La technopolice à l’oeuvre dans nos villes et villages

Plusieurs arti­cles récents con­fir­ment que les équipements de vidéo­sur­veil­lance sont éten­dus vers des tech­nolo­gies de plus en plus inquisitri­ces (en direc­tion de la recon­nais­sance faciale per­ma­nente), et dans un nom­bre crois­sant d’usages qui, com­binés ensem­ble, ren­for­cent le pistage.

Le Monde (Pourquoi la promesse de “vidéogér­er” les villes avec des caméras cou­plées à une intel­li­gence arti­fi­cielle séduit et inquiète) évoque ain­si les cas de Dijon et de Nîmes qui ne cessent d’a­jouter des fonc­tions à leurs “cen­tres de super­vi­sion urbaine” (CSU, dénom­mé à Nîmes “hyper­viseur, 20 m de long, 76 écrans – pour 1300 caméras – sur­veil­lés par une cinquan­taine d’a­gents …).

Ces safe cities (smart city cen­trées sur la sur­veil­lance) pré­ten­dent gér­er à dis­tance la sécu­rité, la cir­cu­la­tion, le sta­tion­nement, l’ ”envi­ron­nement (pris dans une accep­tion très réduc­trice de pro­preté et d’or­dre)…

L’“hyper­viseur” nîmois con­cen­tre ain­si toutes les infor­ma­tions en lien avec la ges­tion de l’espace pub­lic et per­me­t­trait, d’après ses pro­mo­teurs, de gér­er d’un sim­ple clic l’éclairage pub­lic d’un quarti­er, de repér­er une intru­sion dans un bâti­ment munic­i­pal, ou un dépo­toir sauvage, un com­porte­ment étrange

Il est aus­si mas­sive­ment util­isé pour la mise d’a­mendes à dis­tance (leur nom­bre aurait aug­men­té de 23 % en un an avec la vidéover­bal­i­sa­tion). Ce qui peut aus­si inter­venir pour des “com­porte­ments” ren­trant dans le cadre des AFD (amendes for­faitaires délictuelles, éten­dues par la loi LOPMI).

Le sys­tème nîmois est doté de logi­ciels d’intelligence arti­fi­cielle d’I­neo, de Syn­dex, et celui de Brief­cam, entre­prise israéli­enne mise en cause dans un arti­cle de Dis­close car elle four­nit illé­gale­ment la police française (depuis 2015 !), et par un tri­bunal admin­is­tratif qui vient de con­damn­er la com­mu­nauté de com­munes de Deauville (déci­sion annulée par le Con­seil d’E­tat en décem­bre … car le logi­ciel est hors ser­vice, elle laisse la déci­sion finale à la CNIL).

Dans les deux cas il a été démon­tré que ce logi­ciel per­me­t­tait réelle­ment la recon­nais­sance faciale (illé­gale) et ne se lim­i­tait pas à la “Vidéo­sur­veil­lance algo­rith­mique, ce dis­posi­tif validée par la France (seule en Europe…) en expéri­men­ta­tion pen­dant la péri­ode des Jeux olympiques de 2024.

Smart police d’Edicia, le logi­ciel à tout faire des polices munic­i­pales

La Quad­ra­ture du Net présente ain­si ce logi­ciel français qui équiperait ‑assez dis­crète­ment – plus de 600 polices munic­i­pales à tra­vers la France (pas que des villes). Le site de l’en­tre­prise et le manuel d’utilisation de Smart Police pré­cisent que ce logi­ciel per­met :

  • de suiv­re à dis­tance des équipes sur le ter­rain, de leur attribuer des “mis­sions, de car­togra­phi­er ;
  • de rédi­ger depuis le ter­rain des doc­u­ments juridiques (“mains courantes”, procès-ver­baux (pour l’at­tri­bu­tion d’AFD ?) ;
  • d’ajouter à une base de don­nées des clichés pho­tographiques (par exem­ple lors d’une man­i­fes­ta­tion), la local­i­sa­tion géo­graphique, l’iden­tité et les coor­don­nées d’un sus­pect ou de témoins (enreg­istrées en scan­nant les cartes d’identité), etc ;
  •  un mod­ule Demande admin­istré” per­met d’enreg­istr­er les sig­nale­ments faits par des admin­istrés à la police munic­i­pale (bruit, dégra­da­tion, présence d’un ani­mal dan­gereux, etc.).
  • le mod­ule Vig­i­lance active, per­met, lui, de rassem­bler des infor­ma­tions non offi­cielles sur des événe­ments passés ou futurs (selon une rumeur dans la rue ou parce que repérés sur les réseaux soci­aux, par exem­ple celui d’un “rassem­ble­ment non autorisé”…). Par sim­ple clic à dis­tance, les officiers peu­vent trans­former ces con­stats en “mis­sions.

Or les prérog­a­tives des polices munic­i­pales (même élar­gies par la loi LOPMI) restent lim­itées, notam­ment en matière de con­trôle d’identité, et devraient être soumis­es à un con­trôle étroit. Ce type de logi­ciel peut par ailleurs très rapi­de­ment con­duire à un fichage illé­gal.