Milipol 2025, une mobilisation contre le salon de la guerre internationale

Le salon Milipol expose des tech­nolo­gies de sécu­rité, dont celles d’entreprises israéli­ennes vive­ment cri­tiquées pour leur rôle dans le géno­cide à GazaJour­nal L’Hu­man­ité © Thibaud MORITZ / AFP

Comme chaque année, le Milipol, l’un des plus gros salons d’armement au monde, s’est déroulé du 18 au 21 novem­bre au Parc des Expo­si­tions de Paris-Nord Villepinte.

L’occasion d’avoir un aperçu du pan­el répres­sif mon­di­al (drones, blind­és, lanceurs de balles de défense, fusils d’assaut, caméras « intel­li­gentes »). L’année dernière un appel à per­turber l’évènement avait été lancé par la coali­tion Guerre à la guerre.

Le Milipol (« mili » pour mil­i­taire et « pol » pour polici­er ») est un salon réservé aux pro­fes­sion­nels de la sécu­rité qui attire plus d’un mil­li­er d’exposants venus de 150 pays chaque année dont la Chine, les Émi­rats ou le Brésil, et accueille 30.000 clients poten­tiels accrédités, venus des secteurs privé et pub­lic.

De fait, comme le souligne Con­tre Attaque, c’est un véri­ta­ble salon de la guerre con­tre les peu­ples qui a lieu tous les deux ans aux portes de Paris.

Le salon a été inau­guré comme chaque année par le Min­istre de l’Intérieur, pour lequel il présente un enjeu majeur, car il s’agit non seule­ment de ven­dre des tech­nolo­gies et tech­niques de répres­sion, mais aus­si de démon­tr­er la qual­ité du main­tien de l’ordre à la française.

Par­mi les entre­pris­es présentes cette année : Air­bus, qui fab­rique des mis­siles, des héli­cop­tères de com­bat et des engins volants pour sur­veiller ou tuer ; mais aus­si Alta Ares, Net force, Nobel et Ver­ney-Car­ron.

Le dis­posi­tif repose sur une archi­tec­ture mod­u­laire et mul­ti­couche inté­grant des radars tac­tiques (notam­ment des équipements de Thales et d’Echodyne) et des drones inter­cep­teurs de moyenne et longue portée dotés d’IA dont les algo­rithmes sont entraînés avec des « don­nées réelles ».

Cette bulle anti-drones a été validée par l’Otan et est util­isée en Ukraine où Alta Ares est implan­tée depuis 2023.

Le chercheur Math­ieu Rigouste a filmé le représen­tant de l’entreprise en train de faire une démon­stra­tion publique de son pro­duit. Ces gants qui élec­tro­cu­tent leurs vic­times seraient déjà en test dans la gen­darmerie française et en dota­tion dans les unités péni­ten­ti­aires maro­caines…

Le film : Nous sommes des champs de bataille de Math­ieu Rigouste qui mon­tre les couliss­es du Milipol est disponible en ligne sur son site à prix libre !

  • Nobel Sécuri, une entre­prise qui pro­duit des grenades lacry­mogènes était égale­ment présente.

Des grenades sont util­isées à la fois con­tre les man­i­fes­ta­tions en France mais aus­si dans de nom­breux pays, notam­ment africains, ou SAPL, dont les muni­tions ont par exem­ple été util­isées con­tre les con­tes­ta­tions au Togo.

Un bel exem­ple qui prou­ve le lien entre indus­trie mil­i­taire et indus­trie poli­cière. Comme le souligne Con­tre Attaque, les fron­tières entre guerre et répres­sion, « main­tien de l’ordre » et « main­tien de la paix », sont plus que poreuses. Tout comme les fron­tières entre les pays.

Stop Arm­ing Israël a pub­lié la 2ème édi­tion de son Guide des entre­pris­es français­es d’armement com­plices d’Israël, on y compte 44 entre­pris­es. Cet out­il, fruit d’un tra­vail colos­sal, est à retrou­ver : ici.

Le 19 novem­bre, Eric Ciot­ti, Jor­dan Bardel­la, Mar­i­on Maréchal mais aus­si le syn­di­cat UNSA Police ont fait le déplace­ment pour ren­con­tr­er les marchands de grenades, de drones et de matraques, et les policiers qui les utilisent.

Le Milipol est piloté par le con­sor­tium pub­lic-privé Civipol, une société anonyme dont le cap­i­tal est con­trôlée à 40% par le min­istère de l’Intérieur et à 60% par des multi­na­tionales de la « sécu­rité » (Thales, Air­bus Defence&Space et Idemia), tan­dis que la mar­que Milipol est détenue par un groupe­ment d’intérêt (GIE) dont font par­tie Thales et deux autres acteurs privés, Visiom et Pro­te­cop. 

Civipol joue égale­ment un rôle de « con­seil » pour refour­guer les tech­nolo­gies de ses action­naires privés.

En 2020, un rap­port d’ONG a révélé que des fonds de l’UE des­tinés à « la lutte con­tre les caus­es pro­fondes de la migra­tion irrégulière » ont servi à Civipol pour installer au Séné­gal, en Côte d’Ivoire ou au Mali des sys­tèmes d’identification bio­métriques. 

À tra­vers l’ex­em­ple du Civipol, on voit que la sur­veil­lance, le main­tien de l’or­dre, l’arme­ment et le con­trôle des fron­tières sont liés.

Comme l’année dernière, Amnesty Inter­na­tion­al a iden­ti­fié la présence d’un paquet d’armes illé­gales, exposées par des entre­pris­es chi­nois­es comme : des boucliers anti-émeutes à pointes, des entrav­es lestées aux jambes et des entrav­es lestées aux jambes attachées à des menottes.

Amnesty Inter­na­tion­al et Omega ont fait remon­ter ces infor­ma­tions au bureau de con­trôle des expo­si­tions de Milipol. Les instru­ments ont été retirés, un stand a été fer­mé.

Amnesty a égale­ment con­testé la présence de : matraques à décharges élec­triques, pis­to­lets inca­pac­i­tants, de muni­tions con­tenant plusieurs pro­jec­tiles à impact ciné­tique et de lanceurs à canons mul­ti­ples tirant ce type de pro­jec­tiles. Autant d’armes qui, comme les gants élec­triques, n’ont pour objec­tif que d’infliger douleurs et souf­frances.

Stand de l’entreprise d’E­tat chi­noise dont Amnesty Inter­na­tion­al et la Omega Research Foun­da­tion ont obtenu la fer­me­ture © Amnesty Inter­na­tion­al France / Salon Milipol Novem­bre 2025

À l’heure actuelle, cepen­dant, le Règle­ment européen anti-tor­ture n’interdit tou­jours pas ces équipements. Ce qui explique que cer­taines de ces armes fig­u­raient dans les cat­a­logues dis­tribués par des entre­pris­es sur le salon, quand d’autres étaient physique­ment exposées sur leurs stands. 

Si les mobil­i­sa­tions pop­u­laires et les recours juridiques ont per­mis d’é­carter les firmes israéli­ennes des salons de l’armement français au cours des mois précé­dents (notam­ment à celui du Bour­get), elles n’au­ront mal­heureuse­ment pas réus­si à empêch­er leur présence au salon du Milipol 2025.

Ini­tiale­ment, 39 entre­pris­es israéli­ennes avaient été inter­dites du salon du Milipol, mais finale­ment Macron a validé leur présence à Villepinte.

Par­mi la quar­an­taine d’en­tre­pris­es israéli­ennes :

  • Elbit, pre­mier vendeur d’armes israélien, qui fab­rique des drones de com­bat et de sur­veil­lance
  • Toka, qui pro­pose des logi­ciels pour sur­veiller, pirater et infil­tr­er les appareils con­nec­tés, et tra­vaille avec le ren­seigne­ment israélien
  • Sightec qui crée des sys­tèmes d’IA pour les drones armés
  • Pax­is LTD qui pro­duit des blindages et des pro­tec­tions pour les policiers et les sol­dats
  • Emtan qui vend des pis­to­lets-mitrailleurs et fusils d’assaut (et qui a même offert des armes à l’armée israéli­enne pour soutenir le géno­cide à Gaza).

Lors du précé­dent salon, en 2024, la société israéli­enne Brief­Cam était présente. Cette dernière avait fourni son logi­ciel de recon­nais­sance faciale à la police française, alors même que cette tech­nique de sur­veil­lance est inter­dite.

Man­i­fes­ta­tion con­tre Elbit sys­tème, Roy­aume Unis – BDS

En plus des stands israéliens, 9 entre­pris­es d’armement des Émi­rats Arabes Unis, qui équipent actuelle­ment les mas­sacres com­mis au Soudan, étaient aus­si présentes.

Par exem­ple, la firme Inter­na­tion­al Armoured Group qui pro­duit des véhicules blind­és à la fois util­isés au Soudan mais aus­si par la police brésili­enne, ultra-vio­lente, qui a com­mis un mas­sacre dans une favela de Rio de Janeiro.

Lors de ce salon se trou­vaient égale­ment les entre­pris­es français­es KNDS et Lacroix qui ont fourni des grenades, des fumigènes ou des roquettes qui ont été retrou­vés au Soudan, util­isés par des mil­ices qui com­met­tent des crimes con­tre l’humanité.

Voir notre arti­cle : Au Soudan, les drones tueurs au coeur des mas­sacres

L’IA était au cœur de cette édi­tion, à la fois dans les con­férences et sur les stands où se trou­vaient pêle-mêle : drones d’intervention, sys­tèmes anti-drones, caméras intel­li­gentes, out­ils foren­siques et solu­tions de cyber­sécu­rité, y com­pris du côté des entre­pris­es français­es.

Drone Volt, par exem­ple, une entre­prise qui a été créée en 2011 près de Villepinte, était présente pour présen­ter son dernier drone, le Kobra, un quadra­copter doté d’une IA et d’un nano-ordi­na­teur. À not­er que cette entre­prise a égale­ment des fil­iales au Cana­da, aux Pays-Bas et en Bel­gique.

Un drone qui peut être util­isé aus­si bien « en sup­port aux forces de l’or­dre » , qu’en sou­tien à des « opéra­tions tac­tiques mil­i­taires » .

L’équipe d’Amnesty Inter­na­tion­al a égale­ment trou­vé des drones lanceurs d’a­gents chim­iques sur des stands d’en­tre­pris­es brésili­ennes, israéli­ennes et sud-coréennes.

Le Règle­ment européen anti-tor­ture inter­dit ce type d’équipement s’il dis­perse « des quan­tités préju­di­cia­bles d’agents anti-émeute à par­tir de plate­formes aéri­ennes ». Mais il n’établit pas de seuil définis­sant ce qu’est une « quan­tité préju­di­cia­ble ».

Ces équipements risquent donc de faciliter de graves vio­la­tions des droits humains et d’avoir un effet dis­suasif sur le droit de man­i­fester.

L’IA est présente partout dans ce salon, aus­si bien dans les drones util­isés dans le main­tien de l’or­dre que dans les véhicules blind­és de trans­port de troupes mil­i­taires. Elle est même util­isée… dans les bal­lons dirige­ables.

En effet, pour sur­veiller les sites indus­triels sen­si­bles, la start-up française Lium a dévelop­pé un bal­lon dirige­able Horis « avec des sys­tèmes de caméras embar­quées et de l’IA » pour « détecter départ de feu, fuite de gaz et intru­sion ».

Un salon 2025 placé donc sous le signe de l’IA… et de la sur­veil­lance.

Sur ce point, l’en­tre­prise néer­landaise Phonecam a par exem­ple présen­té une mini-caméra portable con­nec­tée au smart­phone, qui filme et localise celui qui la porte, puis trans­met en temps réel les men­aces le visant.

L’au­to­sur­veil­lance pour le prix mod­ique de 160 euros ! C’est beau le futur.

Doté d’un mod­ule acous­tique de haute per­for­mance, ce robot est capa­ble de génér­er un niveau sonore de 142 dB briève­ment et de 134 dB en con­tinu, des valeurs très élevées, proches du niveau sonore d’un avion à réac­tion au décol­lage (env­i­ron 140 dB !).

Si, offi­cielle­ment, ce robot est présen­té comme un sup­port pour les com­mu­ni­ca­tions en zone bruyante, il peut-être con­sid­éré comme une arme sonique, l’être humain ressen­tant une douleur à par­tir de 130 dB.

Il est donc fort prob­a­ble qu’il soit util­isé pour le main­tien de l’or­dre. RB21H a d’ailleurs été ini­tiale­ment conçu pour des mis­sions de patrouilles urbaines…

Utilis­er le son comme une arme, ce n’est plus de la sci­ence-fic­tion. Les armes soniques exis­tent.

Amnesty Inter­na­tion­al a fait un dossier sur le sujet. Ces armes provo­quent des nausées, des acouphènes et des douleurs tho­raciques.

D’après Blast les États les utilis­eraient sur le ter­rain mil­i­taire, mais aus­si pour le main­tien de l’ordre. Y com­pris en France… Élodie Emery a mené l’en­quête. Un arti­cle pub­lié en col­lab­o­ra­tion avec La Chronique, le mag­a­zine men­su­el d’Amnesty Inter­na­tion­al.

Effets des armes soniques sur le corps humain.
Doc­u­ment Élise Des­mars-Castil­lo

Le mer­cre­di 19 novem­bre 2025, à l’appel de la coali­tion Guerre à la guerre, un rassem­ble­ment a eu lieu devant Milipol.

Plusieurs dizaines de manifestant.es ont réus­si à déjouer le dis­posi­tif polici­er pour occu­per le parvis à l’entrée du parc des expo­si­tions. Des col­lec­tifs soudanais, pales­tiniens, antiracistes, fémin­istes, autonomes, syn­di­caux ont réus­si à join­dre leurs forces pour s’opposer au déroule­ment de ce salon.

« Avec nos slo­gans, nos ban­deroles et nos corps, nous avons affir­mé notre déter­mi­na­tion à faire grandir ce mou­ve­ment de lutte anti-impéri­al­iste, anti-mil­i­tariste et inter­na­tion­al­iste. Pour blo­quer réelle­ment la fab­rique de la guerre et du con­trôle, organ­isons partout des assem­blées, des comités et des col­lec­tifs d’action » (coali­tion Guerre à la guerre)

À Saint-Éti­enne aus­si des mobil­i­sa­tions con­tre les entre­pris­es d’armement con­tin­u­ent.

Le 10 décem­bre 18 tonnes de tubes de canon pour obusiers 155 mm, pro­duits par Aubert & Duval de Firminy (42), devaient être achem­inés vers le port du Havre pour être livrés au vendeur d’armes israélien Elbit Sys­tems, l’un des prin­ci­paux four­nisseurs du géno­cide.

Un rassem­ble­ment, organ­isé en urgence par BDS Saint-Éti­enne, avec le sou­tien de Stop Arm­ing Israel France, a réu­ni plus d’une quar­an­taine de militant·es stéphanois·es, des sou­tiens de Stop Arm­ing Israel 13 venu·es depuis Mar­seille, la députée LFI Andrée Tau­rinya, ain­si que la presse locale, devant l’usine d’Aubert et Duval à Firminy.

Retardée de plus d’une demi-journée, la car­gai­son a fini par quit­ter l’usine dans l’après-midi, mais son voy­age a de nou­veau été arrêté : alertés, les dock­ers du port du Havre ont aver­ti la direc­tion du ter­mi­nal por­tu­aire privé, pro­priété de l’armateur MSC, qu’ils refuseraient de la pren­dre en charge.

L’action des militant·es et des dock­ers a empêché la livrai­son !

« Ce nou­v­el épisode con­tin­ue de démon­tr­er la com­plic­ité de la France et sa par­tic­i­pa­tion au com­merce d’armement avec Israël, mais nous mon­tre aus­si qu’ensemble, nous pou­vons agir pour y met­tre un terme. » (Stop Arm­ing Israel France).

Le 13 jan­vi­er 2026, les asso­ci­a­tions (Union Juive Française pour la Paix (UJFP), NIDAL, Al-Haq, Avo­cats pour la Jus­tice au Proche-Ori­ent (AJPO), Survie) tra­vail­lant au sein de l’e­space col­lab­o­ratif Droits et Mou­ve­ments Soci­aux et avec le sou­tien de la coali­tion Guerre à la Guerre, ont saisi le juge admin­is­tratif par un recours con­tre l’É­tat pour excès de pou­voir lors de ce Milipol 2025.

« Nous inten­tons ce recours pour met­tre fin à l’impunité des États et des entre­pris­es qui organ­isent et prof­i­tent du com­merce des armes, en totale con­tra­dic­tion avec les droits et les valeurs humaines les plus fon­da­men­taux. En ce début d’année 2026, alors que le droit inter­na­tion­al est piét­iné, vidé de sa sub­stance, alors que des États impéri­al­istes comme la France déclenchent et ali­mentent des con­flits armés pour servir leurs intérêts économiques et ceux des multi­na­tionales de l’armement, nous refu­sons le fatal­isme.

Nous appelons à la mobil­i­sa­tion de toutes et tous, des cours de jus­tice à la rue. Nous con­tin­uerons, coûte que coûte, à utilis­er tous les moyens à notre dis­po­si­tion pour résis­ter, pour dénon­cer, et pour faire pré­val­oir les droits des peu­ples face à la guerre et à l’impunité. »

(Milipol : enrichir l’armement israélien, c’est ali­menter la machine de guerre et con­tribuer au géno­cide, Paris, le 13 Jan­vi­er 2026)

Face à l’accélération de la course à la guerre en 2025, con­tin­uons d’organiser la résis­tance anti­mil­i­tariste en 2026.

« De la Pales­tine au Soudan, de Sainte-Soline aux Gilets Jaunes, dans les pris­ons et aux fron­tières, des colonies aux quartiers pop­u­laires, guerre à la guerre ! »

(1) Durant l’été, lors du salon du Bour­get, où les stands israéliens avaient été dis­simulés der­rière des pan­neaux noirs au dernier moment, sous la pres­sion du mou­ve­ment « Guerre à la guerre ». C’était aus­si le cas lors du « salon mon­di­al de la défense et de la sécu­rité », Eurosato­ry, en juin 2024 ou au salon Euron­aval, en novem­bre de la même année.

Au dernier salon MILIPOL, déploiement tech­no-sécu­ri­taire en vue des JO 2024

Milipol 2021 : Bien­v­enue à l’a­vant-pre­mière des nou­veaux out­ils sécu­ri­taires !