JO 2024 : “surveillance”, médaille d’or assurée pour la France

Image tirée du site de Saccage 2024

Depuis longtemps, les Jeux Olympiques et autres man­i­fes­ta­tions sportives mon­di­al­isées sont large­ment dénaturés par les logiques poli­cières… Mais ces JO 2024 dits de Paris (qui con­cer­nent aus­si l’ensem­ble du ter­ri­toire mét­ro­pol­i­tain comme cer­tains ter­ri­toires d’outre-mer) dépassent la ges­tion poli­cière de l’évène­ment pour impos­er de nou­velles logiques sécu­ri­taires qui dureront bien au delà des jeux.

L’emploi des tech­nolo­gies de sur­veil­lance, de con­trôle et de manip­u­la­tion est une par­tie majeure de cette bas­cule. Ci-dessous extraits de divers arti­cles qui per­me­t­tent de s’en faire une idée.

Des villes ver­rouil­lées au nom de la sécu­rité, dans Le Monde Diplo­ma­tique de jan­vi­er 2024

Présen­tés comme l’événe­ment sécu­ri­taire le plus impor­tant du monde en temps de paix” par Aldric Lude­sch­er, chef de la sécu­rité du Comité inter­na­tion­al olympique (CIO), les Jeux organ­isés à Paris l’été prochain promet­tent un grand bond en avant dans la sur­veil­lance et la ges­tion des foules. Pareilles per­spec­tives aigu­isent l’appétit des indus­triels autant qu’elles ali­mentent l’angoisse des autorités.

Ces dernières s’emploient d’abord à empêch­er les fric­tions sociales et urbaines : un dis­posi­tif d’expul­sion de sans-abri et de migrants achem­inera les indésir­ables dans des “sas” d’accueil situés dans d’autres régions de l’Hexagone, tan­dis que des arrêtés pré­fec­toraux inter­diront la dis­tri­b­u­tion ali­men­taire dans le nord de la cap­i­tale. À la demande du min­istre de l’intérieur, la pré­fec­ture de police a lancé à Paris et en Seine-Saint-Denis un plan dit “zéro délin­quance avec une présence ren­for­cée des forces de l’ordre et une mul­ti­pli­ca­tion des con­trôles.

Les per­spec­tives de lib­erté et d’anonymat qui avaient ali­men­té l’attrait des villes dans l’imaginaire col­lec­tif seront anéanties pen­dant les Jeux, à en croire le préfet de police. Fin novem­bre dernier, M. Lau­rent Nuñez annonçait que des dis­po­si­tions des lois antiter­ror­istes régi­raient un large périmètre de pro­tec­tion lors de la céré­monie d’ouverture.

Ce dis­posi­tif d’exception a déjà été util­isé 612 fois entre le 1er novem­bre 2017 et le 30 avril 2021 (d’après le rap­port séna­to­r­i­al Daubresse-Canay­er), soit presque un jour sur deux. Divers­es zones sont iden­ti­fiées :

  • Cou­vrant 5 % de la sur­face totale de la cap­i­tale, la pre­mière zone sera inter­dite aux véhicules des riverains, des hôpi­taux ou clin­iques, des dépan­neurs (ascenseurs, canal­i­sa­tions) ou des trans­ports de per­son­nes hand­i­capées. Les cyclistes y seront refoulés et les pié­tons soumis à un fil­trage.
  • Un deux­ième périmètre de 20 kilo­mètres car­rés (20 % de la sur­face parisi­enne) ver­ra la cir­cu­la­tion des véhicules motorisés entière­ment “neu­tral­isée” — y com­pris les ser­vices d’aide à domi­cile et les bus.
  • Un dernier périmètre autoris­era les véhicules à cir­culer sous réserve de pou­voir jus­ti­fi­er de son déplace­ment (accès au domi­cile, tra­vail, ren­dez-vous médi­cal, etc.).

Ces dis­posi­tifs fonc­tion­nent-ils ? La police loue leur effi­cac­ité dans les cas du 14-Juil­let et du G7, mais la pagaille aux abor­ds des stades défraie tou­jours la chronique. Comme celle sur­v­enue au Stade de France en mai 2022 en marge d’un match de foot­ball Liv­er­pool-Real Madrid : l’affaire provo­qua un inci­dent diplo­ma­tique entre Lon­dres et Paris.

Au demeu­rant, l’essentiel est ailleurs. Pour la chercheuse Myr­tille Picaud, spé­cial­iste des marchés urbains de la sécu­rité numérique, ces moments de fête, et de spon­sor­ing, offrent aux indus­triels l’occasion d’“une grande démon­stra­tion du savoir-faire français à des­ti­na­tion des marchés extérieurs”. Mais il s’agira aus­si d’expéri­menter ce que l’on peut faire tech­nique­ment et juridique­ment, ce que l’on pour­ra sta­bilis­er dans le temps ou non”. 

En plus de la vidéo­sur­veil­lance algo­rith­mique qui sera alors offi­cielle­ment déployée — elle est en réal­ité util­isée en toute illé­gal­ité depuis des années (voir Les cuisines de la sur­veil­lance automa­tiséeLe Monde diplo­ma­tique de févri­er 2023) —, un appel à pro­jets accéléré lancé en 2019 par l’Agence nationale de la recherche (ANR) et le secré­tari­at général de la défense et de la sécu­rité nationale (SGDSN) vise à “dévelop­per les meilleures solu­tions tech­nologiques pour répon­dre aux prob­lé­ma­tiques de sécu­rité que posent ces événe­ments d’envergure”. 

Ces finance­ments publics doivent offrir “une oppor­tu­nité pour la fil­ière des indus­tries de sécu­rité en ter­mes de struc­tura­tion, de développe­ment de l’innovation et de ray­on­nement inter­na­tion­al (d’après l’Agence nationale de la recherche). Un autre pro­gramme, lancé en avril 2022 par le comité stratégique de fil­ière (CSF) en coopéra­tion avec le min­istère de l’intérieur, illus­tre cette trans­for­ma­tion de l’espace pub­lic en lab­o­ra­toire d’“expéri­men­ta­tion de 200 solu­tions grâce à la mobil­i­sa­tion de 89 entre­pris­es” (d’après le GICAT, Groupe­ment des indus­tries français­es de défense et de sécu­rité ter­restres et aéroter­restres).

Alors que Paris se trans­forme peu à peu en aéro­port, les cham­pi­ons de la sécu­rité urbaine, eux, ont déjà rem­porté l’or…

Les JO 2024, médaille d’or de la sur­veil­lance de masse, arti­cle du site Reporterre, juil­let 2023

Les Jeux olympiques de 2024, qui débuteront le 26 juil­let prochain, con­sacreront des cen­taines de mil­lions d’euros aux caméras, drones et policiers pour sur­veiller Paris. Des mesures d’exception qui risquent de per­dur­er longtemps après la com­péti­tion.

Dans les rues, des dizaines de mil­liers de policiers, de gen­darmes, d’agents de sécu­rité privés. Sur les façades des immeubles, au creux des réver­bères, entre les pales de drones, des caméras de vidéo­sur­veil­lance, cap­tant des images analysées en temps réel par des intel­li­gences arti­fi­cielles som­mées de détecter tout com­porte­ment “sus­pect.

15 mil­lions de vis­i­teurs sont atten­dus, les autorités français­es ont vu grand : un bud­get min­i­mum de 419 mil­lions d’€, dont 50 mil­lions prévus pour le seul déploiement de 900 nou­velles caméras dans la cap­i­tale et ses envi­rons.

Sont égale­ment annon­cés la créa­tion — pour 25 mil­lions d’euros — d’un com­mis­sari­at du futur truf­fé de drones à Élan­court (Yve­lines), la con­struc­tion d’un nou­veau cen­tre de vidéo­sur­veil­lance à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) pou­vant con­stater “jusqu’à 500 infrac­tions par jour”

Thomas, du col­lec­tif Saccage 2024, déplore que “les Jeux olympiques et par­a­lympiques entraî­nent une mil­i­tari­sa­tion de l’espace pub­lic . Approu­vé par l’anthropologue Matheus Vie­gas Fer­rari, qui observe que “les Jeux olympiques et par­a­lympiques sont avant tout un spec­ta­cle sécu­ri­taire. Après les guer­res, c’est là qu’est dépen­sé le plus gros bud­get sécu­ri­taire.”

En 2012, des bat­ter­ies de mis­siles avaient été dis­posées sur des toits d’immeubles durant les Jeux de Lon­dres.

ici lors d’un exer­ci­ce avant ces Jeux. OGL v1.0 / Richard Watt / Defence Imagery via Wiki­me­dia Com­mons

Deux dis­po­si­tions de la loi rel­a­tive aux Jeux olympiques et par­a­lympiques, parue le 20 mai dernier au Jour­nal offi­ciel, sont par­ti­c­ulière­ment décriées par les défenseurs des lib­ertés :

  • l’article 17 prévoit de punir de 7 500 euros d’amende le fait de se main­tenir sur l’aire de com­péti­tion d’une enceinte sportive, un mode d’action plébisc­ité par les activistes écol­o­gistes, notam­ment de Dernière réno­va­tion.
  • l’article 10, autorise, jusqu’au 31 décem­bre 2024, la vidéo­sur­veil­lance algo­rith­mique des man­i­fes­ta­tions “sportives, récréa­tives ou cul­turelles”.

Ce dernier con­duit à con­fi­er à une intel­li­gence arti­fi­cielle l’analyse d’images cap­tées par des caméras fix­es ou des drones, et lui per­me­t­tre d’alerter la police dès qu’elle détecte un com­porte­ment estimé anor­mal — marcher à con­tre-sens, par exem­ple, ou rester sta­tique trop longtemps. Selon Katia Roux, d’Amnesty Inter­na­tion­al France, cette tech­nique con­stitue une atteinte à plusieurs droits fon­da­men­taux : celui à la vie privée “puisque des don­nées com­porte­men­tales et cor­porelles vont être analysées par cet algo­rithme”, mais égale­ment à la lib­erté d’expression et à la lib­erté de réu­nion paci­fique.

Une telle sur­veil­lance peut avoir un effet extrême­ment dis­suasif sur l’exercice de ces droits, parce que l’on n’agit pas de la même manière quand on se sait ou que l’on se pense sur­veil­lé, ça peut nous amen­er à réfléchir à deux fois avant de rejoin­dre un rassem­ble­ment ou de s’exprimer.

Cette dis­po­si­tion pose d’autant plus prob­lème, pré­cise-t-elle, que la sur­veil­lance automa­tisée “n’a jamais démon­tré son effi­cac­ité con­tre la crim­i­nal­ité et le ter­ror­isme, alors que ses con­séquences sur les lib­ertés fon­da­men­tales, elles, sont avérées.

Ces out­ils sont tou­jours util­isés con­tre les mêmes per­son­nes : les mil­i­tants, les quartiers pop­u­laires, les étrangers”, renchérit Noémie Lev­ain, de la Quad­ra­ture du Net“Intrin­sèque­ment, les Jeux olympiques et par­a­lympiques pro­duisent un état d’exception que les respon­s­ables de la sécu­rité et leurs alliés au sein des gou­verne­ments con­ver­tis­sent en une occa­sion de ren­forcer leurs stocks d’armes et de pass­er des lois dont l’horizon tem­porel s’étend bien après les céré­monies de clô­ture”, dit l’ancien ath­lète et uni­ver­si­taire Jules Boykoff, auteur de Pow­er Games : a polit­i­cal His­to­ry of the Olympics (Ver­so, 2016, non traduit). “Maintes et maintes fois, les lois créées pour pro­téger les Jeux sont restées effec­tives bien après leur fin.

L’histoire olympique regorge de tels exem­ples. En Aus­tralie, la lég­is­la­tion mise en place pour sécuris­er les Jeux d’été de Syd­ney en 2000, a appau­vri les lib­ertés civilesselon des chercheurs, en offrant notam­ment à la police le droit de fouiller ou d’évacuer des indi­vidus con­sid­érés comme gênants de cer­tains lieux.

Les Jeux de Lon­dres, en 2012, ont con­tribué à l’exten­sion de la vidéo­sur­veil­lance dans les rues. La recon­nais­sance faciale a quant à elle été autorisée en Russie à l’occasion de la coupe du monde de foot­ball de 2018Trois ans après, elle était util­isée pour iden­ti­fi­er des opposants et les arrêter chez eux, sig­nale Katia Roux.

Citons égale­ment la loi “anti­con­spir­a­tion”, adop­tée à la faveur des Jeux olympiques de Tokyo en 2020, et cri­tiquée jusqu’aux Nations unies en rai­son des pou­voirs de sur­veil­lance éten­dus qu’elle con­férait à l’État.

Autre arti­cle : Les Jeux olympiques ouvrent la voie aux tech­nolo­gies sécu­ri­taires, arti­cle du site Reporterre, mars 2021

En prévi­sion des JO, la SNCF a testé plus d’une dizaine d’algorithmes de vidéo­sur­veil­lance, du 25 décem­bre 2023 sur le site de Médi­a­part

Depuis 2017, la SNCF a expéri­men­té plusieurs out­ils de sur­veil­lance des géants français Thales et Atos, les PME français­es Aquilae et XXII mais aus­si des sociétés israéli­ennes Brief­cam [le site Dis­close a depuis révélé que la police française dis­po­sait depuis 2015 de logi­ciels de cette société et qu’elle s’en ser­vait pour faire de la recon­nais­sance faciale illé­gale] et Anyvi­sion. Ces out­ils, proches de la recon­nais­sance faciale, pour­raient être expéri­men­tés par la SNCF durant les Jeux olympiques.

Déjà, 70 000 caméras sont instal­lées par la SNCF en France : 17 000 dans les gares [2300 dans la seule région Auvergne-Rhône-Alpes, comme s’en vante l’ad­min­is­tra­tion Wauquiezi­enne], et 45 000 embar­quées dans les trains [10 000 en AuRA].

La loi “Jeux olympiques” du 19 mai 2023 a fixé un cadre à l’expérimentation de ces logi­ciels jusque-là illé­gaux. Jusqu’en mars 2025, lors d’événements sportifs et cul­turels – dont les JO –, la police, la gen­darmerie, mais aus­si les ser­vices de sécu­rité de la SNCF peu­vent cou­pler ces IA aux caméras pour iden­ti­fi­er la présence d’objets aban­don­nés, un mou­ve­ment de foule ou le port d’une arme.

Lors du pas­sage de la loi Jeux olympiques devant le Par­lement, des députés s’alarmaient de voir ces sys­tèmes de vidéo­sur­veil­lance intel­li­gente “créer un précé­dent de sur­veil­lance jamais vu en Europe”. Mais la SNCF ambi­tionne depuis plusieurs années “de se posi­tion­ner comme un acteur majeur et incon­tourn­able des tech­nolo­gies liées à la vidéo, comme elle l’écrit sur son site inter­net

La SNCF a déjà testé, entre 2017 et 2021, avec l’accord de la Com­mis­sion nationale de l’informatique et des lib­ertés (CNIL), 19 logi­ciels de vidéo­sur­veil­lance algo­rith­mique en con­di­tions réelles sur les citoyen·nes fréquen­tant ses gares. Elle s’est tournée vers le logi­ciel de vidéo­sur­veil­lance algo­rith­mique d’Anyvision, car il n’examine pas, selon elle, une don­née bio­métrique – le vis­age d’un indi­vidu – mais d’autres car­ac­téris­tiques non bio­métriques comme la démarche ou la tenue ves­ti­men­taire.

En 2020, la SNCF a passé cer­tains voyageurs à la moulinette d’un logi­ciel dévelop­pé par la firme israéli­enne Anyvi­sion – renom­mée en 2021 Oos­to. Asso­ciés aux caméras, ses algo­rithmes sont capa­bles de suiv­re en temps réel une per­son­ne sur l’ensemble du réseau, selon dif­férentes car­ac­téris­tiques. “C’était une solu­tion non bio­métrique de recherche de per­son­nes basée sur les vête­ments, com­plète un salarié impliqué dans le pro­jet. Ce logi­ciel pour­rait ain­si retrou­ver une per­son­ne ayant aban­don­né un bagage, l’auteur·e d’un délit ou d’un crime ou tout autre per­son­ne volon­taire.

Katia Roux, d’Amnesty Inter­na­tion­al, souligne qu’ ”il y a un vrai débat sur le car­ac­tère bio­métrique ou non de ces tech­nolo­gies de vidéo­sur­veil­lance algo­rith­mique. Une démarche ou un vête­ment est un élé­ment qui per­met d’identifier con­crète­ment quelqu’un. C’est donc une don­née bio­métrique. Or, le Règle­ment général sur la pro­tec­tion des don­nées [RGPD] inter­dit le traite­ment de ces don­nées, sauf excep­tions.

La société Anyvi­sion est con­nue pour ses liens avec le monde mil­i­taire israélien. En 2020, son prési­dent est Amir Kain, ancien chef du départe­ment de la sécu­rité au min­istère israélien de la défense. Tamir Par­do, l’un de ses con­seillers, est un ancien chef du Mossad, l’agence de ren­seigne­ment israéli­enne. La même année, Microsoft décide de reven­dre ses parts dans la société, à la suite de la pub­li­ca­tion d’une enquête de NBC News qui pointe le rôle de l’entreprise dans un pro­gramme de sur­veil­lance en Cisjor­danie.

Annonce qui n’a pas dis­suadé la SNCF de men­er une expéri­men­ta­tion avec l’entreprise… En 2017, la SNCF a testé un logi­ciel d’aide à l’investigation d’une autre firme née en Israël, Brief­cam. Il y a quelques semaines, le tri­bunal admin­is­tratif de Caen a estimé que le recours à ce logi­ciel par la com­mu­nauté de com­munes de Deauville “por­tait une atteinte grave et man­i­feste­ment illé­gale au respect de la vie privée”, selon les ter­mes de la déci­sion.

La même année, la SNCF a égale­ment testé une solu­tion de détec­tion “d’anormalités” du géant français Thales. Un logi­ciel à l’usage flou, dont les algo­rithmes, cou­plés à des caméras de video­sur­veil­lance, pour­raient détecter des citoyens et citoyennes adop­tant des “com­porte­ments dan­gereux dans les gares. Thales refuse d’entrer dans le détail, par souci de con­fi­den­tial­ité : “le groupe pro­pose une plate­forme dig­i­tale de fusion de don­nées hétérogènes pour con­tribuer à créer des ter­ri­toires de con­fi­ance, des villes plus intel­li­gentes, plus sûres et résilientes. Pour Noémie Lev­ain, de La Quad­ra­ture du Net, “cela sig­ni­fie que la SNCF délègue la déf­i­ni­tion d’un com­porte­ment anor­mal d’un citoyen en gare à un algo­rithme, qui plus est dévelop­pé par des sociétés pour la plu­part issues de l’industrie mil­i­taire, dont la déf­i­ni­tion de la sécu­rité est néces­saire­ment sub­jec­tive, poli­tique et repose sur la base d’une vision répres­sive et dis­crim­i­nante.”

Par le passé, la SNCF avait déjà testé deux autres algo­rithmes du même type, ceux de la start-up française XXII et de l’entreprise japon­aise Fujit­su. Plusieurs gares ont été con­cernées par au moins une de ces expéri­men­ta­tions, notam­ment les gares parisi­ennes du Nord, de l’Est et Saint-Lazare, celles de Mar­seille-Saint-Charles et de Lyon-Part-Dieu.

CSU de la gare de Lyon-Part-Dieu

“Il y a des ques­tion­nements légitimes sur la matu­rité de ces tech­nolo­gies : est-ce que les policiers ou opéra­teurs de ter­rain ont con­science de leur effi­cac­ité rel­a­tive ? Si un polici­er ne l’est pas et con­sid­ère que l’IA est infail­li­ble, il peut estimer qu’une zone où il n’y a aucune détec­tion de port d’armes est sécurisée, alors que ce n’est pas for­cé­ment le cas, compte tenu des erreurs des logi­ciels. En l’absence de démarche sci­en­tifique d’évaluation de l’impact de ces tech­nolo­gies, il est hasardeux de se posi­tion­ner sur leur effi­cac­ité”, détaille le chercheur Guil­laume Gor­mand, auteur d’une enquête sur la vidéo­sur­veil­lance.

Ain­si, sur 1 939 enquêtes, 22 seule­ment à avoir été élu­cidées ont pu béné­fici­er d’éléments tirés de l’exploitation d’enregistrements de vidéo­pro­tec­tion publique, soit 1,13 % du total. En ne retenant que les enquêtes élu­cidées, l’étude révèle que 5,87 % ont béné­fi­cié d’une con­tri­bu­tion vidéo, soit env­i­ron 1 sur 20.

Certes, les résul­tats vari­ent en fonc­tion des infrac­tions : on recense 7,5 % d’indices trou­vés dans des affaires d’atteintes aux véhicules et 5,7 % dans des affaires de vio­lences. Mais, observe M. Gor­mand dans son rap­port, “en fin de compte, la décou­verte d’éléments probants, peu importe la thé­ma­tique con­sid­érée (…) s’avère faible”. Pour preuve, plus de 18 % des enquêtes solu­tion­nées l’ont été sans le moin­dre apport de la vidéo. Con­clu­sion : l’exploitation des enreg­istrements de vidéo­pro­tec­tion con­stitue une ressource de preuves et d’indices peu rentable pour les enquê­teurs.”

Les gen­darmes sem­blent avoir inté­gré la pra­tique visant à éval­uer les coûts et les béné­fices du recours aux caméras de vidéo­sur­veil­lance. Et les incon­vénients sem­blent avoir emporté leur con­vic­tion : le vision­nage d’images est mobil­isé dans une enquête sur dix seule­ment, avec toute­fois de fortes dis­par­ités en fonc­tion des rela­tions entretenues avec les ges­tion­naires du réseau de sur­veil­lance.

Les députés Philippe Gos­selin et Philippe Latombe, coau­teurs de la Mis­sion d’in­for­ma­tion sur les enjeux de l’u­til­i­sa­tion d’im­ages de sécu­rité dans le domaine pub­lic dans une final­ité de lutte con­tre l’in­sécu­rité, notent l’effi­cac­ité fluc­tu­ante de cer­taines tech­nolo­gies : “si le comp­tage d’un flux de spec­ta­teurs ou le repérage d’un indi­vidu dans une zone inter­dite cor­re­spon­dent aujourd’hui à des tech­nolo­gies matures, la détec­tion de per­son­nes au sol, d’objets aban­don­nés, de mou­ve­ments de foule ou du port d’une arme présente une rel­a­tive com­plex­ité, en dépit de l’ampleur des pro­grès tech­nologiques récem­ment accom­plis.” 

Cela n’empêche pas l’au­tori­sa­tion à les analyser par ces sys­tèmes d’IA dans le cadre de la loi Jeux olympiques. Jusqu’en mars 2025, ils peu­vent donc être libre­ment testés en temps réel sur les citoyens et citoyennes…