Gaza, Cisjordanie : l’impunité d’Israël continue

Repère de la “ligne jaune” (Pho­to Fathi Ibrahim/Flash90 sur le site +972) : Le géno­cide de Gaza a rad­i­cal­isé le monde — et il n’y a pas de retour en arrière pos­si­ble.

A Gaza, le cessez-le-feu peut créer l’illusion d’un retour à la nor­male. Si les autorités israéli­ennes ont réduit l’ampleur de leurs attaques et autorisé l’entrée d’une aide human­i­taire – très lim­itée -, d’après Amnesty le géno­cide per­pétré par Israël n’a pas pris fin.

En Cisjor­danie occupée, la mul­ti­pli­ca­tion de colonies juives et les tueries impunies des colons ren­force encore la sit­u­a­tion d’a­partheid.

L’ex­trème droite israéli­enne (avec un appui mas­sif d’autres par­tis !) en est même à légifér­er pour intro­duire une peine de mort automa­tique et raciste…

En 2022, le ter­ri­toire comp­tait 141 colonies “offi­cielles” (recon­nues par l’E­tat d’Is­raël mais pas par le droit inter­na­tion­al). En 2025, leur nom­bre atteint 210, selon Peace Now, (“La Paix Main­tenant”, ONG israéli­enne qui veut oeu­vr­er pour la paix et pour une solu­tion à deux états). Soit une aug­men­ta­tion de 50 % au cours du man­dat de l’actuel gou­verne­ment d’ex­trême droite (Euronews).

Mais ces colonies “offi­cielles” ne sont pas les seuls out­ils de la cap­ta­tion du ter­ri­toire

  • l’ONG dénom­bre aus­si des “postes avancés” : en décem­bre 2025, elle comp­tait 151 “avant-postes” et 175 fer­mes agri­coles, (colonies établies illé­gale­ment, sou­vent depuis des années)
  • pour accéder aux dif­férentes colonies, l’E­tat israélien a con­stru­it un réseau de routes “privées et sécurisées (par caméras, miradors… non acces­si­bles aux pales­tiniens), qui mor­dent large­ment sur le ter­ri­toire
  • déjà, la con­struc­tion des murs (de 8 m de haut) avait été l’oc­ca­sion d’une emprise sur le ter­ri­toire pales­tinien car l’am­putant de pans entiers.
  • la cap­ta­tion d’eau par Israël et les colons est une autre stratégie d’évic­tion déployée depuis des lus­tres.
  • les colonies (offi­cielles ou non) visent à capter les meilleures ter­res, au besoin en détru­isant les fer­mes et instal­la­tions pales­tini­ennes présentes.
  • au total, plus de 500 000 Juifs y vivent, ain­si que plus de 200 000 dans la par­tie con­testée de Jérusalem-Est.

Carte en 2022 (à actu­alis­er) des dif­férentes colonies juives en Cisjor­danie (établie par Peace Now) : en rouge les offi­cielles, en blanc les “tolérées

Cette stratégie d’oc­cu­pa­tion vise de longue date à empêch­er toute reven­di­ca­tion ter­ri­to­ri­ale, et donc la solu­tion à deux états portée par nom­bre d’ac­teurs, dont l’ONU, l’UE.… Elle établit claire­ment la sit­u­a­tion d’ ”apartheid dénon­cée par la Cour inter­na­tionale de Jus­tice, Amnesty, Human Rights Watch.

Cela s’ac­com­pa­gne d’une mul­ti­pli­ca­tion des attaques con­tre les Pales­tiniens. Pen­dant la récolte des olives en octo­bre, les colons ont lancé en moyenne huit attaques par jour sur l’ensem­ble du ter­ri­toire, un record depuis que le bureau human­i­taire des Nations unies a com­mencé à col­lecter des don­nées en 2006.

Cela s’ac­com­pa­gne de nom­breux meurtres : l’UNICEF (qui se cen­tre sur les seuls enfants) dénom­brait ain­si (en juil­let 2024) 143 enfants pales­tiniens tués en Cisjor­danie (et plus de 440 enfants pales­tiniens blessés par des muni­tions réelles), notam­ment à Jérusalem-Est, depuis le mois d’octobre 2023, soit une hausse de près de 250 % par rap­port aux neuf mois précé­dents, au cours desquels le bilan s’établissait à 41 décès d’enfants pales­tiniens.

Comme l’écrivait Amnesty Inter­na­tion­al fin novem­bre, l’ac­cord de cess­er le feu sous l’égide de Trump ne pro­tège pas les pales­tiniens : “les autorités israéli­ennes con­tin­u­ent de com­met­tre un géno­cide con­tre les Palestinien·ne·s dans la bande de Gaza occupée en con­tin­u­ant de soumet­tre délibéré­ment ces per­son­nes à des con­di­tions de vie des­tinées à provo­quer leur anéan­tisse­ment physique, sans mon­tr­er aucun signe de change­ment dans leurs inten­tions”.

D’après les témoignages de per­son­nes vivant sur place et de mem­bres du per­son­nel médi­cal et human­i­taire, l’organisation doc­u­mente l’analyse juridique du géno­cide, tou­jours en cours. Les deux années de bom­barde­ments inces­sants et de famine délibérée se pour­suiv­ent en restreignant l’accès à l’aide human­i­taire vitale et aux ser­vices essen­tiels, et en imposant délibéré­ment des con­di­tions cal­culées pour détru­ire physique­ment les Palestinien·ne·s à Gaza.

Au moins 327 per­son­nes, dont 136 enfants, ont été tués lors d’attaques israéli­ennes depuis l’annonce du cessez-le-feu, le 9 octo­bre (décompte quo­ti­di­en par le site mid­dleeast­eye). Un nom­bre certes con­sid­érable­ment inférieur à celui des mois précé­dents, mais qui cor­re­spond à 738 vio­la­tions du cessez-le-feu par la par­tie israéli­enne. Israël con­tin­ue de restrein­dre l’accès à l’aide et aux four­ni­tures de sec­ours essen­tielles, notam­ment aux four­ni­tures médi­cales et aux équipements néces­saires à la répa­ra­tion des infra­struc­tures vitales, violant ain­si de mul­ti­ples déci­sions ren­dues par la Cour inter­na­tionale de jus­tice (CIJ).

Près de 800 000 per­son­nes déplacées vivent dans des camps de for­tune dépourvus de sys­tème de drainage, d’infrastructures pour les eaux usées. Cela crée des con­di­tions pou­vant entraîn­er la mort lente des Palestinien·ne·s en rai­son du manque de nour­ri­t­ure, d’eau, de loge­ment, de vête­ments et d’installations san­i­taires. D’après le Con­seil norvégien pour les réfugiés, 1,29 mil­lion de per­son­nes ont encore besoin d’un abri pour sur­vivre à l’hiver.

Selon le Bureau des Nations unies pour la coor­di­na­tion des affaires human­i­taires, si les ménages peu­vent main­tenant faire deux repas par jour (con­tre un seul en juil­let), la diver­sité ali­men­taire reste faible, l’accès à des ali­ments nutri­tifs tels que les légumes, les fruits et les pro­téines étant tou­jours hors de portée pour de nom­breuses familles, et des pro­duits comme les œufs et la viande étant rares et inabor­d­ables. Les prix ne sont pas revenus à la nor­male : le poulet, par exem­ple, coûte entre 16 et 27 euros, con­tre 2,5 à 5 euros avant la guerre, et est donc hors de portée pour la qua­si total­ité des familles.

Une étude effec­tuée par 41 ONG tra­vail­lant en Cisjor­danie et dans la bande de Gaza mon­tre que pour 73 % d’entre elles des car­gaisons d’importance vitale qui leur étaient des­tinées ont été empêchées d’entrer dans l’enclave côtière à cause de restric­tions imposées par les autorités mil­i­taires israéli­ennes.

Le déplace­ment sys­té­ma­tique des Palestinien·ne·s (doc­u­men­té dans un rap­port d’Hu­man Rights Watch) hors des ter­res fer­tiles par Israël se pour­suit sans relâche, l’armée israéli­enne (et quelques groupes armés à sa sol­de) étant actuelle­ment déployée sur env­i­ron 54 à 58 % de la bande de Gaza. Le ter­ri­toire est en effet coupé en deux dans la longueur par une ligne jaune matéri­al­isée par des blocs de béton peints en jaune posés ici et là.

Celles et ceux qui vivaient à l’est de cette ligne ont dû aller rejoin­dre les habitant·es qui s’entassaient déjà à l’ouest, aggra­vant la sur­pop­u­la­tion. Israël lim­ite sévère­ment l’accès des Palestinien·ne·s à la mer et n’a pris aucune mesure pour remédi­er aux con­séquences de la destruc­tion mas­sive des ter­res agri­coles et du bétail au cours des deux dernières années. Cela sig­ni­fie que les Palestinien·ne·s sont pra­tique­ment privés de tout accès indépen­dant à des moyens de sub­sis­tance et subis­sent une infla­tion démesurée sur les quelques pro­duits importés.

Ces dernières semaines, cer­tains signes ont indiqué que la com­mu­nauté inter­na­tionale relâchait la pres­sion exer­cée sur Israël pour qu’il cesse de com­met­tre des vio­la­tions. La réso­lu­tion récem­ment adop­tée par l’ONU sur l’avenir de Gaza ne con­tient pas d’engagements clairs visant au respect des droits humains ou à la red­di­tion de comptes pour les atroc­ités com­mis­es. Récem­ment, le gou­verne­ment alle­mand a invo­qué le cessez-le-feu pour annon­cer la lev­ée, à compter du 24 novem­bre, de la sus­pen­sion de la délivrance de cer­taines licences d’exportation d’armes vers Israël. Un vote prévu sur la sus­pen­sion de l’accord com­mer­cial entre l’Union européenne et Israël a égale­ment été stop­pé.

Pour Amnesty, les dirigeant·e·s mon­di­aux doivent démon­tr­er qu’ils sont véri­ta­ble­ment déter­minés à respecter leur devoir d’empêcher le géno­cide et de met­tre fin à l’impunité qui ali­mente depuis des décen­nies les crimes per­pétrés par Israël sur l’ensemble du ter­ri­toire pales­tinien occupé. Ils doivent sus­pendre tous les trans­ferts d’armes vers Israël jusqu’à ce que ce pays cesse de com­met­tre des crimes de droit inter­na­tion­al.  Ils doivent faire pres­sion sur les autorités israéli­ennes pour qu’elles per­me­t­tent aux observateurs·trices des droits humains et aux jour­nal­istes de se ren­dre à Gaza afin de garan­tir la trans­parence des infor­ma­tions sur les con­séquences des actions d’Israël sur la sit­u­a­tion dans la bande de Gaza.

En Israël la peine de mort existe depuis le man­dat bri­tan­nique, mais la dernière exé­cu­tion a été celle d’Adolf Eich­mann en 1962, pen­du pour géno­cide et crimes con­tre l’hu­man­ité.

En novem­bre, l’ex­trème droite (au pou­voir avec Nétanyahu) a fait pass­er en 1e lec­ture au par­lement une propo­si­tion de loi “con­tre toute per­son­ne recon­nue coupable d’avoir tué un·e Israélien·ne […] si cet acte est […] com­mis dans le but de porter préju­dice à l’État d’Israël ou à la renais­sance du peu­ple juif”. Pour Eri­ka Gue­vara Rosas, d’Amnesty Inter­na­tion­al, 39 mem­bres de la Knes­set (con­tre 16) ont approu­vé un pro­jet de loi qui oblige con­crète­ment les tri­bunaux à pronon­cer la peine cap­i­tale exclu­sive­ment con­tre des per­son­nes pales­tini­ennes. De plus, ces dis­po­si­tions s’appliqueraient aux per­son­nes ayant com­mis de tels faits avant l’adoption de la loi.

La peine de mort est le châ­ti­ment le plus cru­el, inhu­main et dégradant qui soit, et une pri­va­tion irréversible du droit à la vie. Elle ne devrait être infligée en aucune cir­con­stance, et encore moins util­isée comme instru­ment man­i­feste­ment dis­crim­i­na­toire des homi­cides cau­tion­nés par l’État, de la dom­i­na­tion et de l’oppression”.

Le fait d’obliger les tri­bunaux à pronon­cer la peine de mort con­tre des Palestinien·ne·s […] découle de l’impunité dont béné­fi­cient le sys­tème d’apartheid d’Israël et son géno­cide à Gaza. […] Elle se pro­duit dans le con­texte d’une nette aug­men­ta­tion du nom­bre d’homicides illé­gaux de Palestinien·ne·s, y com­pris d’actes s’apparentant à des exé­cu­tions extra­ju­di­ci­aires, au cours de la dernière décen­nie, et d’une hausse ter­ri­fi­ante du nom­bre de morts en déten­tion de Palestinien·ne·s depuis octo­bre 2023. [.…] Cette évo­lu­tion s’inscrit en out­re dans un cli­mat d’incitation à la vio­lence con­tre les Palestinien·ne·s, illus­tré par la mul­ti­pli­ca­tion des attaques de colons soutenus par l’État en Cisjor­danie occupée. […] Il est par ailleurs préoc­cu­pant que la loi autorise les tri­bunaux mil­i­taires à pronon­cer con­tre des civil·e·s des con­damna­tions à mort […] étant don­né la nature inique des procès de ces juri­dic­tions dont le taux de con­damna­tion dépasse 99 % lorsque la per­son­ne jugée est pales­tini­enne”.

Yuval Abra­ham, jour­nal­iste du site israé­lo-pales­tinien + 972, présente dans un pod­cast le géno­cide par l’IA pra­tiqué par Israël (sur­veil­lance per­ma­nente et ubiq­ui­taire par caméras avec recon­nais­sance faciale, drones, cap­teurs divers, satel­lites ; meurtres automa­tisés et à dis­tance).

Nous avons doc­u­men­té sur ce site cette guerre tech­nologique con­tre les gaza­ouis par divers arti­cles :

L’IA en temps de guerre : com­plic­ités tech­nologiques et mas­sacres (02÷2025)

Gaza, Ukraine… Quand la tech­nolo­gie exac­erbe l’horreur de la guerre (11÷2024)

Gaza : tuerie par IA (05÷2024)

Gaza, lab­o­ra­toire et vit­rine de la destruc­tion par l’IA (03÷2024)

Israël utilise des drones snipers à Gaza, la guerre par l’IA (12÷2023)

Israël, Nice… : la chimère des approches cyber-sécu­ri­taires (10÷2023)