnétique
Polices municipales : des effectifs en hausse… sans effet évident sur la délinquance
Dans cet article, le chercheur Adrien Mével, de l'Université de Rennes, identifie plusieurs marqueurs censés distinguer les politiques "de gauche" de celles portées par les droites et l'extrême droite :
- port d'armes à feu : les élu.es de gauche s'y refusent ... avec des bascules comme à Bordeaux (écologistes), Marseille (ex PS).
- brigades d’intervention (orientées vers la recherche du flagrant délit et la réponse aux appels d’urgence) : les municipalités de gauche y recourent peu. Mais plusieurs municipalités PS (Montpellier, Nantes...) ont mis en place des polices intercommunales des transports en commun (qui visent l’interpellation en flagrant délit).
- Les brigades de proximité et/ou environnementales sont plutôt créées par les socialistes et les écologistes (annonce de brigades de proximité faite à Bordeaux, brigade de l’environnement à Marseille, brigade anti-incivilités à Rennes, brigade de proximité à Nantes).
- Ce qui induit un autre rapport à la police de proximité : elle est de moins en moins envisagée comme le cœur de la police municipale et de plus en plus comme une branche spécialisée. La gestion des dépôts sauvages et des infractions environnementales occupe de plus en plus ces services.
- les taux de couverture (effectifs de police municipale rapportés à la population communale) augmentent partout, mais sont les plus élevés dans deux villes gouvernées par la droite depuis au moins deux mandats, Nice (Alpes-Maritimes) et Toulouse (Haute-Garonne).
Programme des listes Rassembler Saint-Étienne et Saint-Étienne insoumise pour la tranquillité-sécurité
Tranquillité : construire ensemble des rues plus sûres
Afin de désengager l’État de ses responsabilités et faire des économies sur le dos des collectivités, les différents gouvernements successifs cherchent à faire porter aux polices municipales des missions qui ne sont pas prévues dans leur cadre d’emploi* et pour lesquelles elles ne sont pas formées, les mettant ainsi en danger.
Parallèlement, l’investissement est concentré sur des gadgets technologiques inutiles et potentiellement dangereux plutôt que sur les moyens humains, pourtant seule garantie d’une relation de confiance avec la population.
Nous reviendrons à l’esprit d’une police municipale de proximité formée et équipée pour répondre aux besoins réels des habitant·es, avec pour mission principale d’assurer la tranquillité publique.
Afin de briser le mur de méfiance réciproque entre la police et la population, il est crucial de privilégier la prévention, la médiation et la désescalade pour bâtir une relation de confiance plutôt que de multiplier des dispositifs sécuritaires inefficaces.
- Police de proximité et du quotidien
Recentrage de la police municipale sur les missions prévues par son cadre d’emploi [1] : application des arrêtés municipaux, constatations des infractions et de certains délits, etc.
Ces missions ne nécessitent pas d’armement létal. Les effectifs en seront ainsi dépourvus.
Redéploiement des équipes de police municipale dans chaque quartier à pied et à vélo sur des plages horaires étendues afin de recréer un lien de confiance avec la population.
Réouverture d’antennes de proximité en profitant de locaux vacants ou désaffectés. - Conseils de secteur de la tranquillité publique réunissant habitant·es et acteur·ices de la tranquillité
Instances intégrées aux conseils de quartier, regroupant habitant·es, commerçant·es, acteurs associatifs, représentants de l’État (police nationale) et de la Ville (police municipale), visant à partager les enjeux et à co-construire des stratégies et des réponses en matière de tranquillité publique, adaptées à chaque quartier. - Déploiement de médiateur·ices de rue, pour aller vers la jeunesse
Nous développerons les emplois de médiation scolaires et de rue (de jour et de nuit) ainsi que d’éducation spécialisée de rue. - Soutien aux clubs de prévention
- Instaurer un moratoire sur la vidéosurveillance
La vidéosurveillance est inefficace et ne fait que déplacer la délinquance, pour un coût exorbitant. En 2020, le coût de la vidéosurveillance pour la ville de Saint-Étienne était estimé à 1,3 millions d’euros par an pour 67 caméras. Aujourd’hui, la ville en compte 442.
Pourtant, les faits repérés grâce à la vidéosurveillance ne représentent que 1 à 3 % des faits de délinquance comptabilisés par la police [2].
Nous refusons cet investissement purement symbolique [3], qui a fait la preuve de son inefficacité.
Nous n’installerons aucune nouvelle caméra durant le mandat et ne remplacerons pas celles qui deviendront hors service. La priorité sera donnée à une présence humaine continue sur le terrain. Les caméras encore en fonctionnement ne seront utilisées que comme outil de levée de doute. Nous refuserons par ailleurs toute utilisation d’outils algorithmiques et de reconnaissance faciale, qui soulèvent de graves enjeux en matière de libertés fondamentales. - Formations renforcées des agent·es de la police municipale à la désescalade, aux questions de genre et aux enjeux de santé mentale
Notamment sur l’amélioration de l’accueil des personnes LGBTIQI+ afin de garantir la connaissance des critères de discrimination liés à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre. Une attention particulière sera portée aux personnes trans, notamment concernant le respect de leur état civil et de leur identité de genre. Mais aussi sur les enjeux de la santé mentale car plus de 30 % des interventions de police concernent des personnes en crise psychiatrique ou en détresse psychologique aiguë. - Lutter activement contre la violence routière
Réduire la place de la voiture dans l’espace public et aménager la voirie pour limiter les excès de vitesse. Renforcer les contrôles en lien avec la police nationale. - Lutte contre les addictions, dont le protoxyde d’azote
Campagnes de sensibilisation aux dangers des produits stupéfiants dont le protoxyde d’azote et articulation avec la police nationale en matière de contrôle.
[1] Il faut faire une distinction entre sécurité et tranquillité :
- La sécurité relève des missions régaliennes de l’État (police nationale et gendarmerie) : lutte contre la criminalité, maintien de l’ordre, enquêtes judiciaires.
- La tranquillité publique relève du maire (police municipale) : prévention des troubles du quotidien, respect des arrêtés municipaux, régulation apaisée de l’espace public.
[2] Selon les travaux de plusieurs scientifiques. Notamment les travaux du sociologue et directeur de recherche au CNRS Laurent Mucchielli, du docteur en administration publique Guillaume Gormand, du sociologue à l’IAURIF Tanguy Le Goff, etc. La Cour des Comptes elle-même indique qu’"aucune corrélation n’a été relevée entre l’existence de dispositifs de vidéo-protection et le niveau de la délinquance commise sur la voie publique, ou encore les taux d’élucidation".
[3] Selon l’analyse du Laboratoire d’innovation numérique de la CNIL "l’évaluation de leur efficacité sur la baisse des délits est peu démontrée." Mais, pour les élus, c’est un "investissement symbolique" qui rassure.
Retrouver une ville plus apaisée !
La sécurité et la tranquillité publique de nos concitoyennes et concitoyens seront une priorité de notre action municipale.
POUR APAISER LE QUOTIDIEN DE TOUTES ET TOUS, NOUS NOUS ENGAGEONS À :
Déployer une police municipale de terrain présente sur la voie publique, dans l’ensemble des quartiers, en journée, en soirée et plus souvent à pied ou à vélo.
Renforcer la présence de la police municipale dans les quartiers, par la création d’antennes de proximité et l’organisation de permanences au moyen de postes mobiles avancés.
Constituer une équipe mobile de médiateurs présente dans les quartiers et en centre-ville, en lien étroit avec les forces de l’ordre, les bailleurs sociaux et les associations locales.
Renforcer la sécurité dans nos transports en commun, avec davantage d’agents de prévention et de médiation, ainsi que la montée en puissance de la brigade de sécurisation métropolitaine, constituée de réservistes de l’État, policiers nationaux et gendarmes.
Sécuriser les déplacements de nuit par des mesures innovantes : arrêt de bus à la demande après 21h, déploiement d’un éclairage intelligent et mise en place de cheminements piétonniers éclairés.
Apporter une réponse rapide aux incivilités en permettant au maire de prononcer des rappels à l’ordre et en développant le travail d’intérêt général dans les services municipaux.
AGIR CONTRE LE NARCOTRAFIC
Le narcotrafic se développe de manière inquiétante dans notre ville, mais il n’est pas trop tard pour agir contre son implantation. Nous engagerons une action coordonnée avec la police nationale, dans la durée et sur toute la ville, pour y mettre un terme. La mise en œuvre d’un Contrat de sécurité intégré (CSI), impliquant la Préfecture, le Procureur de la République et la Ville, permettra de mieux cibler nos actions, en mobilisant au mieux les compétences de chaque acteur.
Nous agirons en particulier pour faire respecter les horaires de fermeture des commerces nocturnes concernés, qui sont sources de nuisances fortes pour les riverain·es.
Développer la justice restaurative et réparatrice en lien avec les associations et les services de l’État.
Multiplier les actions locales de prévention et de tranquillité publique en faisant du Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD), un véritable outil de coordination opérationnelle, associant établissements scolaires, associations, forces de l’ordre et acteurs de terrain.
Renforcer l’efficacité du dispositif de vidéosurveillance par une évaluation menée en lien avec les chercheurs de l’université Jean Monnet, mise au service des actions de la police et de la justice sur le terrain.
Faire de Saint-Étienne la capitale de la formation aux premiers secours en soutenant les structures formatrices et en organisant des événements mobilisateurs.
Développer une sécurité civile municipale, mobilisable en cas de catastrophe, en impliquant les Stéphanois.es à travers une réserve citoyenne.
STOP AUX INCIVILITÉS ROUTIÈRES !
Rodéos urbains, excès de vitesse, feux grillés, conduites dangereuses (voitures, trottinettes…) ou sous l’emprise d’alcool et de stupéfiants : les incivilités routières mettent chaque jour en danger la vie des habitant·es. Pour retrouver une ville apaisée et permettre à chacune et chacun de se déplacer en sécurité et de profiter de l’espace public, nous proposons de :
Déployer des actions de prévention en lien avec les associations œuvrant pour la sécurité routière.
Renforcer les contrôles sur la voie publique par la police municipale, en complémentarité avec la brigade motorisée de la police nationale.
Mener des opérations de contrôle régulières en lien avec la police nationale (vitesse, stupéfiants, alcoolémie, protoxyde d’azote…).
