La vidéosurveillance algorithmique menace nos villes, contre-attaquons !

  • Nous faisons nôtre la cam­pagne que lance La Quad­ra­ture du net face au déploiement mas­sif de la VSA (vidéo­sur­veil­lance algo­rith­mique, étape vers la recon­nais­sance faciale) au pré­texte des JO de Paris, en fait jusqu’au 31 mars 2025, donc bien après la fin des JO.
  • Nous faisons aus­si le lien avec le vote du 21 mars dernier en Con­seil région­al AURA (pour deux ans, donc jusqu’en mars 2026 !), de déploy­er la VRAIE recon­nais­sance faciale dans les gares, trains, cars sco­laires et lycées de la région, selon la volon­té de L. Wauquiez, son prési­dent.

Les Jeux Olympiques vont nous laiss­er la sur­veil­lance de masse en héritage. En instru­men­tal­isant cet évène­ment, le gou­verne­ment a autorisé l’utilisation de la vidéo­sur­veil­lance algo­rith­mique (VSA) jusqu’en 2025 pour des sit­u­a­tions qui dépassent large­ment le cadre cette com­péti­tion sportive. Ces logi­ciels, qui analy­sent les images de vidéo­sur­veil­lance et envoient automa­tique­ment des alertes à la police, sont déployés depuis des années en France en toute illé­gal­ité, sans que jamais les respon­s­ables n’aient été inquiétés.

L’hypocrisie est donc totale. En légal­isant quelques usages de VSA, l’État souhaite légitimer un état de fait et amorcer un pro­jet de sur­veil­lance bien plus large de l’espace pub­lic.

Der­rière cette légal­i­sa­tion inédite, qui porte sur un petit nom­bre de cas d’usage (départs de feux, indi­vidus marchant à con­tre-sens, etc.), ce sont d’autres appli­ca­tions qui pour­raient à leur tour être légal­isées. De nom­breux respon­s­ables poli­tiques assu­ment publique­ment de vouloir autoris­er le suivi et la caté­gori­sa­tion bio­métriques de la pop­u­la­tion, y com­pris à tra­vers la recon­nais­sance faciale ou encore la recon­nais­sance des émo­tions. Les entre­pris­es dis­tribuent déjà ces tech­nolo­gies et les propo­si­tions de légal­i­sa­tion sont dans les tuyaux.

C’est donc main­tenant qu’il faut se mobilis­er, pour résis­ter con­tre cet empire de la vidéo­sur­veil­lance algo­rith­mique. Partout en France, refu­sons le con­trôle per­ma­nent de nos faits et gestes, organ­isons-nous dans nos villes pour faire enten­dre notre voix, per­tur­bons les expéri­men­ta­tions et doc­u­men­tons les pro­jets illé­gaux qui con­tin­u­ent de prospér­er.

Ensem­ble, lut­tons pour que l’espace pub­lic ne se trans­forme pas défini­tive­ment en lieu de répres­sion poli­cière mais reste un espace de lib­ertés.

S’opposer aux expérimentations

Pen­dant toute l’année à venir, les fes­ti­vals, matchs de foots ou autres marchés de Noël seront le ter­rain de jeu de la vidéo­sur­veil­lance algo­rith­mique. Sur la base de la loi rel­a­tive aux Jeux Olympiques du 19 mai 2023, les pré­fec­tures pour­ront ain­si utilis­er des algo­rithmes visant à détecter huit types de sit­u­a­tions, dans et aux abor­ds des lieux accueil­lant du pub­lic et des réseaux de trans­port. Franchir une ligne, marcher à con­tre-sens ou faire par­tie d’une “den­sité trop impor­tante de per­son­nes” pour­ront con­duire à des sig­nale­ment automa­tiques à des­ti­na­tion de la police, dans les cen­tres où sont vision­nés les images de vidéo­sur­veil­lance. Qu’on ne s’y trompe pas : le dan­ger ne réside pas tant dans ces quelques usages lim­ités que dans l’élargissement pro­gram­mé des cas d’usage et, à terme, le pro­jet d’une sur­veil­lance sys­té­ma­tique et général­isée de l’espace pub­lic.

Nous vous invi­tons donc à pren­dre ces évène­ments comme autant d’occasions pour se ren­dre sur place et faire val­oir notre oppo­si­tion à l’accaparement sécu­ri­taire de l’espace pub­lic !

Nous avons con­sti­tué un “kit de mobil­i­sa­tion” — une brochure, des affich­es, des fly­ers, etc. — pour que chacun·e puisse se ren­seign­er et se mobilis­er con­tre les déploiements “expéri­men­taux” de VSA. En dehors de nos propo­si­tions, bien d’autres formes de con­tes­ta­tion sont pos­si­bles pour informer la pop­u­la­tion et dénon­cer cette sur­veil­lance ! Que ce soit une danse “sus­pecte” sous l’œil des caméras ou un cour­ri­er formel à la CNIL, toutes les manière d’exprimer son oppo­si­tion seront utiles pour matéri­alis­er notre refus col­lec­tif de cette expéri­men­ta­tion hyp­ocrite et du pro­jet poli­tique autori­taire dont elle découle.

Der­rière les “expéri­men­ta­tions”, de nom­breux autres sys­tèmes de VSA sont déployés de façon illé­gale en France, en toute opac­ité, sans con­trôle ni con­damna­tion poli­tique. C’est pour cette rai­son que, depuis 2019, l’initiative Tech­nop­o­lice lancée par La Quad­ra­ture en lien avec des col­lec­tifs locaux cherche à faire la lumière sur ces pro­jets. Il nous faut pour­suiv­re cet effort, en obtenant des infor­ma­tions sur les entre­pris­es qui con­tin­u­ent de ven­dre leurs logi­ciels illé­gaux, et inter­peller les col­lec­tiv­ités sans scrupules qui les achè­tent. Là où l’action appa­raît la plus per­ti­nente et la plus con­crète est à l’échelle des villes et des rues où nous vivons. Des col­lec­tifs d’habitantes et d’habitants s’organisent ain­si un peu partout dans le pays pour recenser, doc­u­menter et lut­ter con­tre ces tech­nolo­gies poli­cières.

Que ce soit lors d’expérimentations ou pour lut­ter con­tre un pro­jet dans sa ville, les modes d’actions à explor­er sont mul­ti­ples. Voici des out­ils pour agir où que vous soyez et de la manière que vous préférez.

  • S’informer et informer sur la VSA : Nous avons rassem­blé dans une brochure des élé­ments pour com­pren­dre ce que recou­vre poli­tique­ment et tech­nique­ment la vidéo­sur­veil­lance algo­rith­mique. Elle est disponible ici. Ce doc­u­ment est fait pour être dif­fusé ! Alors lisez-le, imprimez-le, envoyez-le, lais­sez-le traîn­er… Bref, partagez-le le plus pos­si­ble !
  • Deman­der de l’information à sa com­mune : Un des prin­ci­paux moteurs du déploiement des tech­nolo­gies poli­cière réside dans l’opacité com­plète qui les entoure. Pour bat­tre en brèche les pro­jets de sur­veil­lance il faut donc les ren­dre vis­i­bles, en com­pren­dre les con­tours et révéler leur fonc­tion­nement. Les deman­des d’accès aux doc­u­ments admin­is­trat­ifs (dites « deman­des CADA ») sont un out­il effi­cace à la portée de toutes et tous pour obtenir des élé­ments sur les dis­posi­tifs de sa ville. Pour réalis­er une demande CADA, vous pou­vez suiv­re le guide dédié. Nous vous invi­tons égale­ment à utilis­er la plate­forme MaDa­da pour cen­tralis­er, suiv­re et partager les dif­férentes deman­des que vous avez réal­isées.
  • Enquêter et faire de la veille : De nom­breux autres moyens d’enquête exis­tent pour trou­ver des infor­ma­tions, comme la recherche en source ouverte sur les sites inter­net des entre­pris­es de sur­veil­lance ou des col­lec­tiv­ités, qui per­met sou­vent de trou­ver des descrip­tions détail­lées de tech­nolo­gies ou de cas d’usages déployés dans cer­taines villes. On peut égale­ment se plonger dans la lec­ture de compte-ren­dus de con­seils munic­i­paux ou assis­ter à des réu­nions publiques.
  • Repér­er les arrêtés pré­fec­toraux : Les « expéri­men­ta­tions » de VSA mis­es en œuvre dans le cadre de la loi sur les Jeux Olympiques, ain­si que les util­i­sa­tions de drones policiers, sont autorisées par des déci­sions pré­fec­torales, sou­vent adop­tées au dernier moment et en toute dis­cré­tion. Nous venons de lancer Attrap’Surveillance, un out­il libre qui per­met de rechercher et de trou­ver automa­tique­ment ces autori­sa­tions dans les « recueils des actes admin­is­trat­ifs » des pré­fec­tures. De cette manière, il s’agit d’informer la pop­u­la­tion quant à ces autori­sa­tion de sur­veil­lance pour per­me­t­tre à toutes et tous de s’y oppos­er. Nous avons encore besoin d’aide pour l’améliorer, n’hésitez pas à con­tribuer au développe­ment de cet out­il, à nous sug­gér­er des mod­i­fi­ca­tions…
  • Vis­i­bilis­er la sur­veil­lance dans l’espace pub­lic : Les caméras, qu’elles soient ou non dotées de logi­ciels d’analyse algo­rith­mique, sont de plus en plus présentes dans nos villes et vil­lages. Ces dis­posi­tifs sont le plus sou­vent juchés en haut d’un mobili­er urbain conçu pour les faire dis­paraître. En les vis­i­bil­isant, on matéri­alise une sur­veil­lance que cer­tains voudraient ren­dre aus­si dis­crète que pos­si­ble et indo­lore. Il s’agit ain­si de matéri­alis­er le con­trôle de nos déplace­ments ren­du pos­si­ble par l’objectif de ces caméras. Pour assur­er cette vis­i­bil­ité de l’infrastructure de vidéo­sur­veil­lance, on peut organ­is­er des “balades car­tographiques” pour repér­er les emplace­ments et mod­èles des caméras et les réper­to­ri­er sur une carte acces­si­ble en ligne (voir cette vidéo qui explique com­ment organ­is­er une car­togra­phie des caméras et ren­seign­er leur emplace­ment dans Open­streetmap). On peut égale­ment inter­peller les passant·es en trac­tant, en accrochant leur regard au tra­vers d’affiches ou des stick­ers.
  • Inter­peller les élu·es : Les pro­jets de sur­veil­lance urbaine sont générale­ment décidés à l’échelle locale. Inter­peller son maire est une manière de deman­der des comptes. Vous pou­vez exiger de lui ou d’elle, à l’instar de la ville de Mont­pel­li­er, d’interdire tout logi­ciel de vidéo­sur­veil­lance algo­rith­mique dans sa ville ! Aus­si, la loi rel­a­tive aux Jeux Olympiques prévoit que l’expérimentation soit éval­uée selon cer­tains critères, dont la “per­cep­tion” du pub­lic. N’hésitez donc pas à aller à la ren­con­tre de par­lemen­taires de votre cir­con­scrip­tion dire tout le mal que vous pensez de ces dis­posi­tifs. Ce sont elles et eux qui auront à se pronon­cer sur la suite du proces­sus de légal­i­sa­tion de la VSA.
  • Organ­is­er des évène­ments : La sen­si­bil­i­sa­tion des habi­tantes et habi­tants passe par des échanges et des ren­con­tres, par des fes­ti­vals, des expo­si­tions ou des pro­jec­tions doc­u­men­taires autour de la sur­veil­lance. Tous les moyens sont bons pour tenir la VSA et son monde en échec !
  • Des groupes locaux opposés à la Tech­nop­o­lice exis­tent déjà, comme à Saint-Éti­enne, Paris et sa ban­lieue, Mar­seille ou Mont­pel­li­er. N’hésitez pas à les rejoin­dre ou à en créer dans votre ville. Pour s’organiser, échang­er et faire réson­ner nos mobil­i­sa­tions, l’initiative Tech­nop­o­lice pro­pose un forum pub­lic ain­si qu’une plate­forme de doc­u­men­ta­tion “Le Car­ré”. Vous pou­vez aus­si rejoin­dre le groupe de dis­cus­sion sur Matrix.

Nous avons réal­isé des affich­es et des brochures que vous pou­vez réu­tilis­er libre­ment, imprimer, dis­tribuer et affich­er partout ! 

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