L'Assemblée nationale a adopté le 13 janvier 2026 le projet de loi sur l’organisation des Jeux olympiques d’hiver de 2030. Les députés ont voté le 17 décembre la prolongation de l’expérimentation de la vidéosurveillance algorithmique jusqu’au 31 décembre 2027.
Par ailleurs, Darmanin a annoncé en juin la création d'un groupe de travail sur la reconnaissance faciale. Et La Quadrature vient de démontrer le détournement actuel par la police de l'usage des photos normalisées rendues obligatoires pour l'établissement des cartes d'identité et passeports... Ce qui permet de basculer vers la reconnaissance faciale.
VSA et reconnaissance faciale, kesako ?
Par le schéma ci-dessous, la CNIL explique fort bien la différence, très ténue : les "caméras augmentées", relèvent de la VSA (Vidéo Surveillance Algorithmique) ; les "caméras biométriques" permettent de basculer dans la reconnaissance faciale.
Dans la VSA, on n'identifie certes pas la personne "de manière unique", mais on peut analyser ses émotions, ce qui est quand même très inquisiteur. Dans le cas des caméras biométriques (reconnaissance faciale), l'identification de la personne se fait en comparant l'image obtenue par la caméra avec celle stockée dans un fichier, par exemple le fichier national TES ("titres électroniques sécurisés", qui contient celles de nos cartes d'identité ou de nos passeports), ou le fichier TAJ ("Traitement d’Antécédents Judiciaires", qui contient celles des suspect.es, mais aussi des témoins ou des plaignant.es lors de toute action judiciaire !).

La bascule de l'un (VSA) à l'autre (reconnaissance faciale) est juste une ligne de code dans un programme... allègrement franchie par les concepteur.trices et utilisateur.trices !
Le retour de la VSA
L'expérimentation de la VSA s'est officiellement terminée en mars 2025 (liée à la loi JO 2024).
Dans un rapport rédigé par un comité d’évaluation (janvier 2025), des député.es ont jugé sévèrement cette expérimentation et questionné l’intérêt opérationnel réel de la VSA en matière de sécurité publique. Le rapport de la commission des lois du Sénat sur le projet de loi sur l’organisation des Jeux olympiques d’hiver en a critiqué l'utilité finalement très limitée.
Le Conseil constitutionnel avait retoqué la prolongation de l'expérimentation jusqu'en 2027.
Le gouvernement a ignoré l'ensemble de ces critiques, et cherche à contourner la décision du Conseil constitutionnel à travers la loi JOP2030, actuellement débattue.
Cette loi définit les mesures en matière de sécurité à déployer à l'occasion des jeux d'hiver de 2030 qui auront lieu notamment dans notre région Auvergne-Rhône-Alpes.
Bizarrerie légale, la prolongation adoptée (à fin 2027) ne couvrirait pas les JO de 2030 qui en sont sa justification ! Bien évidemment sera proposée à un moment une nouvelle prolongation... ou une loi pour l'installer définitivement dans l'arsenal répressif.
Ci-dessous analyse de La Quadrature du Net.


Deux recours contre les JOP 2030
Le Collectif citoyen JOP 2030, accompagné d'associations, d'élu.es et de citoyen.nes ont attaqué en justice le contrat hôte des Jeux olympiques et paralympiques d'hiver 2030 devant le tribunal administratif de Lyon le 12 mai.
Ce contrat, signé en avril, long d'une cinquantaine de pages, définit les grandes lignes du projet et des obligations pour les deux régions organisatrices et le CNOSF.
Il prévoit notamment la création d’équipements, comme
le village olympique de Briançon et la nouvelle patinoire
de Nice. Des constructions qui vont conduire, comme le dénonce le collectif citoyen JOP 2030, à une dérégulation du droit de l'urbanisme et de l'environnement.
Le Conseil national d'évaluation des normes a déjà rendu un avis défavorable le 29 avril. Ce qui n'empêche pas le gouvernement de pousuivre son projet.
Les opposant.es aux JOP dénoncent également l'absence de consultation citoyenne. Ils ont fait une saisine du comité Aarhus, instance de l'ONU, chargée de veiller à l’application de la convention d’Aarhus - portant sur l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et sur l’accès à la justice en matière d’environnement - une convention qui a été ratifiée par la France.

Le Collectif citoyen JOP 2030 a également saisi la justice administrative le 15 septembre pour exiger la mise en place d’un « véritable débat public » sur les JOP2030.
Le collectif s'est rendu à Paris le 10 décembre au moment du vote sur la reconduction de la VSA pour interpeller les parlementaires.
Poursuivons la lutte contre la VSA !
À l'aune de cette menace de déploiement de la VSA à l'occasion des jeux d'hiver, il est important de nous mobiliser à Saint-Étienne et partout dans la région Auvergne-Rhone-Alpes, car nous serons évidemment les premier.es touché.es.
Derrière la légalisation de la VSA, c'est la menace de la reconnaissance faciale qui se profile. Un certain nombre de responsables politiques ont affiché publiquement leur volonté de voir la reconnaissance faciale se déployer en France.
Sous couvert de sécurité, les JO normalisent l'utilisation des logiciels de VSA et de reconnaissance faciale et permettent leur utilisation par des entreprises privées.
Nous refusons que nos rues servent à l'expansion de cette forme de surveillance.
Dans plusieurs villes, des habitantes et habitants ont déjà demandé à leur maire de s’engager contre la VSA, comme : Montreuil, Toulouse, Nice, Embrun, Strasbourg, Paris, Rennes, Grenoble, Lille, Marseille, Lyon, Clermont-Ferrand, Nantes... Des actions qui s'inscrivent dans une campagne nationale, "Pas de VSA dans ma ville !", lancée par la Quadrature du Net.
À Saint-Étienne nous avons décidé de nous joindre à cette action, en lançant une pétition en ligne et en version papier. À signer et à faire tourner !
Signez notre pétition : NON à la VSA à Saint-Étienne !

Si vous souhaitez signer en tant qu'organisation, contactez-nous sur : halteaucontrolenumerique@protonmail.com
Mais vous pouvez aussi être inventif.ves, nous relaierons toutes les initiatives, preuves des oppositions locales à la VSA !
Après la VSA, la reconnaissance faciale
Darmanin a annoncé à l'AFP sa volonté de créer d'un groupe de travail sur la reconnaissance faciale, dont l'objectif sera de "créer un cadre légal" permettant d’"introduire cette mesure dans notre législation".
Darmanin ne cache plus son admiration pour les pays ayant déjà recours à la reconnaissance faciale, comme la Chine ou les Émirats arabes unis. Des régimes où l'on enferme les défenseur.es des droits et où l'on pratique la torture...
Comme l'analyse Felix Tréguer, de la Quadrature du Net, si une loi était prochainement adoptée pour autoriser la reconnaissance faciale en temps réel, les choses pourraient aller très vite car l’infrastructure technique permettant un usage en temps réel est d’ores et déjà en place : capteurs, bases de données centralisées de photos d'identité (TAJ + TES) et les algorithmes de reconnaissance faciale dont le taux de fiabilité a beaucoup progressé ces dernières années.

"Avec la reconnaissance faciale, nos visages deviennent à leur tour les termes indexiques des fichiers de police, ce par quoi nos données d’état civil peuvent être automatiquement révélées (nom, prénom, lieu de naissance, lieu de résidence, etc.). Si son usage en temps réel était autorisé, circuler à visage découvert reviendrait à arborer une carte d’identité infalsifiable, lisible à tout moment par l’État. L’anonymat serait rendu pratiquement impossible (...)
La reconnaissance faciale, c’est aussi ce par quoi le fascisme pourrait s’installer et perdurer. Lors de cette journée de septembre 2019 à la Direction générale de la gendarmerie nationale, nous avions ainsi rappelé à tous ses partisans présents dans l’assistance pourquoi elle était selon nous inacceptable.
Croyant pouvoir faire vibrer quelques cordes sensibles dans l’assistance, nous leur avions dit notre conviction que, si nos grands-mères et nos grands-pères avaient dû vivre au début des années 1940 dans un monde saturé de ces technologies, ils n’auraient pas pu survivre bien longtemps en clandestinité, et donc organiser des réseaux de résistance capables de tenir tête au régime nazi.
Cette hypothèse contrefactuelle permet d’illustrer pourquoi la reconnaissance faciale est tout simplement incompatible avec la défense des formes de vie démocratiques. Par les temps qui courent, elle n’est pas à prendre à la légère."
Félix Tréguer, Sociologue, membre de LQDN, "Le serpent de mer de la reconnaissance faciale" AOC
Résistons !
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2 réponses sur « JO 2030 : retour de la VSA et de la reconnaissance faciale »
[…] JOP2030, retour de la VSA et de la reconnaissance faciale (HACN, 06/2025) […]
[…] la région Auvergne-Rhône-Alpes - ne cessent de vouloir réinstaurer l'expérimentation, pour les prochains JO […]