Manifeste européen : libérez les enfants de l’emprise du numérique !

Halte au con­trôle numérique est sig­nataire de ce man­i­feste ini­tié par des organ­i­sa­tions néer­landais­es, désor­mais relayées par des belges (Abel­li, Educode et NumE­th­ic).

Ce man­i­feste (texte ci-dessous) insiste surtout sur la dom­i­na­tion du numérique édu­catif par les GAFAM (Google-Apple-Face­book-Ama­zon-Microsoft), ce qui n’est qu’une par­tie de notre cri­tique du numérique à l’é­cole (voir ci-dessous liste des arti­cles que nous avons dif­fusés sur ce site).

Il nous sem­ble cepen­dant utile de s’as­soci­er au niveau européen pour con­stru­ire ensem­ble à terme une cri­tique col­lec­tive de la numéri­sa­tion de l’é­cole et une stratégie de dénuméri­sa­tion pro­gres­sive.

Les col­lec­tifs belges sol­lici­tent d’autres organ­i­sa­tions en France et dans d’autres pays européens qui pour­raient relay­er ce man­i­feste.

Man­i­feste : libérez les enfants de l’emprise du numérique !

Nous sommes très préoc­cupés par l’influence crois­sante des géants de la tech­nolo­gie sur notre édu­ca­tion.

Nous con­sta­tons que l’infrastructure numérique de l’enseignement passe pro­gres­sive­ment presque entière­ment entre les mains de géants étrangers de la tech­nolo­gie tels que Google et Microsoft, du ser­vice de cour­ri­er élec­tron­ique au traite­ment et au stock­age des pro­jets édu­cat­ifs, du bloc-notes en ligne à l’outil vidéo.

Les out­ils offerts par les géants du web ont per­mis de réalis­er rapi­de­ment l’enseignement à domi­cile pen­dant la pandémie de la Covid-19. Cepen­dant, ces four­nisseurs ne respectent pas les direc­tives en matière de con­fi­den­tial­ité (RGPD) et ne révè­lent pas ce qu’il advient des don­nées…

Nos enfants com­men­cent à per­dre le con­trôle de leurs pro­pres don­nées dès l’école pri­maire, voire déjà en mater­nelle, car les écoles ne peu­vent pas garan­tir la sécu­rité numérique. De plus, on ne leur offre qu’une con­nais­sance lim­itée et uni­latérale des pro­duits, au lieu de leur enseign­er des com­pé­tences numériques et un esprit cri­tique.

Aus­si nous plaidons pour un sys­tème d’apprentissage numérique alter­natif, dans lequel les droits fon­da­men­taux tels que la vie privée et la sou­veraineté de nos enfants sont garan­tis. Il est néces­saire et il est pos­si­ble de faire autrement !

Ce man­i­feste est une ini­tia­tive privée d’un groupe de par­ents, enseignants, citoyens et défenseurs de la vie privée con­cernés par les TIC (tech­nolo­gies de l’information et la com­mu­ni­ca­tion). La présente ver­sion française est, à la base une tra­duc­tion, et une adap­ta­tion du texte Free chil­dren from the dig­i­tal stran­gle­hold! pub­lié en 2021 aux Pays-Bas.

Dans l’é­d­u­ca­tion, la vie privée des enfants/élèves/étudiants doit être pro­tégée

La vie privée est un droit fon­da­men­tal. Cela sig­ni­fie que cha­cun a le con­trôle de ses pro­pres don­nées per­son­nelles. La pro­tec­tion de la vie privée est par­ti­c­ulière­ment impor­tante dans l’éducation. Les autorités chargées des don­nées per­son­nelles l’expliquent comme suit : “Les étab­lisse­ments d’enseignement rem­plis­sent une tâche sociale et ont le devoir de veiller à la qual­ité de l’enseignement. Cela exige que les écoles trait­ent les don­nées per­son­nelles des élèves, des étu­di­ants et des par­ents qui leur sont con­fiés de manière cor­recte et pru­dente. En out­re, la posi­tion vul­nérable des enfants exige une pro­tec­tion sup­plé­men­taire, afin qu’ils puis­sent se dévelop­per dans un envi­ron­nement (sco­laire) libre et sûr. La pro­tec­tion des don­nées per­son­nelles dans le secteur de l’éducation est donc essen­tielle.”

La sécu­rité et la sou­veraineté numériques dans l’é­d­u­ca­tion font l’objet d’une pres­sion crois­sante

Comme tout le reste de la société, l’éducation se numérise rapi­de­ment. Cette évo­lu­tion a été exac­er­bée par la pandémie de coro­na. L’introduction néces­saire de l’enseignement à domi­cile a obligé les écoles à dis­pos­er rapi­de­ment (et à moin­dre coût) de sys­tèmes logi­ciels et d’applications. Ain­si, les ser­vices apparem­ment gra­tu­its de Google et de Microsoft ont fourni un moyen pra­tique d’y par­venir.

Toute­fois, à l’époque, les écoles n’avaient pas la pos­si­bil­ité d’évaluer les aspects de la vie privée de ces ser­vices. Aujourd’hui encore, en rai­son du manque de trans­parence, il n’est pas facile d’évaluer com­ment les pro­duits util­isés sont struc­turés, quelles par­ties ont accès aux don­nées et quels algo­rithmes sont util­isés.

Nous con­sta­tons que les étab­lisse­ments d’enseignement ont du mal à assur­er la pro­tec­tion de la vie privée des étu­di­ants, des par­ents, des enseignants et des employés

Les étab­lisse­ments d’enseignement sont cen­sés dis­pos­er de poli­tiques de pro­tec­tion de la vie privée en bonne et due forme et veiller à leur mise en oeu­vre, mais les con­nais­sances en matière de pro­tec­tion de la vie privée numérique et la con­science des risques sont encore sou­vent insuff­isantes. L’évaluation des risques pour la vie privée d’un nou­veau logi­ciel ou d’une nou­velle appli­ca­tion, par exem­ple, est alors une tâche impos­si­ble.

Cela est égale­ment dû au fait que le gou­verne­ment a lais­sé le sou­tien numérique dans l’éducation au marché privé, bien qu’il s’agisse d’une tâche publique. Il y a un manque de direc­tion – ou de « respon­s­abil­ité du sys­tème » comme l’appelle l’Autorité des don­nées per­son­nelles des Pays-Bas – et de sou­tien sup­plé­men­taire pour per­me­t­tre au secteur de l’éducation d’assumer sa respon­s­abil­ité.

Il n’est pas souhaitable que l’in­fra­struc­ture numérique de l’enseignement soit entière­ment (ou même par­tielle­ment) entre les mains de géants tech­nologiques étrangers

L’environnement d’apprentissage numérique dans l’éducation est devenu de plus en plus dépen­dant des ser­vices des Big Tech. Celles-ci dis­posent donc d’un grand nom­bre de don­nées sur le com­porte­ment et le développe­ment des élèves et le sort de ces don­nées n’est pas clair. Le risque d’abus dans l’utilisation de ces don­nées, par exem­ple par le biais du pro­fi­lage et du ciblage, ne peut être éval­ué – et encore moins évité.

L’Autorité des don­nées per­son­nelles des Pays-Bas observe : “Le pou­voir de ces grands four­nisseurs, leur manque de trans­parence et le manque de con­nais­sances, en par­ti­c­uli­er des petits étab­lisse­ments d’enseignement, font qu’il est dif­fi­cile de déter­min­er les garanties appro­priées en matière de pro­tec­tion des don­nées et, si néces­saire, de les faire respecter par le four­nisseur.”

Tout aus­si impor­tant est le fait qu’au lieu d’acquérir de véri­ta­bles com­pé­tences numériques, les enfants appren­nent seule­ment à utilis­er des pro­duits spé­ci­fiques. Par exem­ple, on enseigne aux enfants un pro­gramme de traite­ment de texte spé­ci­fique, et non les principes et les méth­odes du traite­ment de texte. Par con­séquent, l’esprit cri­tique se perd et les enfants sont trans­for­més en con­som­ma­teurs, ce qui ren­force encore le pou­voir des géants de la tech­nolo­gie.

Nous voyons l’UE pren­dre des mesures pour lim­iter le pou­voir des géants de la tech­nolo­gie. Mais la route est longue et nous ne voulons pas l’attendre

En atten­dant, nous tra­vail­lons dur pour trou­ver des moyens (légaux) afin de lim­iter le pou­voir des grandes entre­pris­es tech­nologiques. Les gou­verne­ments, tant en Europe qu’en Amérique, s’inquiètent non seule­ment du mono­pole du marché et de la façon dont ces entre­pris­es en abusent, mais aus­si du risque de per­tur­ba­tion sociale : influ­ence sur l’économie et la démoc­ra­tie.

Ces types de mesures juridiques sont néces­saires, mais elles impliquent des proces­sus éten­dus et longs sur lesquels nous avons peu d’influence. Cepen­dant, nous voyons des pos­si­bil­ités de remédi­er à la sit­u­a­tion dans l’enseignement et de ne pas suc­comber au lob­by­ing intense exer­cé par les Big Tech.

Nous pen­sons qu’il est néces­saire de restau­r­er la sou­veraineté numérique dans l’en­seigne­ment. Nous pré­con­isons donc le développe­ment d’une alter­na­tive (à l’échelle de l’é­d­u­ca­tion)

Des ini­tia­tives ont déjà été pris­es par dif­férents acteurs du secteur de l’éducation pour le développe­ment d’un sys­tème d’apprentissage pro­pre, y com­pris le stock­age des don­nées sous sa pro­pre ges­tion. En util­isant des logi­ciels libres et en appli­quant le principe de “pri­va­cy by design”, la pro­tec­tion des don­nées per­son­nelles est prise en compte à un stade pré­coce. Les enfants com­men­cent à décou­vrir qu’il existe aus­si des options numériques sûres qui ne sont pas con­trôlées par les Big Tech.

Les écoles alle­man­des ont fait de bonnes expéri­ences avec des sys­tèmes alter­nat­ifs, et des pas con­sid­érables dans cette direc­tion ont égale­ment été faits dans quelques écoles d’Amsterdam. Le min­istère français de l’Éducation Nationale vient égale­ment de recon­firmer l’obligation de se pass­er des offres de Google et Microsoft dans les écoles et offre un large pan­el d’outils numériques reposant sur des alter­na­tives plus éthiques. Citons aus­si par exem­ple le lycée Carnot de Bru­ay-Labuis­sière (France) ou quelques enseignants expéri­mentent depuis plusieurs années l’intégration des logi­ciels libres dans leur école. Plusieurs régions d’Espagne tra­vail­lent égale­ment en ce sens.

Et en Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles, citons l’exemple de l’Athénée Roy­al de Gem­bloux qui a fait le choix de met­tre en place tout un écosys­tème numérique con­stru­it avec des logi­ciels libres.

Il est main­tenant impor­tant d’unir nos forces et de tra­vailler sur notre pro­pre sys­tème d’apprentissage numérique, afin de récupér­er la sou­veraineté dans l’éducation.

Les grands principes de ce sys­tème d’apprentissage numérique alter­natif sont les suiv­ants : logi­ciels libres, respect de la vie privée dès la con­cep­tion, traite­ment (local) des don­nées dans l’UE

L’utilisation de logi­ciels libres per­met aux util­isa­teurs de véri­fi­er la tech­nolo­gie. Elle donne à cha­cun le droit d’utiliser, de com­pren­dre, de mod­i­fi­er et de partager les logi­ciels. Cela con­traste avec les logi­ciels fer­més et pri­va­teurs des géants de la tech­nolo­gie, dont le code source n’est pas pub­lic et qui ne per­me­t­tent donc pas d’évaluer les risques et les car­ac­téris­tiques por­tant atteinte à la vie privée.

Les logi­ciels à code source ouvert don­nent un aperçu du fonc­tion­nement des appli­ca­tions et per­me­t­tent aux élèves d’apprendre à gér­er les risques liés à la vie privée. La pro­mo­tion de la “cul­ture numérique” et de la “cul­ture médi­a­tique” fait ain­si par­tie de l’enseignement. Ensuite, les élèves sont égale­ment en mesure de faire le choix d’une util­i­sa­tion de ces logi­ciels libres, que ce soit en dehors du con­texte sco­laire ou dans leur car­rière ultérieure.

La seule façon de garan­tir véri­ta­ble­ment les valeurs essen­tielles telles que la vie privée est de les inclure dans la con­cep­tion dès le début. Les logi­ciels dévelop­pés selon le principe du respect de la vie privée dès la con­cep­tion con­trastent forte­ment avec les logi­ciels des géants de la tech­nolo­gie, qui visent pré­cisé­ment le pro­fi­lage et le ciblage des indi­vidus.

Le traite­ment des don­nées doit être tel que le risque d’abus soit aus­si faible que pos­si­ble. Un traite­ment décen­tral­isé et local des don­nées est préférable, au moins dans l’UE (Union Européenne). En out­re, il con­vient d’éviter le traite­ment des don­nées par des entre­pris­es qui sont liées par une lég­is­la­tion étrangère moins stricte et qui, de ce fait, met­tent en dan­ger la vie privée.

Ver­sion belge du man­i­feste

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