Le Conseil Constitutionnel censure la prolongation de la VSA

Le 24 avril, le Con­seil con­sti­tu­tion­nel a reto­qué l’ar­ti­cle 15 con­cer­nant la pro­lon­ga­tion de la vidéo­sur­veil­lance algo­rith­mique jusqu’en 2027, pro­posée par le gou­verne­ment dans la loi “sureté dans les trans­ports”. Une sacrée vic­toire !Toute­fois la vig­i­lance reste de mise, car ces dernières années la VSA et la recon­nais­sance faciale se sont déploy­er dans plusieurs villes de France… On résume tout ça dans cet arti­cle.

Le cadre « expéri­men­tal » d’utilisation de la VSA prévu par la loi sur les Jeux Olympiques devait pren­dre fin au 31 mars 2025. Toute­fois, le min­istre des trans­ports, Philippe Tabarot, a déposé en mars 2025 un amende­ment dans une loi qui n’avait rien avoir, celle de la “sureté dans les trans­ports, pour repouss­er ce délai jusqu’à la fin de l’année 2027.

La Quad­ra­ture du Net a relevé par ailleurs que ce texte com­pre­nait de nom­breuses autres mesures de sur­veil­lance, comme : l’expérimentation de micros dans les bus et les cars, la péren­ni­sa­tion des caméras pié­tons pour les agents de con­trôle ain­si que le ren­force­ment des pou­voirs coerci­tifs de ces agents (pal­pa­tions, taser…).

Alors que le rap­port d’évaluation a con­staté l’absence d’efficacité de cette tech­nolo­gie et que le tri­bunal admin­is­tratif de Greno­ble l’a déclaré illé­gale, l’Assem­blée Nationale a voté son pro­longe­ment le mar­di 18 mars.

Cepen­dant, des députés ont saisi le Con­seil con­sti­tu­tion­nel en mars con­sid­érant que la propo­si­tion du gou­verne­ment était un cav­a­lier lég­is­latif (c’est-à-dire que l’article n’avait aucun lien avec le texte en ques­tion). Résul­tat, le Con­seil Con­sti­tu­tion­nel a pour une fois fait son tra­vail et cen­suré la pro­lon­ga­tion de la VSA jusqu’en 2027.

L’u­til­i­sa­tion de la VSA est donc pour l’in­stant dev­enue illé­gale. Une sacrée vic­toire et une veste pour tous ses pro­mo­teurs !

Toute­fois, comme le souligne Amnesty Inter­na­tion­al, la vig­i­lance reste de mise, car cela fait plusieurs années que le gou­verne­ment fait tout pour légalis­er la VSA, et der­rière elle, la recon­nais­sance faciale.

Image de Marte Aubineau pour Le Monde

Avec la loi sécu­rité dans les trans­ports, la légal­i­sa­tion de l’outil de sur­veil­lance est passée d’une loi à une autre, une méth­ode dont est cou­tu­mi­er le gou­verne­ment (cf : loi sécu­rité glob­ale). Il est fort pos­si­ble qu’il essaie de la refaire pass­er dans une autre loi.

Par ailleurs, un cer­tain nom­bre de respon­s­ables poli­tiques ont affiché publique­ment leur volon­té de voir la recon­nais­sance faciale se déploy­er en France.

De nom­breux sys­tèmes de sur­veil­lance (VSA et recon­nais­sance faciale) ont déjà été expéri­men­tés dans dif­férentes villes de France ces dernières années.

Pho­to  F. Binac­chi, ANP, 20 Min­utes
  • En 2020, le club de foot­ball FC Metz aurait testé cette tech­nolo­gie lors d’un match de ligue 1 entre le FC Metz et Saint-Eti­enne, afin d’identifier les spec­ta­teurs inter­dits de stade, détecter les objets aban­don­nés et « lut­ter con­tre le ter­ror­isme ». Les dis­posi­tifs de recon­nais­sance faciale ont été mis en place par l’entreprise Two‑i.

Le club a démen­ti, indi­quant qu’il ne s’agissait que de « tests tech­niques à vide, réal­isés sur des employés de la start-up ». Les sup­port­ers n’étaient pas au courant de l’expérimentation sup­posée.

Pho­to YVES SALVAT MAXPPP, France info
  • En novem­bre 2023, le média Dis­close a révélé que la police française était dotée du logi­ciel israélien Brief­cam, qui con­tient une fonc­tion­nal­ité de recon­nais­sance faciale. Selon Dis­close, le logi­ciel Brief­cam équiperait la police munic­i­pale dans près de 200 com­munes.

Suite à ces révéla­tions, la CNIL a lancé une procé­dure de con­trôle à l’encontre du min­istère de l’Intérieur, qui a lui-même demandé une enquête indépen­dante et des con­clu­sions publiques sous trois mois. Ce délai est large­ment dépassé, et les con­clu­sions se font tou­jours atten­dre.

En Isère, la jus­tice a toute­fois ordon­né à la com­mune de Moirans de cess­er l’utilisation de ce logi­ciel. Lille s’est égale­ment faite épin­gler par la CNIL.

Pour La Quad­ra­ture du Net, les habitant·es de toute ville qui ont choisi de met­tre en place ce type de sur­veil­lance algo­rith­mique, peu­vent légitime­ment en deman­der l’arrêt immé­di­at. C’est d’au­tant plus vrai main­tenant avec la cen­sure du Con­seil con­sti­tu­tion­nel…

Plate­forme du logi­ciel Brief­cam qui per­met la recon­nais­sance faciale

Chez nous aus­si, en Auvergne-Rhône-Alpes, Lau­rent Wauquiez avait fait vot­er en 2023 par le Con­seil région­al, le déploiement de la vidéo­sur­veil­lance algo­rith­mique dans tous les lycées et trains de la région.

Gare Part Dieu Lyon, pho­to de Susie Waroude

Sous cou­vert de sécu­rité, les JO ont nor­mal­isé l’u­til­i­sa­tion des logi­ciels de VSA et de recon­nais­sance faciale et per­mis leur util­i­sa­tion par les entre­pris­es privées.

D’après Amnesty inter­na­tion­al, d’autres villes comme Toulouse, Vannes, Stras­bourg seraient dotées de tels out­ils et d’autres pro­jets encore incon­nus sont peut-être en train d’être dévelop­pés.

Voir la carte inter­ac­tive du col­lec­tif Tech­nop­o­lice lis­tant les expéri­men­ta­tions de tech­nolo­gies de sur­veil­lance en France.

Voilà des années que les poli­tiques poussent au déploiement de la VSA et de la recon­nais­sance faciale, il est cer­tain qu’ils n’en res­teront pas là.

D’ailleurs, mar­di 6 mai, Gérald Dar­manin, a déclaré, dans une inter­view sur la chaîne YouTube Leg­end, qu’il aimerait utilis­er la recon­nais­sance faciale comme à Dubai ou Sin­gapour… et aus­si qu’il pen­sait aux élec­tions prési­den­tielles de 2027.

La men­ace plane donc tou­jours au-dessus de nos tête, d’au­tant que cer­tains de nos voisins, comme la Bel­gique, ont récem­ment autorisé l’u­til­i­sa­tion de la recon­nais­sance faciale sur leur pro­pre ter­ri­toire.

Nous restons vig­i­lants et con­tin­uerons ne nous mobilis­er con­tre l’escalade de la sur­veil­lance.

En atten­dant , nous vous invi­tons à sign­er et à partager mas­sive­ment la péti­tion d’Amnesty Inter­na­tion­al pour deman­der l’in­ter­dic­tion de la recon­nais­sance faciale!

https://www.amnesty.fr/petitions/la-france-ne-doit-pas-devenir-la-championne-de-la-surveillance

Non à la recon­nais­sance faciale, non à la VSA ! Vic­toire à Moirans…

La police nationale utilise la recon­nais­sance faciale de façon illé­gale depuis 2015 !

La tech­nop­o­lice à l’oeu­vre dans nos villes et vil­lages

NON à la VSA à Saint-Éti­enne !

La VSA, vers une expéri­men­ta­tion per­ma­nente

L’en­fer quo­ti­di­en des pop­u­la­tions soumis­es à la recon­nais­sance faciale