Au dernier salon MILIPOL, déploiement techno-sécuritaire en vue des JO 2024

Du 14 au 17 novem­bre 2023 s’est tenu comme chaque année le salon MILIPOL (mili comme « mil­i­taires » et pol comme « policiers »), l’événement mon­di­al de la sûreté et de la sécu­rité intérieure des États.

Nous avions réal­isé en 2021 un arti­cle sur les dernières tech­nolo­gies présen­tées dans ce salon, nous renou­velons l’exercice cette année, avec un peu de retard.

Le salon MILIPOL s’est déroulé en novem­bre au Parc des Expo­si­tions de Paris Nord Villepinte. Réservé aux pro­fes­sion­nels de la sécu­rité, l’événement attire plus d’un mil­li­er d’exposants venus de 150 pays dont Israël, la Chine ou le Brésil, et accueille 30.000 clients poten­tiels accrédités, venus des secteurs privé et pub­lic.

Des dizaines de stands d’entreprises pro­duisant des armes des­tinées au main­tien de l’ordre  étaient présents. On y trou­vait tous les out­ils derniers cris en la matière : drones et matériels antidrones, robots de con­trôle et d’intervention, inter­faces homme-machine, arme­ments plus ou moins automa­tisés…

Cette année les JO était à l’honneur, les con­férences tour­naient unique­ment autour des jeux et des “oppor­tu­nités qu’ils présen­taient en matière de tech­nolo­gies de sécu­rité et de sur­veil­lance.

Par­mi les tech­nolo­gies présen­tées, les vis­i­teurs ont pu par exem­ple admir­er un chien robot capa­ble de brouiller les ondes et de capter des ondes de haute fréquence “De 20 méga­hertz à 7,125 giga­hertz, une plage de fréquence très large lui per­me­t­tant de répon­dre à une men­ace non seule­ment sur des explosifs, mais aus­si des télé­coms ou des drones.

Au salon du Milipol2023, Jean-Bap­tiste Marty/Europe 1

Les Jeux olympiques de 2024, qui débuteront le 26 juil­let prochain, con­sacreront des cen­taines de mil­lions d’euros aux caméras, drones et policiers pour sur­veiller Paris. Des mesures d’exception qui risquent de per­dur­er longtemps après la com­péti­tion.

Voir notre arti­cle : “JO 2024 : “sur­veil­lance”, médaille d’or assurée pour la France”

Après des mois d’attente, les entre­pris­es chargées de met­tre en place la vidéo­sur­veil­lance algo­rith­mique dans le cadre de la loi Jeux Olympiques ont été désignées. Les “expéri­men­ta­tions” vont donc com­mencer très prochaine­ment.

Par­mi celles-ci, c’est Videt­ics qui se charg­era de l’Outre-Mer et d’un ensem­ble de régions du Sud, dont la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Encore inter­dite en France il y a quelques mois, cette vidéo­sur­veil­lance algo­rith­mique est désor­mais légale, y com­pris pour les aéronefs, soit les drones mais aus­si les héli­cop­tères.

Jusqu’au 31 mars 2025, lors d’événements sportifs et cul­turels par­ti­c­ulière­ment exposés à des risques d’attentat et autres, les forces de l’ordre peu­vent cou­pler ces algo­rithmes de sur­veil­lance aux caméras afin d’identifier des com­porte­ments jugés “anor­maux”.

Ce terme flou englobe “le maraudage, la détec­tion des mou­ve­ments de foule ou le suivi d’individus sur un réseau de caméras selon leur tenue ves­ti­men­taire ou leur démarche”.

Une équipe d’Amnesty Inter­na­tion­al s’est promenée dans le salon et a a con­staté que des entre­pris­es chi­nois­es fai­saient la pro­mo­tion d’outils de tor­ture inter­dits par l’UE (“des matraques à pointes, poucettes, entrav­es pour jambes”).

Suite au sig­nale­ment d’Amnesty inter­na­tion­al, les organ­isa­teurs du salon les ont retirés. Il faut toute­fois noté qu’ils ne l’auraient pas fait sans ce sig­nale­ment… En 2017, un stand chi­nois avait déjà été fer­mé à MILIPOL après la décou­verte de menottes per­me­t­tant d’électrocuter les détenus.

L’équipe d’Amnesty inter­na­tionale a aus­si rap­porté avoir iden­ti­fié des armes de main­tien de l’ordre abu­sives comme des “matraques élec­triques, gants à impul­sions élec­triques, muni­tions con­tenant plusieurs pro­jec­tiles ciné­tiques, des lanceurs mul­ti-canons…

Autant d’innovations des­tinées au main­tien de l’or­dre qui sont exposées “par des entre­pris­es améri­caines, chi­nois­es, tchèques, français­es, israéli­ennes, ital­i­ennes, kaza­khs, sud-coréennes”. Des équipements pour­tant “inter­dits d’après la rap­por­teuse de l’ONU sur la tor­ture”.

En octo­bre 2023, la Rap­por­teuse spé­ciale des Nations Unies sur la tor­ture, le Dr Alice Jill Edwards, a en effet appelé tous Les États à inter­dire la fab­ri­ca­tion, la pro­mo­tion et le com­merce de 20 types d’armes de main­tien de l’ordre qu’elle con­sid­érait comme étant intrin­sèque­ment abu­sives.

Pho­to de Con­tre Attaque

Le prob­lème est que la régle­men­ta­tion anti-tor­ture de l’UE ne recon­nait pas les armes à impul­sions élec­triques de con­tact ou les pro­jec­tiles à impact ciné­tique mul­ti­ple (comme les taser et les LBD) comme des instru­ments de tor­ture.

“L’UE a ouvert la voie en inter­dis­ant les équipements de tor­ture. Pour­tant, aujour­d’hui, nous avons trou­vé matraques à décharge élec­trique, gants à décharge élec­trique et autres pro­duits intrin­sèque­ment abusifs com­mer­cial­isés libre­ment au cœur de Paris.”

(Dr Michael Crow­ley de la Fon­da­tion Omega Research).

Amnesty inter­na­tionale et Omega, ont appelé la France et l’Union européenne à élargir la liste des armes de main­tien de l’ordre inter­dites, sur la base de celle de la rap­por­teuse de l’ONU con­tre la tor­ture.

Pour l’in­stant, “con­traire­ment aux armes con­ven­tion­nelles, il n’existe pas de règles mon­di­ales juridique­ment con­traig­nantes régis­sant la pro­duc­tion et com­merce de matériel de main­tien de l’ordre”.

La Quad­ra­ture du Net a relevé la présence sur le salon de Julie Merci­er, cheffe de la direc­tion des entre­pris­es et parte­nar­i­ats de sécu­rité et des armes (Dep­sa) et en charge du “comité de pilotage” créé au sein du min­istère de l’Intérieur pour met­tre en œuvre la sur­veil­lance algo­rith­mique pen­dant les JO 2024.

La Dep­sa est dotée d’un départe­ment “des indus­tries et inno­va­tions de sécu­rité” qui est présen­té comme devant assur­er “l’interface et le dia­logue avec les entre­pris­es pro­duc­tri­ces de moyens de sécu­rité” ain­si que par­ticiper “à la veille tech­nologique et indus­trielle” et “au con­trôle des investisse­ments étrangers en France et au suivi des entre­pris­es à pro­téger pri­or­i­taire­ment”. Ain­si, sa rai­son d’être est de stim­uler et influ­encer le marché privé de la sécu­rité, voire d’aller prodiguer directe­ment des con­seils lors de réu­nions des lob­bys de la sur­veil­lance.

La Quad­ra­ture du Net, “VSA et Jeux Olympiques : Coup d’envoi pour les entre­pris­es de sur­veil­lance”

Un “mélange des gen­res” entre pub­lic et privé qui est donc bien acté, et qui démon­tre que l’un des objec­tifs prin­ci­paux de cet évène­ment est de  “pro­mou­voir le marché privé de la sur­veil­lance numérique, en l’associant étroite­ment aux poli­tiques publiques”.

Cap­ture écran du pro­gramme du MILIPOL

Le média Con­tre Attaque a égale­ment noté cette année que des stands réservé aux entre­pris­es de défense et de sécu­rité israéli­ennes, étaient au cen­tre de l’attention.

Par­mi ces entre­pris­es, se trou­vait la société israéli­enne Brief­Cam, que le média d’in­ves­ti­ga­tion Dis­close a épinglé pour avoir fourni son logi­ciel de recon­nais­sance faciale à la police française ces huit dernières années, alors même que cette tech­nique de sur­veil­lance est offi­cielle­ment inter­dite.

Pho­to de Con­tre Attaque

Un appel à per­turber le salon MILIPOL a cir­culé sur les réseaux soci­aux mil­i­tants, pour “arrêter le mas­sacre en cours à Gaza, stop­per l’arme­ment de l’É­tat israélien, et rap­pel­er aux marchands de mort la honte qu’ils représen­tent”. Car au Milipol se trou­vaient non seule­ment de nom­breuses entre­pris­es israéli­ennes, mais aus­si des firmes français­es ven­dant leurs pro­duits à Israël.

Un groupe a déployé une ban­de­role “stop arm­ing Israël” au niveau de l’en­trée en bran­dis­sant des mains tachées de rouge. Les protes­tataires non vio­lents ont été molestés et inter­pel­lés.

Matthieu Rigouste, chercheur indépen­dant sur le sys­tème sécu­ri­taire et auteur de plusieurs livres sur le main­tien de l’ordre et de travaux sur la guerre d’Algérie, a lancé un appel à finance­ment pour son prochain film “Nous sommes des champs de bataille” qui se con­sacre au salon du MILIPOL et au busi­ness des armes. Il est pos­si­ble de con­tribuer via une cagnotte en ligne.

Présen­ta­tion du pro­jet : https://mathieurigouste.net/Le-film

Lien de la cagnotte par­tic­i­pa­tive : https://www.helloasso.com/associations/aaefp/collectes/finaliser-la-production-du-film-documentaire-nous-sommes-des-champs-de-bataille

Aujourd’hui le com­bat con­tre les entre­pris­es d’armement et de sur­veil­lance con­tin­ue. À Saint-Éti­enne, un groupe local du CRAAM (Coor­di­na­tion régionale anti arme­ment et mil­i­tarisme) com­mence à men­er quelques actions. Ain­si, le ven­dre­di 9 févri­er aura lieu, à la Dérive, 91 rue Antoine Durafour, la pro­jec­tion du film “The Lab” (de Y. Feld­man, 2013, 60 min), suiv­ie d’un débat.

Les man­i­fes­ta­tions en sou­tien à la Pales­tine con­tin­u­ent, avec des appels réguliers de BDS 42 et de l’Union 42 pour la Pales­tine, ain­si que des rassem­ble­ments tous les samedis en cen­tre-ville. Pour rester au courant n’hésitez pas à suiv­re le fil d’ac­tu du Numéro Zéro. Ce mer­cre­di 7 févri­er à 17h30 est prévue l’ac­tion à Saint Eti­enne Illu­mi­nons les march­es pour Gaza.

Saccage2024 a lancé un mou­ve­ment de désobéis­sance pour gâch­er les JO 2024, le média Bas­ta­m­ag en par­le dans cet arti­cle.

La résis­tance con­tre la vidéo­sur­veil­lance et le déploiement de la VSA se met elle aus­si pro­gres­sive­ment en place, nous relaierons les infor­ma­tions sur le site, gardez un oeil sur les pub­li­ca­tions du site !

Con­tre com­mé­mora­tion du 11 novem­bre 2023, Saint-Éti­enne, place Jean Moulin

JO 2024 : “sur­veil­lance”, médaille d’or assurée pour la France (arti­cle d’Halte au con­trôle numérique).

Recon­nais­sance faciale illé­gale par la police depuis 2015 ! (arti­cle d’Halte au con­trôle numérique).

Seule en Europe, la France macroni­enne adopte la vidéo­sur­veil­lance bio­métrique (arti­cle d’Halte au con­trôle numérique).

Milipol 2021 : Bien­v­enue à l’a­vant-pre­mière des nou­veaux out­ils sécu­ri­taires ! (arti­cle d’Halte au con­trôle numérique)

Arme­ment et tech­nololo­gies sécu­ri­taires : l’hy­dre à deux têtes (émis­sion de radio en com­pag­nie du CRAAM).