Nicolas Bérard, “ce monde connecté qu’on nous impose”

Con­férence au salon Tatou Juste, Hall B du Parc Expo, 31 bd Jules Janin, allée des Olympiades à Saint Eti­enne, same­di 26 novem­bre à 14h

Cri­tique de Denis Bour­geois *, pour Robin des Toits

Il est heureux, pour la cause que nous défendons, qu’existent des jour­nal­istes comme Nico­las Bérard. Nous ne sauri­ons trop recom­man­der sa rubrique Grr’ondes et ses arti­cles dans le jour­nal men­su­el l’âge de faire. Nous avions égale­ment appré­cié ses livres passés, Sexy Linky et 5G mon amour.

Il pub­lie Ce monde con­nec­té qu’on nous impose, sous-titré Le com­pren­dre et le com­bat­tre. Ce livre-là-est, lui aus­si, très bien­venu. Les écrits de Nico­las Bérard sont très péd­a­gogiques, sou­vent tein­tés d’humour mais tou­jours bien doc­u­men­tés. Ce petit dernier ne déroge pas à la règle.

Dans la pre­mière par­tie, l’auteur explique com­ment le numérique envahit nos vies et nos esprits, et com­ment cet envahisse­ment est en passe d’être mul­ti­plié, de par l’avènement de la 5G et de la mul­ti­tude d’objets con­nec­tés qui lui sont ou seront asso­ciés.

La 5G n’apportera pas, en effet, d’avancées con­sid­érables dans l’utilisation clas­sique des télé­phones porta­bles. Son but prin­ci­pal n’est pas là. Il réside dans la pos­si­bil­ité de met­tre en fonc­tion des objets con­nec­tés de toutes sortes, dans le plus de lieux pos­si­bles et dans tous les domaines de la vie.

San­té, auto­mo­bile et trans­ports, for­mal­ités admin­is­tra­tives, villes dites ” “intel­li­gentes”, habi­ta­tion, vie quo­ti­di­enne, tout y passe, au point par­fois de fris­er le grotesque. L’auteur démon­tre, exem­ples à l’appui, en quoi ces objets con­nec­tés ne sont ni néces­saires ni même, pour beau­coup, béné­fiques.

Pour repren­dre ses mots, à force d’être con­nec­tés avec l’extérieur, nous risquons de plus en plus de nous retrou­ver décon­nec­tés de nous-mêmes.

Ces mul­ti­ples con­nex­ions, relayées prin­ci­pale­ment par le smart­phone, con­stituent un véri­ta­ble hold-up de l’attention et de la con­cen­tra­tion des util­isa­teurs. Les jeunes sont par­ti­c­ulière­ment touchés, ce qui ne va pas sans sérieux dégâts sur le plan psy­chologique et sur celui de l’apprentissage.

Le reste de la pop­u­la­tion, peut-être un peu moins vul­nérable, est cepen­dant large­ment touché. La dépen­dance psy­chique au numérique, et en par­ti­c­uli­er au smart­phone, peut être con­sid­érée chez beau­coup comme une véri­ta­ble addic­tion, entretenue par les multi­na­tionales du web à la manière dont les deal­ers entre­ti­en­nent celle à d’autres drogues.

Ce monde con­nec­té s’impose donc grâce à la vul­néra­bil­ité de la pop­u­la­tion, aux manœu­vres des indus­triels pour ren­dre la pop­u­la­tion “accro”. Elle s’impose égale­ment du fait de la volon­té du monde poli­tique, suiv­ant en cela les souhaits des indus­triels.

La 5G aujourd’hui, comme la 4G hier, est déployée dans le déni de tout proces­sus démoc­ra­tique. Il ne peut même pas être l’objet de dis­cus­sion véri­ta­ble au pré­texte qu’il n’y aurait pas d’alternative envis­age­able.

Puis, dans la sec­onde par­tie de l’ouvrage, Nico­las Bérard apporte des répons­es à la ques­tion : “Con­crète­ment, on fait quoi ?”. Ces répons­es, il les puise dans des exem­ples de lutte glanés aux qua­tre coins de la France : Zad des ser­vices publics ini­tiée par des syn­di­cal­istes d’EDF à la Courneuve rétab­lis­sant le con­tact physique avec les usagers, parade inven­tée par la Cimade pour ren­dre vis­i­ble les effets de la numéri­sa­tion for­cée des for­mal­ités à rem­plir par les migrants, refus par des paysans du puçage de leur bétail, actions, légales ou pas, de col­lec­tifs d’habitants en Bre­tagne pour faire capot­er des pro­jets d’implantation d’antenne-relais…

Cette revue d’exemples mon­tre au pas­sage que les résis­tances s’expriment un peu partout sur la large gamme de domaines que touche cette inva­sion du con­nec­té. Certes, ces com­bats ne sont jamais faciles, mais ces exem­ples mon­trent que sol­i­dar­ité, déter­mi­na­tion, courage… et créa­tiv­ité sont les ingré­di­ents d’un suc­cès jamais acquis d’avance mais jamais impos­si­ble non plus.

Et puis, il y a ce que nous pou­vons faire indi­vidu­elle­ment, et Nico­las Bérard insiste sur un com­porte­ment-clé : se pass­er de smart­phone. Il racon­te com­ment il a lui-même fait ce pas et s’est sevré de cet appareil comme on se sèvre du tabac. “Réap­pren­dre à vivre sans béquille numérique”, établir le “télé­phone à clapet comme une sorte de som­met tech­nologique à ne pas dépass­er pour préserv­er la planète, son cerveau et sa lib­erté”… parce qu’après tout, c’est bien de lib­erté qu’il s’agit. “Ils ne sont grands que parce que nous avons la nuque bais­sée”.

A lire donc et à faire cir­culer. En prime, en fin d’ouvrage fig­ure une boîte à out­ils tou­jours utile (argu­men­taires, trucs pour agir, bonnes adress­es, références doc­u­men­taires,…).

* Denis Bour­geois est l’au­teur du livre Le monde de la 5G : la démoc­ra­tie en péril

Les con­férences sont enreg­istrées, elles seront disponibles sur le site du salon, et dif­fusées sur Radio Dio 89.5 FM et Radio Ondaine 90.9 FM après le salon.