Ecoles sans écrans : amorce en Suède, et en France ?

La Suède a déployé depuis une quinzaine d'années le numérique dans les écoles, les écrans remplaçant progressivement les manuels. En décembre 2022, une enquête auprès de 2 000 enseignants montrait que près d’un sur cinq estimait que ses élèves écrivaient rarement ou jamais à la main (au collège, 35,3 % ; au lycée 56,8 %).

Enquête sur le niveau de lecture

Lors de l'enquête PIRLS 2021 (Progress in International Reading Literacy Study, étude comparative sur les performances en lecture dans 57 pays, publiée en mai 2023), la Suède a pu constaté un recul du niveau de lecture à 544 quand les enfants de Singapour sont à 587 et la moyenne européenne à 527 (les Etats-Unis sont à 548 alors que leur système éducatif est très décrié).

Et la France ? A 514, en progrès de 3 points par rapport à 2016 (mais en retrait de 11 par rapport à 2001) ... progrès donc très relatif qui nous a valu le satisfecit du ministre !

La ministre suédoise des écoles, Lotta Edholm, a réagi en annonçant un investissement dès cette année de l'équivalent de 60 millions d’€, puis de 44 millions par an en 2024 et en 2025, pour accélérer le retour des manuels dans les établissements scolaires, l'objectif étant d'un livre par élève et par matière.

Par ailleurs un exemple est souvent cité d'une école sans écrans pour les enfants des cadres de la Silicon Valey : Télérama s'en faisait encore l'écho en décembre 2020...

Des études qui montrent le danger des écrans

Santé Publique France publiait en avril une étude (menée entre 2013 et 2017 et qui n'intégrait pas les smartphones ... et avant le covid) montrant déjà que les enfants de 2 ans passaient 56 minutes par jour devant un écran, ceux de 3 ans et demi 80 min, ceux de 5 ans et demi 94 min.

Mais une étude plus ancienne (IPSOS 2021) présentait des résultats bien plus conséquents (total de temps d’écrans ente smartphone, téléviseur, ordinateur, tablette, console par jour), incluant il est vrai usage à l'école et privé :

Par ailleurs, une étude faisant la synthèse d'une quarantaine de recherches internationales et portant sur 170 000 lecteurs a montré que le rétroéclairage et le fait de lire en scrollant (donc en faisant défiler le texte avec la souris) augmente la fatigue visuelle, et perturbe la mémoire spatiale, car les phrases ne figurent pas toujours au même endroit de l'écran. En conséquence, cette lecture, donne de moins bons résultats de compréhension que la lecture sur papier, notamment quand il s'agit de comprendre et de mémoriser des concepts.

L'exception française ?

En France les écrans seraient trois fois moins utilisés en primaire et presque deux fois moins au collège par rapport à la Suède, d'où le nouveau satisfecit du ministère lié à ce sous-équipement... Sauf qu'aucune réflexion n'est engagée sur le sujet, et que Etat comme régions, départements, communes (collectivités locales chargées des investissements en la matière respectivement pour les lycées, collège et 1° degré) en sont toujours à des plans d'investissement massifs.

Communiqué du collectif Attention

Ce collectif, qui a organisé des assises en 2022, a émis en avril 2023 un communiqué "Santé des enfants ou profits de l’industrie numérique : il faut choisir"

"Les députés ont largement adopté la proposition de loi de Mme Janvier intitulée : « Pour une prévention de l’exposition excessive des enfants aux écrans », le 6 mars dernier à l’Assemblée nationale. Les associations du Collectif attention, engagées dans la prévention des impacts du numérique dans la société, se réjouissent de constater qu’une prise de conscience a enfin éclos, mais souhaitent alerter les élus sur deux écueils majeurs dans l’attente du vote au Sénat :

– D’une part, une question centrale reste en suspens : de quelle prévention s’agit-il ? L’industrie du tabac a démontré par le passé comment contrôler un discours de prévention : il suffit de financer les structures qui le diffusent, et ainsi d’influencer leur discours. Le Collectif demande donc que soit ajouté à la loi l’obligation d’absence de tout conflit d’intérêt pour les personnes et les institutions en charge de la formation. L’actuelle campagne nationale de sensibilisation, cofinancée par l’industrie numérique, semble un modèle de préemption de la prévention : elle invite à « plonger dans les écrans » car « comme l’eau, c’est vraiment génial ».

– D’autre part, la volonté du gouvernement d’équiper toutes les écoles de France dès la maternelle de tablettes dites « éducatives », entre en totale contradiction avec l’objectif de cette loi, en sapant le travail de prévention. Sur le terrain, des collectifs de parents d’élèves et d’enseignants se montent partout en France (notamment une pétition d’ampleur à Poitiers, et le collectif national Coline) pour résister à la numérisation de l’éducation. Autant de citoyens effarés de voir l’école publique mettre dans les mains de leurs enfants des tablettes sans aucune justification pédagogique, mais dont la nocivité pour la santé et l’environnement fait consensus.

Comme l’ont demandé certains députés, cette proposition de loi devrait interdire la présence d’écrans dans les établissements scolaires pour les enfants de moins de six ans, donc dans les écoles maternelles, et bien sûr dans les crèches. Il conviendrait également de se montrer vigilant concernant l’exposition des élèves au-delà de six ans.

Alors que nos associations constatent chaque jour l’aggravation des retards de langage, des difficultés scolaires, des troubles de l’attention, du mal-être des enfants, de l’obésité, de l’addiction aux jeux vidéo, de l’exposition à des contenus choquants, du cyberharcèlement, de l’exposition aux ondes wifi et de tant d’autres maux tous directement liés à l’explosion du temps d’écran, toujours plus tôt, il est temps pour la puissance publique de marquer un choix clair entre la santé des enfants et leur développement intellectuel d’une part, et les profits de l’industrie numérique d’autre part. Il faut entériner dans la loi le principe d’une prévention conséquente, donc indépendante de l’industrie numérique, et la fin des écrans à l’école maternelle.

Les associations du Collectif attention :

  • Alerte écrans
  • Agir pour l’environnement
  • Chevaliers du Web 
  • CoSE
  • Enfance – Télé : Danger ? 
  • Lève les yeux 
  • Priartem

10 jours sans écrans

Autre initiative, partant de la base, du 23 mai au 1er juin 2023, des centaines de crèches, d’écoles, de collèges et de lycées ont proposé aux jeunes qu’ils accueillent de se passer d’écrans de loisirs avec l’aide des familles, des associations et des collectivités locales.

Télévisions, jeux vidéos, consoles, tablettes et smartphones sont restés au placard pendant dix jours, tandis que des dizaines de milliers d’enfants et d’adolescents ont livré ce match de très haut niveau face à des adversaires redoutables !

421 structures inscrites dans des dizaines de communes, soit 56512 enfants et adolescents concernés (liste des établissements ici).

Sources

Présentation par RFI du projet suédois

Présentation par France Info

Présentation par Le Monde

3 réponses sur « Ecoles sans écrans : amorce en Suède, et en France ? »