Mine de lithium dans l’Allier : Imerys va pomper les eaux souterraines

Manif con­tre les mines de lithi­um dans l’Al­li­er – Reporterre 2025

Dans les débats publics, le géant minier avait omis de pré­cis­er qu’il allait pom­per l’équivalent d’une piscine olympique tous les trois jours dans les eaux souter­raines. Avec des risques envi­ron­nemen­taux non nég­lige­ables.

Nous reprenons ci-dessous des extraits de l’arti­cle de Nico­las Chev­i­ron et Celia Izoard (que nous avons reçu en 2023), paru sur le site Médi­a­part. Plusieurs col­lec­tifs de l’Al­li­er sont engagés dans la con­tes­ta­tion de ce pro­jet, dont deux (Stop Mines 03 et Préser­vons la forêt des Col­lettes) sont inter­venus à l’é­cole d’ar­chi­tec­ture de Saint Eti­enne en jan­vi­er.

Depuis la révéla­tion du pro­jet de mine de lithi­um à Échas­sières, en octo­bre 2022, les habitant·es de la région s’inquiètent pour ses impacts sur l’eau. Le géant minier Imerys n’a cessé de leur répon­dre que le site qu’il entend exploiter dès 2028 sera un mod­èle de sobriété.

Il suf­fi­ra ain­si, assure l’industriel, de 600 000 mètres cubes (m3) d’eau par an, prélevés dans la Sioule, pour faire tourn­er la mine et son usine de con­cen­tra­tion, à Échas­sières, et d’une quan­tité équiv­a­lente sous­traite au Cher pour l’usine de con­ver­sion prévue à Montluçon. L’objectif étant la pro­duc­tion d’hydroxyde de lithi­um des­tiné au marché des bat­ter­ies élec­triques.

Or la Sioule est déjà affec­tée par le change­ment cli­ma­tique : son débit moyen a bais­sé de 15 % en trente ans, et son débit d’étiage de 48 %”. Une don­née man­quait cepen­dant dans les sché­mas et les élé­ments de lan­gage de l’industriel : le vol­ume des eaux dites “d’exhaure”, qui s’accumulent au fond de la mine et qu’il faut pom­per pour pou­voir exploiter le gise­ment.

Un expert en ingénierie envi­ron­nemen­tale a admis, le 26 juin 2025, que l’en­tre­prise serait con­trainte de pom­per quelque 800 m3 d’eau par jour pour met­tre la mine hors d’eau, soit une piscine olympique tous les trois jours ! Il a ajouté que ce pom­page con­duirait à un abaisse­ment d’un mètre du niveau de la nappe phréa­tique, au lieu des 10 cm annon­cés un an plus tôt.

Le phénomène des eaux d’exhaure est présent dans la qua­si-total­ité des mines et con­stitue même “l’un des défis et l’un des blocages majeurs de l’extractivisme depuis l’origine : c’est pour lui que se sont déployés d’abord les pre­mières machines à vapeur et le pre­mier cap­i­tal­isme fos­sile”, indique François Jar­rige, his­to­rien des tech­niques.

Imerys avait dans un pre­mier temps lais­sé enten­dre que, par mir­a­cle, il n’y aurait guère besoin de siphon­ner les eaux souter­raines. “Heureuse­ment, c’est un gise­ment de gran­ite très très com­pact, avait affir­mé son directeur sur France Inter en jan­vi­er 2023. Il n’y a aucune nappe phréa­tique dans le gise­ment.”

Présence finale­ment admise par un respon­s­able d’Imerys lors d’une réu­nion publique en mai 2024 à Vichy, mais en la mino­rant. Cela con­tred­it plusieurs études antérieures. “Véri­ta­ble labyrinthe souter­rain, ce secteur à infil­tra­tion rapi­de ren­dra exces­sive­ment dif­fi­cile l’établissement de périmètres de pro­tec­tion”, d’après le Bureau de recherch­es géologiques et minières (BRGM) en 1980…

L’Autorité envi­ron­nemen­tale sem­ble pour sa part avoir obtenu d’autres chiffres d’Imerys. Elle évoque des débits d’exhaure pou­vant attein­dre 1 180 m3/j, voire 4 450 m3/j, soit respec­tive­ment une piscine olympique tous les deux jours et jusqu’à deux par jour.

Il y aura donc un impact sur l’environnement. “On peut réin­jecter cette eau minière dans la riv­ière, mais sa qual­ité peut être chim­ique­ment très dif­férente de l’eau de la riv­ière, par exem­ple chargée en arsenic ou en radioac­tiv­ité, et donc con­t­a­min­er le cours d’eau”, d’après Scott Cardiff, spé­cial­iste de la qual­ité de l’eau et des écosys­tèmes dans les zones minières. “L’impact le plus courant et le plus impor­tant de ces pom­pages et de l’abaissement de la nappe phréa­tique est l’assèchement des sources et des ruis­seaux et des zones humides”.

Selon un rap­port hydrologique du cab­i­net Antea com­man­dité par Imerys, les eaux souter­raines con­cernées par le pro­jet ali­mentent une dizaine de sources ain­si qu’une quar­an­taine de puits com­mu­naux et privés. Elles assurent aus­si la péren­nité de la forêt des Colettes, com­posée prin­ci­pale­ment de hêtres et de chênes. Or “la région a subi des sécher­ess­es ces dernières années, indique Fran­cis Kessler, botaniste et phy­toso­ci­o­logue. L’abaissement de la nappe va cer­taine­ment créer une frag­ili­sa­tion de l’écosystème foresti­er.”

Le chercheur à l’Université du Québec à Chicouti­mi (UQAC) exprime par ailleurs son scep­ti­cisme sur les rap­ports four­nis par les entre­pris­es. “Ces études pèchent habituelle­ment par leur manque de con­sid­éra­tion pour l’incertitude sur leurs pré­dic­tions, dénonce-t-il. Un pro­jet minier devrait faire l’objet d’une con­tre-exper­tise et d’un suivi indépen­dants de ses impacts sur l’eau, à plus forte rai­son en milieu habité, on ne peut pas se con­tenter des études man­datées par l’entreprise.”

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